Politique

Le modèle du PPA-CI 

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Mardi 20 octobre 2026, Ouagadougou. Les 71 membres de l'Assemblée législative du peuple, le Parlement de transition du Burkina Faso, adoptent à l'unanimité un nouveau Code pénal. Au menu, le retour de la peine de mort, abolie en 2018, et le retour de la prison pour les délits de presse, supprimée en 2015 par un autre Parlement de transition. Le journaliste reconnu coupable d'« apologie du terrorisme » par voie de presse ou en ligne encourt désormais de 21 à 30 ans de réclusion et jusqu'à 100 millions de FCFA d'amende ; son entreprise de presse risque jusqu'à un milliard de FCFA et la fermeture. Le texte vise quiconque « présente ou commente favorablement » le terrorisme : un reportage sur une attaque, l'interview d'un expert, une analyse de la situation sécuritaire peuvent y tomber, avertit Reporters sans frontières, qui parle d'un coup de tonnerre. Il ne manque que la signature du capitaine Ibrahim Traoré.

À Ouagadougou, pas une voix ne s'est élevée. Aucune organisation de journalistes, aucune association nationale. Ce silence n'est pas un consentement, c'est un bilan. Les dirigeants de l'Association des journalistes du Burkina ont été enlevés en mars 2025 pour avoir dénoncé l'état de la liberté de la presse, avant de réapparaître en tenue militaire. Deux confrères, Serge Oulon et Moussa Sareba, sont toujours portés disparus. Les partis politiques ont été dissous le 29 janvier 2026. Le 15 avril, 118 organisations de la société civile, dont beaucoup de défenseurs des droits humains, ont été rayées d'un trait de plume ; le 21 avril, 359 associations ont été suspendues. Quand on a fait le vide, il ne reste personne pour protester. C'est même à cela qu'on reconnaît le vide.

Le plus curieux, pourtant, ne se trouve pas à Ouagadougou mais à Abidjan. Le 15 mai 2026, au Palais de la culture de Treichville, le PPA-CI clôturait son premier congrès ordinaire par une motion adoptée par acclamation : « soutien sans faille » aux peuples de l'AES et à leurs dirigeants, exhortés à « persévérer dans cette voie ». Cinq mois plus tard, la voie est balisée. Trente ans de prison pour un article. La peine de mort rétablie. Des partis dissous, des associations suspendues, des journalistes enrôlés de force. Ceux qui ont acclamé la motion ont-ils relu la feuille de route depuis ?

Ce sont pourtant les mêmes qui, chaque matin, dénoncent chez nous la dictature, les arrestations arbitraires, la « gestion familiale » du pouvoir d'État, et qui alertent les chancelleries au moindre militant interpellé. Leurs journaux traitent le président de la République de tous les noms et reparaissent le lendemain, parce qu'aucun rédacteur ne dort en prison pour ce qu'il a écrit. Ce principe a un acte de naissance, l'article 68 de la loi du 14 décembre 2004, « la peine d'emprisonnement est exclue pour les délits de presse », promulguée par Laurent Gbagbo. Ses partisans l'inscrivent, à juste titre, à son bilan. Il leur reste à expliquer comment on peut revendiquer la dépénalisation chez soi et applaudir son abolition chez le voisin.

La différence entre les deux capitales tient d'ailleurs en une date. Le 3 mai 2017, quand un projet de loi a voulu réintroduire la prison pour certains délits de presse, les journalistes ivoiriens ont marché à Abidjan ; le texte a été revu et la prison est restée exclue. Chez nous, protester a servi. Au Faso, il ne reste plus personne pour essayer. Qu'une telle loi soit votée ici, et l'on verrait aussitôt des marches, des pétitions, des saisines de la CEDEAO et de l'Union africaine, à juste titre. La liberté n'a pas de passeport. Un journaliste enfermé trente ans à Ouagadougou pèse autant qu'un journaliste enfermé trente ans à Abidjan. Le reste n'est que confort idéologique : on s'indigne des régimes qu'on n'aime pas et on excuse ceux dont on espère quelque chose.

On ne peut pas réclamer pour soi ce que l'on refuse aux autres et espérer être pris au sérieux. Le PPA-CI et ses relais numériques ont choisi leur camp le 15 mai. Ils doivent maintenant dire aux Ivoiriens si c'est celui de la liberté ou celui du silence. Au Faso, la question ne se pose plus : poser une question, là-bas, est déjà devenu un risque.

Yacouba DOUMBIA