Politique

Le charisme ne porte pas de cravate

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Un chapeau de feutre vissé sur la tête, des lunettes teintées, une chemise bleu nuit au col ouvert. Ni cravate ni veste. Sur la photo, le président Alassane Ouattara est assis derrière un grand bureau, calé dans un fauteuil capitonné, les deux mains sur un porte-documents de cuir noir. Il sourit. De l'autre côté du bureau, un homme en costume gris se tient debout. Le fauteuil des visiteurs est pourtant libre.

Tout le décor du pouvoir est là : le bois verni, les dorures, les abat-jour, les voilages blancs. L'œil ne s'y attarde pas. Des deux hommes, celui qui a laissé le costume au vestiaire est aussi celui que l'on regarde. Le charisme tient dans ce détail : c'est ce qui reste de l'autorité quand on lui retire ses habits d'apparat.

On confond souvent le charisme avec le bruit, la voix qui porte, la foule qui scande. Le mot dit autre chose. Il vient du grec « kharisma », la grâce, le don. Le sociologue Max Weber en a tiré une forme d'autorité à part entière, qui ne repose ni sur la coutume ni sur le règlement, mais sur la personne. Il y mettait une condition que l'on oublie volontiers : le charisme doit faire ses preuves, sans quoi il s'évapore.

C'est là que le porte-documents entre en scène. Alassane Ouattara n'a jamais cherché à être un tribun. Il ne harangue pas, il ne cogne pas sur les tables. Sa voix est restée celle du banquier central : posée, presque feutrée. Son ascendant s'est construit ailleurs, au FMI, à la BCEAO, à la Primature sous Félix Houphouët-Boigny, puis à la tête de l'État : dans les dossiers. Sur l'image, le chapeau amuse et le cuir rassure. L'un dit que l'homme est à l'aise, l'autre qu'il travaille. On peut s'offrir le premier quand on n'a jamais lâché le second.

Certains y verront une mise en scène. Admettons. Encore faut-il avoir les épaules pour la tenir : posez le même chapeau sur une autre tête, dans le même fauteuil, et vous obtenez un déguisement. Le proverbe veut que l'habit ne fasse pas le moine. Ici, c'est le moine qui fait l'habit. Le charisme ne s'achète pas chez le chapelier. Il se gagne dans la durée, par le travail et par les résultats, et il oblige celui à qui on le reconnaît à continuer de les fournir. Avis à ceux qui soignent leur allure avant leurs dossiers.

La photo le dit à sa manière : le sourire est pour le visiteur, les mains sont sur le dossier.

Yacouba DOUMBIA