Politique

Don Mello et la capitulation imaginaire

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Le 29 septembre, Ahoua Don Mello a rendu son verdict : dans la « guerre des étoiles » qui l'oppose à Air France sur la ligne Abidjan-Paris, la Côte d'Ivoire a capitulé. L'ancien ministre aligne ses pièces : huit fréquences hebdomadaires pour Air Côte d'Ivoire contre vingt et une aux compagnies françaises, des avions remplis à 40 %, un partage de codes en panne, Air France actionnaire de sa concurrente. Le réquisitoire a un défaut : ses propres pièces le contredisent.

Capituler, vraiment ? C'est lui qui raconte la scène. À l'automne 2025, l'aviation civile ivoirienne refuse de valider les programmes d'Air France et de Corsair, et il faut l'intervention directe du président français pour débloquer le dossier. On a connu des drapeaux blancs plus discrets. Certes, Abidjan n'a pas obtenu la parité réclamée. Mais avant octobre 2025, le pavillon ivoirien n'avait aucune fréquence vers Paris. Et avec deux long-courriers, nul n'en assure vingt et une.

Viennent les 40 % de remplissage. Le chiffre porte sur 136 vols, d'octobre à décembre 2025 : les onze premières semaines de la ligne. La compagnie s'est donné quatre à cinq ans pour être rentable. Juger un long-courrier sur son premier trimestre, c'est noter l'élève le jour de la rentrée.

Il y a plus savoureux. Don Mello reprend un chiffre qui court depuis près d'un an : Air France tirerait de cette seule ligne 62 milliards de FCFA de bénéfice pour 73 milliards de chiffre d'affaires. Soit 85 % de marge nette. Le groupe Air France-KLM a publié pour 2024 une marge opérationnelle de 5,1 %. À suivre l'ingénieur des Ponts et Chaussées, il resterait 11 milliards pour faire voler deux gros-porteurs par jour pendant un an, kérosène, équipages et maintenance compris. Même la lévitation reviendrait plus cher.

Quant au partage de codes, c'est encore lui qui l'écrit : l'accord signé en 2017 attend le feu vert de l'aviation civile américaine. Le verrou est à Washington. Le coupable désigné est à Paris.

Reste l'actionnaire. « Il est risqué de faire de son concurrent un allié », prévient-il. Air France détient 11 % d'Air Côte d'Ivoire, contre 20 % à la création, en 2012. L'État en possède 58 % et préside le conseil. En 2011, le groupe français exigeait que la future compagnie se tienne d'abord à l'écart de ses lignes. Elle se pose aujourd'hui à Roissy.

Il y a bien longtemps, dans une galaxie pas si lointaine, les proportions étaient autres. En juin 2004, Air France possède 39 % de la Nouvelle Air Ivoire, l'État 23 %. Où est alors le défenseur de la souveraineté aérienne ? À la tête du BNETD, le bureau d'études de l'État, avant d'entrer au dernier gouvernement Gbagbo comme ministre et porte-parole. L'État reprendra la main, puis cédera la majorité à un groupe privé en 2008. Trois ans plus tard, c'est la liquidation, avec une dette que les salariés chiffrent à 39 milliards de FCFA et quatre mois d'arriérés de salaire.

La souveraineté aérienne a un prix. L'État l'a payé : un capital porté à 190 milliards de FCFA, une quinzaine d'appareils dont deux long-courriers. Les comptes sont bénéficiaires en 2023 et en 2024. La ligne de Paris reste à remplir et le rééquilibrage à gagner, personne ne le nie. Mais à 11 %, Air France est un actionnaire minoritaire. À 39 %, elle était chez elle. La capitulation, s'il faut en chercher une, n'a pas la date que croit M. Don Mello.

Yacouba DOUMBIA