
Communiqué
L’incident majeur survenu ce dimanche 17 mai 2026 à l’Aéroport International Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, marqué par un « black-out » électrique prolongé et la paralysie des services aéroportuaires, appelle une réflexion profonde qui dépasse le simple fait divers technique.
Qu’une panne de la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE), combinée à une défaillance simultanée des groupes électrogènes de secours, ait contraint les équipes à basculer dans un mode dégradé, gérant manuellement les enregistrements et les flux de passagers dans le noir, le chaos et la chaleur, est un signal d’alarme critique.
En tant qu’ingénieur et observateur engagé du développement de nos infrastructures, je ne peux rester indifférent devant les scènes de détresse de nos compatriotes et des voyageurs internationaux, confrontés à de nombreux retards de vols en cascade et à une rupture totale de la chaîne logistique de la plateforme.
L’Aéroport d’Abidjan n’est pas qu’une simple infrastructure de transport ; il est la vitrine économique de notre nation, un hub stratégique pour l’Afrique de l’Ouest et un maillon essentiel de notre souveraineté. Qu’une telle plateforme puisse être paralysée pendant des heures met en lumière le décalage préoccupant entre les investissements consentis pour l’extension esthétique de l’aérogare et la fragilité de ses infrastructures vitales.
Face à cette situation qui entache l'image de marque de notre pays, j’invite instamment le Ministère en charge des Infrastructures à :
1. Ordonner sans délai un audit technique indépendant sur la chaîne de basculement et de redondance énergétique de la plateforme aéroportuaire.
2. Clarifier les responsabilités opérationnelles entre l’exploitant (AERIA) et les services de navigation (ASECNA) pour garantir une maintenance préventive et sans faille des installations critiques.
3. Intégrer dans les grands chantiers menés par le BNETD une priorisation absolue de la résilience des réseaux (eau, électricité, connectivité) avant toute considération d'extension commerciale.
Au-delà de la situation critique de l'aéroport, un pays qui a l'ambition de s'industrialiser ne peut s'accommoder d'un réseau électrique global vieillissant et sous-dimensionné par rapport au développement accéléré des sites industriels et des zones d'habitation. Une rénovation et un redimensionnement complet du réseau national s'imposent, ainsi que l'ouverture résolue vers le nucléaire civil pour assurer une adéquation durable entre la ressource disponible et la demande énergétique croissante.
Cette crise met en exergue les limites d'un modèle : la privatisation du secteur électrique amorcée dans les années 90 s'éternise, malgré la limitation de la durée des contrats de concession. Ce système semble aujourd'hui à bout de souffle au regard du déficit presque structurel du secteur, qui pousse continuellement à la hausse le prix de l'électricité pour les ménages et les entreprises.
Pour rebâtir notre économie sur des bases solides, un audit approfondi des divers contrats de concession s'impose afin de garantir à l'État une plus grande souveraineté sur ce secteur hautement stratégique.
Le développement de la Côte d'Ivoire ne se mesurera pas à la beauté de ses façades, mais à la robustesse, à la fiabilité structurelle et à l'indépendance de ses systèmes vitaux. Faisons de la rigueur technique et de la souveraineté économique notre seule boussole.
Fait à Moscou, le 18 mai 2026
Dr. Ing. Ahoua DON MELLO
Ingénieur des Grands Travaux
Ancien Directeur Général du BNETD