Politique

Expulsé du congrès et de la fête de la renaissance : Un cadre du PPA-CI crie sa colère

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Un cadre du PPA-CI, Ambroise Gnahoua explique les conditions dans lesquelles, il a été expulsé lors du congrès de son parti qui a eu lieu, du 14 au 16 mai 2026.

Le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), dont je suis membre, a organisé son premier congrès ordinaire le 14 mai 2026 et la 4ème édition de sa Fête de la Renaissance les 15 et 16 mai 2026. L’objet de cette publication est d’informer que j’ai été exclu manu militari de ces deux activités statutaires. Certains camarades, pour qui j’ai le plus grand respect, m’ont conseillé de ne pas dénoncer publiquement ces faits. Je regrette de ne pouvoir suivre ce conseil généreux. Par contre, je suis heureux que d’autres camarades partagent mon analyse de ma double expulsion. Ayant été publiquement menacé et humilié, ayant été informé que j’avais besoin d’être protégé, sans savoir ni contre qui, ni contre quoi, cette publication est faite en mon âme et conscience, en accord mes convictions profondes, pour que nul n’en ignore et pour dénoncer ces faits comme absolument inacceptables, en particulier dans un parti démocratique de gauche, dans une famille politique dont je suis un membre actif depuis quelques décennies. Je vais commencer par exposer, le plus simplement possible, les faits (I). Ensuite, je vais partager mon analyse en quelques questionnements (II).

I – Les faits : une double expulsion inacceptable, des méthodes barbares 

1. Mon exclusion du congrès ordinaire : 

Le mardi 12 mai 2026, le Secrétaire général du parti, dont je suis le Directeur de cabinet, m’instruit à l’effet d’organiser la participation des membres de son cabinet au premier congrès constitutif du parti. Cinq (5) personnes, y compris moi-même, se déclarent disponibles. Le jour du congrès, le jeudi 14 mai 2026, je récupère, tout à fait régulièrement, les cinq (5) badges et les cinq (5) bracelets destinés aux membres du cabinet du Secrétaire général à l’espace dédié à leur retrait, au Palais de la culture. Je remets à chacun des membres du cabinet son badge et son bracelet et nous nous rendons dans la salle du congrès. 

Une fois dans la salle, je prends plaisir à saluer quelques camarades déjà présents et à échanger avec eux avant de choisir un siège, à côté d’un autre membre du cabinet du Secrétaire Général. Quelques temps après, une annonce faite au micro rappelle l’exigence du badge et du bracelet pour accéder à la salle du congrès. En conséquence, tous ceux qui n’ont pas les deux sésames sont priés de sortir pour se les procurer à l’espace dédié. Ayant les deux, je ne me sens ni concerné, ni visé. 

Dans une deuxième séquence, un contrôle physique des deux sésames est annoncé et effectué. Là encore, je ne me sens ni visé, ni concerné. Je passe haut les mains ce contrôle. Dans une troisième séquence, un agent de l’équipe de sécurité, un militaire, vient à mes côtés et m’invite à une discussion loin des yeux et des oreilles. Il m’informe alors que toutes les forces de l’ordre (militaires, gendarmes et policiers) présentes dans la salle ont reçu de Madame Emma Touré, Présidente de la commission protocole du parti, l’instruction de me faire quitter la salle, de gré ou de force. Il me conseille donc de quitter la salle discrètement, « au risque d’en être expulsé manu militari ». Je le remercie de sa délicatesse, lui dit qu’il ne sera pas nécessaire d’utiliser la force brutale : « si on ne veut pas de moi, je m’en vais ». Je quitte alors directement la salle sans repasser par le siège que j’occupais, laissant derrière moi les 4 autres membres du cabinet du Secrétaire Général. Alors que je sors du bâtiment qui abrite la salle et me dirige vers le parking et ma voiture, je remarque que deux agents de sécurité, en costume noir, me suivent. Je me retourne et leur demande ce qui se passe. « On a reçu l’ordre de vous accompagner et de vous protéger jusqu’à ce que vous sortiez du site du palais de la culture », répondent-ils. Quand je leur demande pourquoi aurais-je besoin d’être accompagné et de qui ou quoi devrais-je être protégé, ils se réfugient derrière les ordres reçus. Je ris jaune et continue mon chemin. Une fois dans la voiture, je téléphone au Secrétaire Général pour lui rendre compte de la situation : surprise et impuissance !! Alea jacta est !! Je dois partir. Les deux agents de sécurité restent à côté de ma voiture jusqu’à ce que je sorte du site du palais de la culture. Je rentre directement chez moi. Je ne reviens pas le lendemain.

2. Mon exclusion de la Fête de la Renaissance

N’ayant reçu aucune notification officielle, ni directement, ni à travers ma hiérarchie, que cette exclusion s’étendait à la Fête de la Renaissance au financement de laquelle j’ai participé par une cotisation exceptionnelle, je décide de me rendre à Songon où se tient la 4ème édition de cette fête. Le samedi 16 mai 2026, j’arrive sur le site vers 9 h 30. Je suis accueilli et, après un temps d’attente derrière la tribune officielle, l’on m’installe dans ladite tribune. L’agent qui m’accompagne me propose de m’assoir sur l’un ou l’autre des trois (3) sièges qu’il me désigne, juste devant le split mobile, à l’arrière de la tribune. Je m’assois d’abord sur le troisième siège. Quelques temps après, je remarque, non loin de moi, le camarade Kaza Djah, Président de la commission électorale du parti, en discussion chaude avec un autre camarade Secrétaire national technique (SNT) qu’il accuse, vertement et à tort, de m’avoir permis de m’installer dans la tribune.

Ensuite, après quelques minutes, je me déplace sur le siège du milieu, où l’air était plus frais. Un autre camarade est alors installé sur le siège que j’avais abandonné. Plus tard, le Colonel DUA, de la sécurité du Président GBAGBO, s’avance et dit à mon voisin de droite qu’il doit quitter la tribune parce qu’il n’y a pas sa place. Après quelques temps d’incompréhension, il s’exécute et s’avance vers la sortie. Le Colonel DUA est alors approché par Madame Emma Touré, Présidente de la commission protocole du parti, qui lui dit qu’il s’est trompé de personne : « ce n’est pas lui. C’est celui à côté », lui souffle-t-elle, accompagnant ses paroles d’une gestuelle sans équivoque. Le Colonel se précipite alors pour rattraper le camarade qui avait commencé la descente de l’escalier, s’excuser et le prier de rejoindre sa place. Le Colonel s’approche ensuite de moi et me demande de quitter la tribune. « Pourquoi, mon Colonel ? », dis-je. « Parce que vous n’êtes pas sur notre liste ». Pourtant, non seulement il n’avait aucune liste entre ses mains, mais il n’avait pas pris soin de vérifier mon identité, pas plus qu’il ne l’avait fait avec mon voisin auparavant. Cette esquive de la liste ne résistait donc à une analyse sérieuse. Malgré toutes mes explications et toutes mes initiatives sur le caractère régulier et autorisé de ma présence, il a maintenu son injonction, déclarant agir sur instructions. Devant mon peu d’empressement à quitter les lieux, il a fait alors venir un policier avant de me menacer de me faire expulser par la force si je persistais à rester dans la tribune. J’ai alors quitté la tribune, pris ma voiture et suis rentré chez moi, directement.

II – Analyse 

Il ne m’a semblé, ni utile, ni nécessaire d’exposer une grande analyse des faits exposés ci-dessus. Les faits sont suffisamment graves en eux-mêmes. Je me contenterai donc d’esquisser quelques questionnements :

1. Qui est donc cette personne qui, en catimini, a décidé de m’exclure de ces deux activités statutaires du parti ? Cette exclusion s’est-elle arrêtée à ces deux activités ou s’étend-elle à celles à venir ?

2. Quels sont les faits à moi reprochés qui, au regard des textes et procédures en vigueur dans notre parti, justifieraient une telle décision ?

3. Pourquoi, au lieu de me notifier tranquillement cette décision, dûment motivée, par les autorités compétentes du parti, y compris par la voie hiérarchique, pour que je ne me déplace pas, a-t-on choisi d’utiliser la méthode barbare de la force brutale, de la menace et de l’humiliation contre moi ?

4. Pour autant que cela relèverait de leurs compétences respectives, pourquoi les camarades Kaza Djah et Emma Touré, qui me connaissent, n’ont-ils pas eu le courage de me transmettre eux-mêmes leurs instructions, au lieu de se cacher derrière les forces militaires ?

5. Quelle est donc cette menace contre laquelle les deux agents de sécurité étaient censés me protéger ? Cette menace s’est-elle arrêtée avec la fin de ces deux activités ou demeure-t-elle persistante ?

6. Quels sont les objectifs politiques de telles méthodes ?

Ambroise GNAHOUA, militant du PPA-CI