
« Nous demeurons, à ce jour du moins, complètement stupéfait devant l’indécence de certains discours, lesquels, à mots à peine voilés, semblent se réjouir de l’éventualité d’un Mali livré aux hordes djihadistes. Une telle posture, mue par l'on ne sait quel sentiment étrange, relève moins de l’analyse politique que d’une dangereuse cécité. Le Mali, en effet, n’est ni une quelque abstraction géographique ni une simple querelle idéologique lointaine ; il est notre voisin immédiat donc, un maillon absolument essentiel de l’équilibre sécuritaire sous-régional.
Croire que l’effondrement de cet État sous les coups du terrorisme n’aurait d'incidences et de conséquences que pour les seuls Maliens procède d’une méconnaissance abyssale des dynamiques sahéliennes. Le terrorisme ne connaît ni frontières, ni drapeaux, ni susceptibilités partisanes. Lorsqu’il prospère dans un pays, il infiltre les autres, étend ses ramifications criminelles, fracture les économies locales, alimente les trafics et, malheureusement aussi, transforme progressivement toute une région en poudrière permanente.
La rhétorique souvent outrancière et propagandiste des régimes de l’AES
Que l’on récuse, avec la plus grande fermeté, la rhétorique souvent outrancière, propagandiste et parfois nauséabonde de certains régimes ou appareils politiques de l’AES, cela peut parfaitement s’entendre dans le cadre du débat public mais, perdre toute lucidité au point d’en venir à souhaiter la victoire de ces fanatiques armés que sont les terroristes sur un peuple frère (oui, il continue de le demeurer), constituerait une faillite morale autant qu’une aberration géopolitique. Il nous faut donc impérativement distinguer les peuples des pouvoirs.
Les divergences diplomatiques, les antagonismes idéologiques et les tensions interétatiques ne sauraient et ne devraient point justifier que l’on abandonne des populations civiles aux massacres, à la barbarie théocratique et à la destruction méthodique des structures étatiques. Que souhaitent réellement ceux qui fantasment un tel scenario, la chute du Mali voisin ? Voir des territoires entiers soumis à des groupes obscurantistes ? Assister à la multiplication des déplacements massifs de populations, des trafics d’armes, des enlèvements et des infiltrations terroristes dans les pays voisins ?
Face à un ennemi commun, les Etats devraient resserrer leurs rangs
Une telle jubilation, en plus d'être moralement criminelle, est d’une irresponsabilité vertigineuse. Face à un ennemi commun, les États de la sous-région devraient au contraire, nonobstant le retrait du Mali des organisations sous-régionales, resserrer leurs rangs, coordonner leurs dispositifs sécuritaires, mutualiser leurs renseignements et dépasser les susceptibilités politiques du moment. Le terrorisme sahélien ne pourra être contenu par des rivalités d’ego diplomatique ou des fractures idéologiques entretenues à coups de slogans.
Il impose une solidarité stratégique, une coopération militaire renforcée et une volonté collective de préserver l’intégrité territoriale des États menacés car, toutes les fois que le terrorisme gagne du terrain quelque part en Afrique de l’Ouest, ce n’est jamais une victoire isolée ; c’est une menace qui se rapproche de toutes les capitales de la région. Ceux qui applaudissent aujourd’hui l’affaiblissement du Mali pourraient demain découvrir, avec effroi, que l’incendie qu’ils contemplaient de loin a fini par atteindre leur propre demeure ».
Almamy Faciné SYLLA Analyste politique



