Politique

Un CAP sans navire 

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Lundi 10 mars 2025, Maison du Parti du PDCI-RDA, à Cocody. Vingt-cinq partis et mouvements signent la charte de la Coalition pour l'alternance pacifique en Côte d'Ivoire (CAP-CI). À la tribune, les têtes d'affiche : Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, désigné coordonnateur ; Simone Ehivet Gbagbo, présidente du MGC, porte-parole ; Charles Blé Goudé pour le COJEP ; le FPI de Pascal Affi N'Guessan ; Danièle Boni Claverie, de l'URD, en porte-parole adjointe. Derrière, une vingtaine de petites formations, dont l'AIRD d'Éric Kahé, Objectif République de Paul-Hervé Agoubli, le PIP de Tanoh Abizi, l'UDP de Gbamenin Tra Bi et le PSDI de Coulibaly Dinignako. Le poids électoral de l'ensemble tient dans un seul sigle, le PDCI-RDA, le seul doté d'un groupe parlementaire. Dix-neuf mois plus tard, faisons l'appel.

Premier absent, le coordonnateur. Le 19 juin 2025, ce coordonnateur à distance scelle par visioconférence, avec Laurent Gbagbo, un front commun négocié en dehors de la CAP-CI, que ses partenaires découvrent à la télévision. Deux jours plus tard, la coalition prend acte. Le 16 juillet, l'acte constitutif du Front commun est même signé à la Maison du Parti du PDCI, là où la CAP-CI était née quatre mois plus tôt.

Deuxième absente, la porte-parole. Le 26 septembre 2025, Simone Ehivet Gbagbo rend son micro pour se consacrer à sa candidature, portée par le seul MGC. Le 6 janvier 2026, elle notifie à Tidjane Thiam, par courrier, le retrait définitif de son parti. Danièle Boni Claverie, devenue entre-temps porte-parole, juge le départ « sans surprise ».

Troisième absent, Charles Blé Goudé. Radié de la liste électorale, il n'a pas pu concourir ; le 24 novembre 2025, un mois après le scrutin, le COJEP annonce son retrait définitif, au nom de la fidélité à sa ligne.

Quatrième absent, le PDCI-RDA, la seule force électorale de l'attelage. Aux législatives du 27 décembre 2025, le parti perd la moitié de ses sièges et n'en garde que 32. Quand la coalition tient son assemblée générale le 7 mai 2026, le parti qui l'hébergeait n'en fait plus partie. Depuis, il fait cavalier seul : absent de la réunion du 1er septembre au siège du PPA-CI, absent du dépôt commun du 5 octobre au ministère de l'Intérieur, auquel il a préféré ses propres propositions, transmises le 28 septembre.

Viennent ensuite les petits. Éric Kahé et Paul-Hervé Agoubli, présents dans les rangs de la CAP-CI en mai 2025, sont cités le 1er septembre 2026, autour de la table du PPA-CI, aux côtés de Simone Ehivet Gbagbo et du COJEP, et non dans la délégation de la CAP-CI. Les lieutenants ont suivi les généraux.

Faisons les comptes. Des quatre noms qui donnaient à la coalition sa surface, trois sont partis. Le quatrième, Pascal Affi N'Guessan, préside ce qui reste. Une coalition de « coulés ».  Autour de lui, l'organigramme adopté le 7 mai : un secrétaire général porte-parole, Coulibaly Dinignako, du PSDI ; deux vice-présidents, Gbamenin Tra Bi, de l'UDP, et Tanoh Abizi, du PIP. Quatre illustres inconnus et un député à eux tous.

Et l'activité ? Depuis la relance du 4 juin 2026, elle tient en des conférences de presse au siège du FPI, des communiqués d'inquiétude et des déplacements en délégation groupée. Le 5 octobre, au ministère de l'Intérieur, la CAP-CI dépose un texte commun avec le groupement de Simone Ehivet Gbagbo, le COJEP de Blé Goudé et l'ADCI d'Assalé Tiémoko. 

La fondatrice a tiré la conclusion elle-même. Fin septembre, Simone Ehivet Gbagbo s'est proposée pour fédérer une opposition à rebâtir : « Toute modestie mise de côté, je pense que je peux jouer ce rôle. » Quand celle qui a fondé la maison recrute pour la suivante, c'est que la première est vide. La CAP-CI existe encore dans les communiqués, sur les photos de délégation et dans les comptes rendus de presse. Nulle part ailleurs. Son président préside d’ailleurs un parti fantôme, qui erre dans la sphère politique et qui ne tient que par sa haine contre la fratrie Ouattara. 

Yacouba DOUMBIA