Politique

La culture de la responsabilité

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Samedi 17 octobre 2026, le PDCI-RDA publie une déclaration et saisit la Cedeao, l'Union africaine et les Nations unies. Six de ses cadres, parmi lesquels Georges Philippe Ezaley, Alain Kokotré, Mandodja M'Bia Roger et Yohou Dia Houphouët, sont convoqués devant le huitième cabinet d'instruction du tribunal d'Abidjan, entre le 15 et le 23 octobre. Le parti y voit un « signal politique grave » et redoute que la crise électorale d'octobre 2025 ne serve de « prétexte permanent ». Deux jours plus tôt, le PPA-CI, par la voix de son président exécutif Léon Emmanuel Monnet, dénonçait les procédures visant plusieurs de ses responsables et réclamait la libération de plus de 1 600 personnes qu'il tient pour des détenus politiques. Au début du mois, les deux partis avaient déjà déroulé leurs doléances devant Leonardo Santos Simão, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU. Abuja, Addis-Abeba, New York : l'opposition ivoirienne connaît les adresses par cœur.

Elle connaît moins bien un verbe de trois syllabes : assumer. La responsabilité, ce n'est pas seulement le pouvoir de décider, c'est la capacité de répondre de ses actes. Sous nos cieux, cette culture n'existe quasiment pas. On pose un acte, on en récolte les fruits amers et l'on cherche aussitôt un coupable, de préférence loin de soi. Le mal vient de l'éducation. Il naît dans la cour familiale, le jour où un parent couvre les bêtises de son enfant, rembourse à sa place la vitre cassée chez le voisin et jure devant tout le quartier que le petit n'y est pour rien. L'enfant retient la leçon : quelqu'un paiera toujours à sa place. Devenu adulte, il ne reconnaîtra jamais un tort, puisqu'on ne lui a jamais appris qu'il pouvait en avoir. Devenu homme politique, il écrira à la Cedeao.

Remontons le fil. Le 26 septembre 2025, le Front commun PDCI-RDA / PPA-CI annonce une marche pour le 4 octobre. Le 2 octobre, le Conseil national de sécurité interdit les rassemblements de protestation ; le préfet d'Abidjan interdit la marche du 4, puis celle du 11. Le 10 octobre, un communiqué signé de la porte-parole du Front commun, Me Habiba Touré, l'affirme pourtant : « La marche du 11 octobre 2025 aura bel et bien lieu. » Elle a lieu à Cocody, elle est dispersée, et l'on dénombre 237 interpellations à Abidjan et 18 à Dabou. Le 12 octobre, les deux partis appellent à des manifestations quotidiennes, spontanées, éclatées et pacifiques selon leurs termes, avec des mots d'ordre en trois verbes : bloquer, occuper, libérer. Le 16 octobre, le procureur de la République annonce près de 700 interpellations et met en garde contre les acteurs politiques « cachés derrière des caméras ». Le 18 octobre, Tidjane Thiam tient meeting à Paris. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, près de Jacqueville, des individus tentent d'incendier la chambre de transfert de gaz de la société Foxtrot ; d'après les aveux rapportés par le parquet, il s'agissait de semer la terreur pour empêcher le vote du lendemain. Le même jour, le procureur résume le mois écoulé : attroupements armés, assassinats, vols à main armée, incendies de biens publics et privés, appels à l'insurrection, à la haine et à la xénophobie.

Un an plus tard, les signataires des communiqués et les orateurs des vidéos ne disent pas : nous avons appelé, des jeunes ont suivi, certains sont en prison, nous en répondons. Ils disent : la justice nous persécute. Les sept de Jacqueville sont sous mandat de dépôt depuis le 19 novembre 2025 ; ceux dont les mots d'ordre chauffaient les esprits ce mois-là siègent dans des bureaux politiques ou prennent la parole depuis l'étranger. Et quand les convocations arrivent, on n'y voit pas la suite ordinaire d'un mois d'octobre, on y voit un complot, et l'on court au secours, comme l'enfant qui court chez son père après avoir cassé la vitre du voisin.

Un homme, un vrai, assume. On lance un mouvement, on en porte le poids. Quand ça ne marche pas, on ne cherche pas un parapluie à Abuja ; on regarde ses militants dans les yeux, on regarde le pays, on dit : nous nous sommes trompés, pardon. Ce n'est pas une humiliation, c'est le prix de la parole donnée. La Cedeao, l'Union africaine et l'ONU ne sont pas des parents chargés de couvrir les bêtises de grands enfants. Elles ont assez à faire avec les vrais coups d'État.

Yacouba DOUMBIA