Politique

Battus sur leur propre terrain

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Soubré, juin 2024. Tidjane Thiam tient son argument : « La Côte d'Ivoire vient de passer de 159e à 166e (…). Nous sommes dans les 30 derniers. » L'indice de développement humain devient le fer de lance du président du PDCI-RDA, répété de meeting en meeting. Onze mois plus tard, le 15 mai 2025, le PNUD présente à Abidjan son nouveau rapport : la Côte d'Ivoire monte à 0,582, se hisse au 157e rang, signe la plus forte progression d'Afrique subsaharienne et la quatrième au monde. Depuis, plus un mot. L'argument a disparu des discours, et son auteur s'est fait discret.

Le PPA-CI a choisi un autre terrain, l'école, et le même sort l'attend. Depuis la publication, en 2021, du PASEC 2019, la gbagbosphère brandit l'avant-dernière place de la Côte d'Ivoire sur 14 pays et ses deux chiffres de fin de primaire : 59,5 % des élèves sous le seuil suffisant en lecture, 82,8 % en mathématiques. Le vieux rapport a resservi à chaque rentrée, jusqu'à l'infox de février 2025 qui le présentait comme une régression nouvelle. Le 25 août 2026, à la Tribune du parti, Me Habiba Touré, porte-parole et ambassadrice du pilier « Démocratie, justice sociale et services publics » du Pacte social, a ajouté sa couche : 74 élèves par classe au collège public, 2,07 millions d'enfants hors de l'école, 77 % d'établissements secondaires privés. Et cette phrase, pensée pour clore le débat : « Eux pourront compter les ponts à Abidjan. Nous, nous compterons les vies améliorées. »

Dakar compte depuis jeudi. La CONFEMEN y dévoile les résultats du PASEC 2024, évaluation conduite en 2025 dans 21 pays d'Afrique, pour la première fois jusqu'à la fin du collège. Les résultats ne sont plus présentés en scores, mais en proportion d'élèves atteignant le seuil attendu de compétences. Sur ce critère, l'école ivoirienne avance de PASEC en PASEC. Selon les premières données venues de Dakar, en 2e année, la part des élèves au niveau attendu en lecture passe de 33 à 48 %. En fin de primaire, elle passe de 40 à 46 % en lecture et de 17 à 23 % en mathématiques. Un seul indicateur fléchit, les mathématiques de 2e année, de 68 à 63 %, et il dit où portera la prochaine bataille. À Dakar, on attribue la progression à la formation initiale et continue des enseignants. Le rapport de 2019 le laissait déjà voir : sur 14 pays, les maîtres ivoiriens étaient les plus performants.

Cette remontée a une histoire : la mauvaise note lue à voix haute par Mariatou Koné le 4 mai 2022, puis les États généraux de l'éducation nationale et de l'alphabétisation, 42 leviers adoptés en Conseil des ministres le 3 mai 2023, quantum horaire relevé, coefficients différenciés au collège, retour de la dictée classique, remédiation en lecture et en calcul dans tous les CE1 du pays. Les examens de 2026, passés malgré la grève des enseignants, avaient donné le ton : CEPE à 86,58 %, BEPC à 51,41 %, baccalauréat à 40,15 %, en hausse de 3, 11 et 6 points sur 2024.

Deux fois en dix-huit mois, l'opposition a choisi elle-même le terrain, l'indicateur et l'arbitre : le PNUD pour Thiam, la CONFEMEN pour le PPA-CI. Deux fois, l'arbitre a sifflé contre elle. Me Habiba Touré avait raison sur une chose : on ne mesure pas une école au nombre de ponts, mais au nombre d'enfants qui savent lire. Dakar vient de compter, et la porte-parole du PPA-CI reçoit sur le front le même coup de massue que Tidjane Thiam en mai 2025. Quant aux vies améliorées, chaque enfant de CP qui déchiffre aujourd'hui une phrase en est une. Celles-là, le PPA-CI ne les comptera pas. Nous, si.

Yacouba DOUMBIA