Politique

L'hypocrisie du Pdci sur le drame du grand campement : Quand l'hôpital se fout de la charité

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© DrIl est de comprendre comment une situation aussi complexe a pu prospérer pendant des années avant d’aboutir à une catastrophe sociale de cette ampleur.
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Dans le drame humain qui se joue à Koumassi Campement depuis le 3 juin 2026, le plus étonnant n’est peut-être pas l’ampleur de la polémique.

Le plus surprenant réside plutôt dans la capacité du PDCI-RDA à se présenter aujourd’hui en procureur implacable dans une affaire dont il pourrait pourtant constituer l’un des principaux témoins à charge.

Revenons aux faits

Lorsque les images de centaines de familles brutalement privées de toit envahissent les réseaux sociaux et les médias, l’émotion est légitime. L’indignation également. Quelques jours plus tard, le Procureur de la République publie un communiqué qui apporte un premier éclairage sur les origines du dossier. Sans cette démarche de clarification judiciaire, l’opinion publique serait probablement demeurée prisonnière des spéculations et des interprétations partisanes. Le communiqué rappelle alors que l’affaire trouve son origine dans un contentieux foncier impliquant Jacques Alloui Brou, lequel aurait entrepris des opérations de destruction sans disposer des droits nécessaires pour le faire. Une enquête a d’ailleurs été ouverte afin de déterminer l’ensemble des responsabilités et d’identifier tous les acteurs ayant participé, directement ou indirectement, à cette affaire. Dans un État de droit, la prudence commanderait d’attendre les conclusions de cette enquête. Mais le PDCI a préféré emprunter une autre voie : celle de la récupération politique immédiate.

À peine les premiers éléments judiciaires connus, certains responsables du parti se sont empressés de désigner des coupables, allant jusqu’à réclamer des têtes, comme si les investigations étaient déjà achevées. Pourtant, une question fondamentale demeure soigneusement évitée : qui est réellement Jacques Alloui Brou ? La réponse mérite d’être rappelée.

Jacques Alloui Brou n’est pas un inconnu. Il est militant du PDCI-RDA. Mieux encore, il a exercé les fonctions de troisième adjoint au maire de Koumassi. Plus significatif encore, il était précisément chargé des questions domaniales au sein de la municipalité dans les années 1990.

Dès lors, plusieurs interrogations s’imposent.

Sous quelle gouvernance municipale exerçait-il ses fonctions ? Sous une mairie dirigée par le PDCI. Dans quel environnement politique ? Sous un régime dirigé par le PDCI. Quel était alors le ministre en charge de l’Urbanisme ? Feu Ezan Akélé, figure éminente du PDCI. C’est à partir de là que le dossier devient particulièrement troublant. Comment un responsable municipal en charge du domaine a-t-il pu se retrouver au centre d’un contentieux portant sur 34 hectares situés en pleine zone urbaine dans l’une des communes les plus convoitées du district d’Abidjan ?

Trente-quatre hectares.

Une superficie considérable dont l’acquisition, la gestion ou la revendication ne sauraient relever d’un simple hasard administratif. Qui a signé ? Qui a validé ? Qui a autorisé ? Qui a fermé les yeux ? Or les Ivoiriens n’ont pas oublié certaines réalités de l’histoire foncière nationale. Pendant plusieurs décennies, des milliers d’hectares ont changé de statut ou de propriétaires dans des conditions floues. Des patrimoines fonciers considérables se sont constitués au profit de gros barons du vieux parti. C’est pourquoi l’indignation sélective du PDCI suscite aujourd’hui autant d’interrogations que le dossier lui-même. Soyons clairs : il ne s’agit nullement de dédouaner les responsabilités éventuelles des autorités actuelles. Si des complicités contemporaines ont existé, elles devront être identifiées et sanctionnées. C’est précisément l’objet de l’enquête ouverte par le Procureur de la République.

Mais il serait pour le moins paradoxal que ceux dont un militant influent se trouve au cœur de ce dossier cherchent à se présenter comme de simples observateurs extérieurs. Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui criera le plus fort. Il est de comprendre comment une situation aussi complexe a pu prospérer pendant des années avant d’aboutir à une catastrophe sociale de cette ampleur.

Yacouba Doumbia