
La santé des femmes a été l’un des moments forts de la deuxième journée du Colloque National de la Semaine Nationale des Femmes Bâtisseuses de Côte d’Ivoire, qui s’est tenue le dimanche 2 août 2026 à la Mairie de Yopougon.
Organisé sous la houlette du Comité d’Organisation dirigé par Madame Rebecca Yao, Présidente de l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique, le panel « Femmes & Santé » s’inscrivait dans le thème général du colloque : « De la Marche de Grand-Bassam à la parité : consolider la place des femmes dans la décision publique. »
Pour cette journée dédiée aux enjeux sanitaires, les organisateurs avaient réuni plusieurs spécialistes de haut niveau afin d’aborder la santé des femmes sous différents angles. Les échanges se sont articulés autour de deux sous-panels : « Accès, Qualité, CSU » et « Droits, Éthique et Formation ».
Accès, qualité et couverture sanitaire universelle : les défis restent nombreux. Le premier sous-panel a rassemblé des spécialistes de divers horizons médicaux : Pr Tia Weu Mélanie, néphrologue à l’Université Félix Houphouët-Boigny, Pr Didi Kouho Judith, cancérologue au CNRAO, Pr Danho H.B. Jeannette, onco-hématologue et ex-Chief Advisor UNFPA, ainsi que Dr Lydie Estelle Djahan Debony Ségui, maître de conférences agrégée en gynécologie-obstétrique.
Les discussions ont mis en lumière plusieurs problématiques majeures concernant l’accès des femmes aux soins et leur prise en charge. La santé maternelle a notamment occupé une place centrale. Les spécialistes ont rappelé que certaines complications liées à la grossesse et à l’accouchement peuvent être efficacement traitées lorsque les femmes parviennent rapidement à des structures disposant de professionnels qualifiés. La Pr Danho H.B. Jeannette a particulièrement insisté sur l’importance des soins obstétricaux et néonatals d’urgence. Hémorragies, infections et autres complications peuvent entraîner des décès évitables grâce à une prise en charge rapide et adaptée.
Selon les données présentées, la Côte d’Ivoire dispose déjà d’un réseau de structures offrant ces soins d’urgence. L’enjeu reste néanmoins d’assurer une orientation rapide des patientes et une prise en charge efficace, surtout en situation d’urgence.
Cancer, maladies chroniques et prévention : agir avant l’urgence Le panel a également élargi la réflexion aux maladies chroniques qui touchent les femmes. Le dépistage précoce des cancers, les maladies rénales et la nécessité d’une consultation médicale régulière ont été au cœur des préoccupations abordées. Cette approche préventive apparaît comme un enjeu majeur. Au-delà de la gestion des urgences, il s’agit d’encourager les femmes à consulter, à se faire dépister et à mieux comprendre les facteurs de risque liés à certaines pathologies.
La prévention passe aussi par l’éducation à la santé, le planning familial et le suivi des consultations prénatales. La formation des professionnels doit permettre de mieux accompagner les femmes à chaque étape. Droits, éthique et formation : trois piliers d’une santé de qualité Le second sous-panel, consacré aux « Droits, Éthique et Formation », a abordé la santé des femmes sous un angle plus institutionnel et professionnel.
Il a réuni Pr Serge Amari, professeur titulaire de Sciences pharmaceutiques et biologiques et docteur en Droit, Pr Odatz Sanogo Méliane, professeure titulaire de Médecine interne et directrice générale de l’INFAS, ainsi que Dr Aboubacar Sidiki Bakayoko, président du Conseil national de l’Ordre des médecins de Côte d’Ivoire.
Pour la directrice générale de l’INFAS, la qualité des soins commence par celle de la formation.
« Quand tu viens à l’hôpital, surtout lorsqu’une femme vient à l’hôpital, elle, c’est pour trouver des professionnels de santé qui sont compétents », a-t-elle expliqué, soulignant le besoin de professionnels possédant à la fois des compétences techniques et humaines.
L’enjeu est donc de former des agents de santé capables non seulement de maîtriser les gestes médicaux, mais aussi d’accueillir les patients avec respect, écoute et humanité.
La directrice générale de l’INFAS a réaffirmé l’engagement de son institution à renforcer la formation afin d’améliorer la qualité des soins et de faire baisser les mauvais indicateurs de santé.
**Le respect des règles et la protection des patients**
Présent sur le panel, le Dr Aboubacar Sidiki Bakayoko, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a rappelé le rôle essentiel de son institution dans la régulation de l’exercice de la médecine en Côte d’Ivoire. Créé au lendemain de l’indépendance, l’Ordre des médecins a notamment pour mission de veiller à ce que la médecine soit pratiquée dans le respect de l’éthique, de la déontologie et des règles professionnelles.
Le président de l’Ordre a également appelé les populations à la vigilance. Il a recommandé aux patients de vérifier que le professionnel consulté est bien autorisé à exercer en Côte d’Ivoire et inscrit au tableau de l’Ordre. Un message qui rappelle que la protection de la santé passe aussi par la responsabilisation des patients et une meilleure connaissance de leurs droits. « La santé des femmes, c’est l’avenir du pays »
Au-delà des différentes thématiques abordées, une conviction commune a traversé les échanges : la santé des femmes est un enjeu majeur pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Le Dr Aboubacar Sidick Bakayoko l’a résumé en des termes particulièrement forts : « Une nation qui prend en charge la santé des femmes, elle prend forcément en charge son avenir. » Cette affirmation traduit l’importance stratégique de la santé féminine. Une femme en bonne santé est aussi une mère, une professionnelle, une entrepreneure, une actrice sociale et une citoyenne capable de contribuer pleinement au développement de sa communauté et de son pays.
Ainsi, améliorer la santé des femmes ne relève pas uniquement de la politique sanitaire. C’est aussi un investissement dans le capital humain, dans les familles et dans le développement national.
Une mobilisation qui dépasse le secteur de la santé. Le panel a également mis en évidence la nécessité d’une responsabilité collective. Réduire la mortalité maternelle, améliorer l’accès aux soins, prévenir les maladies chroniques et promouvoir les droits des patientes exigent l’implication des pouvoirs publics, des professionnels de santé, des communautés, des familles et de la société civile. Les échanges ont notamment souligné l’importance de la mobilisation communautaire pour permettre aux femmes confrontées à des complications de rejoindre rapidement les structures sanitaires adaptées. Cette dimension collective rejoint directement l’esprit du Colloque National : faire de la femme une actrice pleinement reconnue du développement et de la construction de la nation.
Rebecca Yao : faire de la santé et du leadership des femmes des priorités nationales .À travers ce panel, Rebecca Yao, présidente de l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique et présidente du Comité d’Organisation, entend inscrire les questions relatives aux femmes dans une réflexion plus large sur l’avenir du pays. En réunissant médecins, universitaires, responsables d’institutions sanitaires et acteurs de la société civile, l’initiative a créé un espace d’échanges entre expertise médicale et réflexion citoyenne.
Au terme de cette rencontre, Madame Rebecca Yao a remercié les différents panélistes pour la qualité de leurs interventions, ainsi que les autorités, invités de marque, partenaires, médias et participants ayant contribué au succès de cette journée.
Une ambition : faire de la santé des femmes un pilier du développement. Le panel « Femmes & Santé » aura ainsi permis de poser plusieurs exigences : garantir un accès équitable aux soins, améliorer leur qualité, renforcer la prévention, protéger les droits des patientes, promouvoir l’éthique médicale et investir davantage dans la formation des professionnels de santé. Mais derrière ces exigences se profile une ambition plus grande : permettre aux femmes de vivre en meilleure santé, d’accéder aux soins dont elles ont besoin et de participer pleinement à la vie économique, sociale et politique du pays. De la santé au leadership, le message porté par cette rencontre est clair : une Côte d’Ivoire qui veut préparer son avenir doit nécessairement placer les femmes au cœur de ses priorités.