
Un phénomène massif et persistant, d’abord, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus d’un salarié sur deux au Sénégal (65 %) et en Côte d’Ivoire (58 %), ainsi que près de la moitié au Burkina Faso (43 %), déclarent avoir subi des violences ou du harcèlement sur leur lieu de travail. Ces données, présentées le 9 mars 2026 lors d’une conférence de presse en ligne, font écho aux tendances mondiales . Ce fléau demeure universel et largement sous-estimé.
Des formes multiples, mais surtout psychologiques, ensuite, le rapport intitulé « Rendre visible l’invisible » met en lumière les différentes formes de violences. Les agressions psychologiques dominent largement (60 % au Sénégal, 53 % en Côte d’Ivoire, 40 % au Burkina Faso). Viennent ensuite les violences physiques (23 % au Sénégal, 13 % au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire) et les violences sexuelles (20 % en Côte d’Ivoire, 19 % au Sénégal, 11 % au Burkina Faso). Or, si les violences physiques concernent davantage les hommes, les femmes sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, souvent perpétrées par des clients ou des inconnus.
Par ailleurs, des conséquences lourdes sur la santé et la productivité les, en effets, de ces violences sont profonds. La moitié des victimes signalent une détérioration de leur santé mentale, tandis qu’un tiers évoque une dégradation de leur santé physique. Dépression, anxiété et stress s’ajoutent à une baisse de motivation, une perte de confiance et une augmentation de l’absentéisme. En définitive, la productivité des entreprises en souffre, en particulier lorsqu’il s’agit de femmes et de jeunes travailleurs.
Cependant, malgré l’ampleur du problème, seuls 60 % des victimes osent dénoncer les faits. La plupart se confient à leurs proches plutôt qu’aux mécanismes formels, par peur de la stigmatisation ou de représailles. Cette sous-déclaration reflète une tendance mondiale : la violence au travail reste invisible, sous-déclarée et sous-estimée.
Enfin, l’OIT appelle à une mobilisation autour de la Convention n° 190 et de la Recommandation n° 206, qui constituent le premier cadre international visant à prévenir et éliminer la violence et le harcèlement au travail. Trois piliers stratégiques sont mis en avant : une approche inclusive et sensible au genre, une prévention fondée sur la responsabilité partagée et une protection et un accompagnement renforcés pour les victimes. Comme l’a souligné Chidi King, cheffe du Service Égalité de genre, diversité et inclusion de l’OIT : « Cette recherche rend visible une réalité que trop de travailleurs ont endurée en silence. Elle fournit les preuves nécessaires pour renforcer la prévention, la protection et les mécanismes de réparation. »
Pour rappel, lors de cette conférence plusieurs personnalités ont intervenu, notamment : Chidi KING, Cheffe du Service des questions de genre, de l’égalité, de la diversité et de l’inclusion (GEDI), OIT-Genève, Samira DAOUD, Directrice du Bureau d’Appui technique de l’OIT-Dakar, et du Bureau Pays pour le Sénégal, la Gambie et la Guinée, Coumba DIOP, Directrice du Bureau Pays de l’OIT pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo et Ira POSTOLACHI, Chargée de projet technique « Lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail & Égalité de rémunération et de carrière entre les hommes et les femmes », OIT-Genève.
En rendant visible l’invisible, ce rapport rappelle que la lutte contre la violence et le harcèlement au travail n’est pas seulement une question de dignité humaine : c’est aussi un enjeu de santé publique et de développement économique. L’Afrique de l’Ouest, à l’instar du reste du monde, est appelée à agir sans délai pour garantir un environnement de travail sûr et respectueux pour tous.