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Reportage

Au coeur de la foire de l’emploi et du recrutement: Ces jeunes qui croient en leurs chances

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Des milliers de jeunes affluent à la Foire nationale de l'emploi avec l'espoir de retourner avec une opportunité.

Vingt-quatre heures après le lancement officiel de la Foire nationale de l’emploi et du recrutement 2026, le Palais de la culture de Treichville ressemble à une ruche géante. Dans les allées bondées, des milliers de jeunes se croisent CV en main, regard déterminé, entre espoir d’un emploi, quête d’un stage ou envie de se réinventer. Il est 10h, mais depuis les premières heures de la matinée, les files d’attente s’allongent devant les stands des entreprises.

Des recruteurs échangent avec des candidats parfois stressés, souvent confiants, mais tous portés par la même ambition : décrocher une opportunité capable de changer leur trajectoire. Dans une salle attenante, des groupes de jeunes suivent attentivement des ateliers de coaching. Comment réussir un entretien ? Comment se présenter face à un recruteur ? Quelle posture adopter ? Ici, chaque détail compte.

« Avant, je ne savais même pas que ce genre d’opportunité existait »

À seulement 21 ans, Bouazo Victoire découvre pour la première fois l’univers de la FNER. Étudiante en première année de communication, elle avance timidement dans les couloirs, dossier sous le bras. « C’est grâce à mon père que j’ai entendu parler de cette initiative. Aujourd’hui, je suis venue découvrir comment cela fonctionne et voir les opportunités qui peuvent s’offrir à moi », raconte-t-elle. Après avoir franchi les différentes étapes du parcours d’orientation, la jeune femme rejoint un atelier consacré à la préparation aux entretiens d’embauche. Une expérience qu’elle juge précieuse.

« Avant, je ne pensais même pas qu’un tel cadre existait pour les jeunes. Aujourd’hui, cela nous permet de découvrir des opportunités, d’échanger et de mieux nous orienter pour notre avenir professionnel », explique-t-elle. Comme beaucoup de participants, elle recherche avant tout un stage de perfectionnement. Mais derrière ses mots se cache une inquiétude plus profonde : celle d’une jeunesse parfois mal informée. « Beaucoup de jeunes passent plus de temps sur des distractions que sur la recherche d’informations utiles pour leur avenir. Ceux qui ont accès à ces informations doivent les partager avec les autres », insiste-t-elle.

Entre reconversion et nouveaux départs

La foire ne rassemble pas uniquement des étudiants ou de jeunes diplômés. Parmi les visiteurs figure aussi Yao Kouadio, 51 ans, ancien maçon venu chercher un nouveau souffle professionnel. Après plusieurs années passées sur les chantiers, il souhaite aujourd’hui se reconvertir dans l’entrepreneuriat agricole. Son objectif : obtenir un accompagnement ou un financement pour lancer sa propre activité. Son histoire rappelle que derrière chaque CV se cache souvent un parcours marqué par des sacrifices, des épreuves ou l’envie de recommencer autrement.

« Je veux renforcer mes compétences »

À quelques mètres de là, Kouassi N’guessan Anaïs enchaîne les dépôts de candidatures. Titulaire d’un BTS en informatique et électronique, elle espère décrocher un stage de qualification pour consolider ses compétences. « Après la formation théorique reçue à l’école, il est important d’intégrer une entreprise afin d’acquérir une meilleure maîtrise du métier », explique-t-elle.

Spécialisée en maintenance informatique, elle a également travaillé sur des installations solaires durant un précédent stage. Mais aujourd’hui, son ambition est claire : approfondir ses connaissances dans l'informatique. « Avec plus de 300 entreprises présentes, je reste optimiste », dit-elle avec un sourire.

Quitter un CDI pour préserver sa dignité

L’un des témoignages les plus marquants reste celui de N'guessan Joël. Titulaire d’un BTS en informatique et fort de cinq années d’expérience professionnelle, il avait pourtant réussi à décrocher un contrat à durée indéterminée. Mais derrière la stabilité apparente, le malaise s’installait progressivement. « Certaines pratiques de l’entreprise ne correspondaient plus à mes valeurs ni à mon éthique professionnelle. J’ai préféré partir », confie-t-il. Un choix difficile, mais assumé.

Aujourd’hui, il est revenu à la case départ, à la recherche d’une nouvelle opportunité. Entre deux stands, il garde cependant la tête haute. « Je suis ici aussi bien pour une formation que pour un emploi. Je suis confiant. Je sais ce que je veux et je suis déterminé à avancer », affirme-t-il.

Les entreprises à la recherche de talents

Face à cette marée humaine, les entreprises multiplient les entretiens et les recrutements. Les stands de la SOTRA, de la SODECI, de la CIE ou encore de la SIR ne désemplissent pas. Chez Portéo BTP, plus de 200 postes sont actuellement ouverts. « Ce sont de véritables besoins, pas des offres fictives », insiste Boli Modeste.

L’entreprise recherche aussi bien des maçons, coffreurs, chauffeurs poids lourds, techniciens de laboratoire que des aides-laborantin. « Il y a des opportunités pour les débutants comme pour les profils expérimentés », précise-t-il. Selon lui, certains candidats ont déjà retenu l’attention des recruteurs dès les premiers échanges.

« Nous cherchons des profils variés »

Même constat du côté de la SODECI. Pour Aman Gaston, la foire constitue une plateforme stratégique de recrutement. « Nous recherchons aussi bien des profils techniques que des profils dans les ressources humaines, la communication, la comptabilité, l’informatique ou encore le marketing », explique-t-il. Depuis l’ouverture, des dizaines de jeunes défilent déjà sur leur stand. « Généralement, nous recevons environ 500 candidatures pendant ce type d’événements », souligne-t-il.

Une jeunesse qui refuse d’abandonner

Au-delà des chiffres, des stands et des CV distribués, la FNER 2026 révèle surtout une jeunesse ivoirienne debout, lucide sur les difficultés, mais toujours prête à croire en l’avenir. Dans les couloirs du Palais de la culture, certains repartent avec un simple conseil, d’autres avec une promesse d’entretien. Mais tous repartent avec le sentiment d’avoir au moins essayé. Et dans un contexte où le chômage des jeunes reste un défi majeur, cette foire apparaît, pour beaucoup, comme bien plus qu’un événement : une porte ouverte sur une seconde chance.