
Devant les fidèles réunis pour la prière hebdomadaire, le prédicateur a ouvert son propos sur le constat d'une communauté et d'une humanité éprouvées par « la propagation du terrorisme et de la violence aveugle ». Ces actes, a-t-il affirmé, sèment la terreur, versent le sang d'innocents et détruisent la paix des sociétés. Le cœur de son argumentation repose sur le verset 32 de la sourate Al-Ma'idah, qu'il a récité puis commenté à voix haute. « Tuer une seule âme innocente équivaut à assassiner toute l'humanité », a-t-il résumé, avant d'interroger son auditoire sur la contradiction entre ce principe et les massacres commis au nom de la religion. L'imam a également invoqué les instructions données aux armées musulmanes des premiers temps, qui interdisent selon lui de s'en prendre aux vieillards, aux enfants et aux femmes, et d'abattre les arbres fruitiers, y compris dans le cadre d'un conflit armé légitime. Le sermon s'est ensuite attaché à définir la figure du terroriste au regard du droit musulman. Lamine Konaté l'a rangée sous deux qualifications, la corruption sur terre (« Fasad fil-ard ») et le brigandage (« Hirabah »). Il s'agit, a-t-il dit, d'un individu qui use de la peur pour imposer son idéologie et qui n'établit aucune distinction entre les combattants et les innocents.
Trois facteurs conduisent à ce basculement, selon le prédicateur. D'abord l'ignorance et la déviation religieuse, produits d'une lecture superficielle des textes sacrés, sortis de leur contexte et détachés de la sagesse des savants. Ensuite les injustices et l'oppression, qui nourrissent un sentiment d'impuissance face aux conflits et à la misère. Enfin la manipulation psychologique, exercée par des prêcheurs de haine sur des jeunes isolés et vulnérables. L'imam a dressé la liste des dégâts causés par ce fléau : familles brisées, économies ruinées, tensions communautaires attisées. Il a insisté sur un dernier effet, à ses yeux le plus grave, celui d'une image défigurée de l'islam, qui alimente en retour l'hostilité envers les musulmans à travers le monde.
Son prêche s'est achevé sur une invocation, le prédicateur demandant à Allah de préserver les fidèles de l'égarement et de protéger les sociétés contre toute forme de violence. Ce sermon intervient dans un contexte régional marqué par la pression des groupes armés jihadistes sur les États du Sahel et sur les zones frontalières des pays côtiers du golfe de Guinée. La Côte d'Ivoire a été visée par l'attentat de Grand-Bassam en mars 2016, puis par une série d'attaques dans sa partie septentrionale entre 2020 et 2021. Les autorités religieuses musulmanes du pays sont régulièrement associées aux dispositifs de prévention de l'extrémisme violent, aux côtés des services de sécurité et des organisations de la société civile.
Yacouba DOUMBIA