
Vous êtes à Paris pour participer au salon Vivatech. Quelles sont les ambitions numériques de la Côte d'Ivoire ?
La Côte d'Ivoire entend être un hub numérique dans la sous-région ouest africaine. La Côte d'Ivoire compte se positionner au niveau africain, au niveau donc du numérique. D'ailleurs, Vivatech nous offre l'opportunité de mettre en évidence tous ces talents jeunes, puisque nous avons une trentaine de jeunes start-upers, PME, qui viennent à la conquête du monde et qui apportent des solutions très concrètes dans différents domaines, que ce soit l'agriculture, sur les questions du climat, que ce soit dans le domaine de la fintech, etc. Et le gouvernement ivoirien a mis un point d'honneur à accompagner ces jeunes champions. Depuis bientôt 4 éditions, chaque année, ils bénéficient d'un accompagnement du gouvernement pour aller à la conquête du monde.
Et vous êtes accompagné à Paris par un certain nombre d'opérateurs ?
Je suis là avec mon collègue Djibril Ouattara, qui est le ministre en charge du numérique, et bien évidemment avec la trentaine de jeunes entreprises ivoiriennes. La Côte d'Ivoire veut devenir le hub numérique de l'Afrique de l'Ouest, mais la langue quasi-hégémonique sur Internet, c'est l'anglais.
Est-ce que ce n'est pas un handicap pour un pays francophone comme le vôtre ?
Mais c'est clairement un défi . C'est clairement un défi pour tous les pays de l'espace francophone, et je pense que la francophonie a conscience de ce défi. Et aujourd'hui, je pense que les efforts au niveau de la stratégie et de l'organisation de la francophonie, c'est de faire en sorte justement que la langue française ne soit pas en difficulté par rapport à la langue anglaise, et que ça ne soit pas un handicap pour ces milliers d'entrepreneurs qui vont à la conquête du monde pour apporter des solutions, chercher des partenariats.
Donc on peut développer la langue française sur Internet ?
Elle se développe. Je pense qu'elle se développe.
Il y a quelques jours, le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, qui est vice-premier ministre et qui est aussi le frère du chef de l'État, a déclaré que la Côte d'Ivoire était prête à reprendre une coopération sécuritaire avec ses voisins du Sahel. Notamment le Burkina Faso. Est-ce à dire que des opérations communes entre Ivoiriens et Burkinabè pourraient reprendre contre les groupes djihadistes ?
La Côte d'Ivoire a toujours été dans cette posture, et c'est ce que le vice-premier ministre a voulu rappeler. Rappelez-vous que par le passé, nous avons eu d'excellentes relations avec ces pays, dans le cas de la coopération militaire, dans le cas de la lutte contre le terrorisme. Malheureusement, ces relations ne se sont estompées pas du fait de la Côte d'Ivoire, et donc ce que le vice-premier ministre exprime, c'est que cette prédisposition permanente de la Côte d'Ivoire a œuvré dans le sens d'un dialogue qui aurait pour effet, de mutualiser les efforts en vue de traiter ce problème qui est un problème sérieux pour toute la sous-région.
Aucun État ne peut à lui seul faire face au phénomène du terrorisme
Oui, mais depuis le dernier changement de régime au Burkina Faso en 2022, le dialogue est très difficile.
Oui, et on le regrette. Et c'est pour cela que le vice-premier ministre a réitéré la volonté de la Côte d'Ivoire à reprendre ce dialogue pour faire face à un problème qui menace toute la sous-région.
Est-ce que des contacts récents ont eu lieu entre Abidjan et Ouagadougou ?
Mais il y a quelques mois de cela, rappelez-vous, il y a même eu une rencontre à la frontière ivoirienne entre le vice-premier ministre qui était à l'époque ministre de la Défense et les autorités au Burkina Faso. Malheureusement, les choses se sont estompées après, au grand regret de la Côte d'Ivoire. Et ce que la Côte d'Ivoire souhaite aujourd'hui, c'est vraiment, avec tous les pays concernés, reprendre le dialogue, reprendre les initiatives, mutualiser les efforts pour juguler ce problème.
Est-ce qu'il y a eu des contacts récents entre Abidjan et Bamako ?
Les autorités compétentes en matière pourraient vous répondre. Mais ce qu'il faut retenir c'est la volonté de la Côte d'Ivoire à renouer avec tous ses partenaires en vue de reprendre la coopération militaire. Alors ce qu'on observe, c'est que cette déclaration du vice-premier ministre ivoirien, elle tombe quelques semaines après la violente attaque des djihadistes et des rebelles touaregs au Mali, c'était le 25 avril. Est-ce que c'est une simple coïncidence ? Ce que le vice-premier ministre a rappelé, c'est que malheureusement aucun État ne peut à lui seul faire face au phénomène du terrorisme. Aucun État à lui seul ne peut gagner la bataille du terrorisme. Ce qu'il faut, c'est une stratégie qui implique tous les pays avec leurs partenaires. Et c'est cette position qui a été affirmée. La déclaration du vice-premier ministre intervient dans un contexte particulier. Il est présent à Paris dans le cas d'un salon sur la Défense.
Eurostory.
Voilà, un salon sur la Défense et l'un de vos confrères a bien voulu lui accorder une interview pendant laquelle la question lui a été posée. La position réaffirmée de la Côte d'Ivoire, c'est de dire qu'il faut des efforts conjugués pour juguler la question du terrorisme en Afrique.
Le gouvernement a décidé de dissoudre la commission électorale indépendante et va proposer une nouvelle architecture
Le mois dernier, le gouvernement ivoirien a annoncé la dissolution de la CEI, la Commission électorale indépendante, qui est vieille de quelques 25 ans et qui est très décriée par l'opposition. À quoi ressemblera la nouvelle structure électorale ?
Vous savez que depuis plusieurs années, nous avons eu une commission électorale indépendante qui a été modifiée plusieurs fois et qui, en dépit de ces améliorations, n'a pas réussi à rassurer tous les acteurs, en dépit de toutes les avancées obtenues. Organisation d'élections à date, fichier électoral qui a pu être établi à date. En dépit de cela, il y a eu une crise de confiance des acteurs. Tirant conséquences de cela, le gouvernement a décidé de dissoudre la commission électorale indépendante et va proposer une nouvelle architecture en charge d'organiser des élections dans le but de mieux rassurer les différents acteurs.
Cette nouvelle architecture, d'après certaines informations, le modèle sénégalais pourrait servir de base, à savoir une double structure où l'organisation matérielle des élections serait confiée à l'administration publique et le contrôle à une autorité indépendante composée de magistrats et de hauts fonctionnaires à la retraite.
Tout ce qui se dit aujourd'hui est de la spéculation et c'est normal. Mais il faut attendre quelques jours que le gouvernement propose officiellement l’ossature.
la Côte d'Ivoire n'est pas un État failli
Mais cette double structure, c'est une piste ?
Dans quelques jours, vous aurez l'architecture proposée par le gouvernement.
Ce n'est pas impossible ?
Attendez quelques jours.
Les principaux partis d'opposition, notamment le PDCI, se félicitent de la disparition de la CEI. Mais demandent une table ronde avec le pouvoir avant d'examiner une proposition à l'Assemblée nationale.
Nous considérons que la Côte d'Ivoire n'est pas un État failli. La Côte d'Ivoire est un État qui fonctionne normalement, avec des institutions depuis plusieurs années qui fonctionnent normalement. Et tout ce processus se fera dans le cadre du fonctionnement normal de l'État et de ses institutions.
Quel calendrier ? Quel programme ?
Pour le calendrier, c'est le gouvernement qui l'annoncera, mais quelle que soit la proposition du gouvernement, elle passera devant l'Assemblée nationale. Elle sera discutée par les députés. L'opposition y est représentée. Dans le cadre du fonctionnement normal des institutions, la réforme se fera.

Quand est-ce que ça passera devant l'Assemblée nationale ?
Il faut attendre déjà que la proposition soit adoptée par le gouvernement.
En Conseil des ministres ?
Elle sera analysée en conseil du gouvernement et adoptée en conseil des ministres, avant donc de passer à l'Assemblée nationale. Mais tout ce calendrier sera clairement défini et public, au moment opportun.
D'ici la fin du mois de juillet ?
Je ne peux rien vous dire là-dessus.
Et pourquoi pas une concertation préalable, comme le demandent de nombreux partis de l'opposition, avec l'opposition, justement, pour déminer tous les sujets, afin ensuite que cette nouvelle architecture fasse consensus ?
Vous aurez remarqué que l'opposition n'a pas attendu forcément une concertation avant de faire des propositions, puisque certains partis, qu'ils soient proches de l'opposition ou proches du pouvoir, commencent à faire des propositions et qui sont rendues publiques. Il reviendra au gouvernement toute responsabilité, en fonction, comme je l'ai dit, de l'objectif qui s'est assigné, c'est-à-dire avoir un instrument en charge de gérer les élections qui rassure, donc de définir le tempo. Et comme je vous l'ai dit, ce processus va suivre son cours dans le cadre du fonctionnement normal des institutions de la République.
On voit notamment que deux des candidats à la présidentielle de l'année dernière, Simone Éhivet Gbagbo et Ahoua Don Mello, proposent un haut conseil électoral, composé de 11 membres issus exclusivement de la société civile et des corporations nationales. C'est une bonne idée ?
Je ne veux pas me prononcer sur leurs propositions. Ce sont leurs propositions, comme il y en a bien d'autres. Il faut attendre la mouture finale de la structuration du nouvel organe en charge des élections.
Mais pas de table ronde avant l'examen d'une proposition du gouvernement ?
Je ne sais pas quelle sera la méthodologie choisie par le Premier ministre, qui est en charge du fait d'initier la proposition au gouvernement. Il reviendra au Premier ministre de définir l'approche. Mais ce que je dis, et que vous devez retenir, c'est que quelle que soit l'architecture qui sera arrêtée, nous avons un pays qui fonctionne normalement, des institutions qui fonctionnent normalement, et différentes lois, comme ça l'est pour des lois qui ont été déjà adoptées. Donc il y a un processus qui est défini, et je pense que ce processus sera respecté.
Je pense qu'il faut attendre les conclusions de cette enquête.
À Koumassi, l'un des grands quartiers d'Abidjan, il y a beaucoup d'émotions depuis le début de ce mois, depuis qu'un particulier a fait démolir les logements de plusieurs milliers d'habitants, avec l'aide des forces de l'ordre, et cela sur la base d'un faux document de justice. Comment cela a-t-il pu arriver ?
Le Procureur de la République a fait un communiqué, et dans le communiqué du procureur de la République, il a été clairement dit que l'individu en question s'est prévalu d'actes qui étaient faux. Il n'avait pas l'autorisation, etc. Et donc le procureur de la République a décidé d'ouvrir une enquête. Je pense qu'il faut attendre les conclusions de cette enquête.
Notre responsabilité, c'est la protection des populations.
Il y a cette question par exemple de l'opposant Charles Blé Goudé du COJEP. Qui a réquisitionné les forces de l'ordre et qui les a mis en mission ?
L'enquête permettra donc de déterminer de façon précise. Pour l'heure, ce qui est important pour le gouvernement, c'est de venir en soutien à ces pauvres populations qui ont été durablement impactées. Et pour ce faire, le gouvernement a dit à dépêcher une équipe sur place, avec la ministre de la Cohésion qui a procédé à l'identification des personnes impactées, et surtout au premier soutien qui pourrait être apporté à ces personnes. Ce que je peux vous dire aussi, c'est que le gouvernement ne tolèrera aucun abus. Et donc la conclusion, là où il y a abus, il y aura responsabilité. Et donc les conclusions du Procureur permettront de dire exactement ce qui a été fait. Le Premier ministre a présidé plusieurs réunions sur la question. Donc pour voir un peu les initiatives gouvernementales pour venir en soutien aux populations impactées. Et je peux vous dire en attendant que ces discussions et ces réunions aboutissent dans quelques jours à des mesures très concrètes. Une chose est sûre, c'est que les populations seront protégées. Parce que notre responsabilité, c'est la protection des populations.
La Côte d'Ivoire, en 15 ans, c'est quand même près de 500 000 familles vulnérables qui ont bénéficié des filets sociaux. C'est la pauvreté qui a été réduite
Et donc la mobilisation des forces de l'ordre pour cette opération, c'est un abus ?
Il faut attendre donc, comme je l'ai dit, la conclusion de l'enquête du procureur. Et je dis, là où il y a abus, il y aura responsabilité.
Avec des sanctions ?
Bien évidemment.
En tout cas, cette opération de démolition et d'expulsion, elle a choqué beaucoup de gens, à Koumassi et dans la vie de gens. Et c'est tout à fait normal, parce qu'un individu ne peut pas, de façon illégale, poser un acte, tel qu’il a été posé. Et comme je vous l'ai dit, le procureur a diligenté une enquête, non seulement pour comprendre ce qui se passe, et puis déterminer toute la chaîne des responsabilités dans ce qui s'est passé. Surtout que Koumassi, cet acte isolé à Koumassi, intervient à un moment où le gouvernement, depuis 15 ans, travaille beaucoup en soutien aux populations les plus vulnérables. Rappelez-vous que la Côte d'Ivoire, en 15 ans, c'est quand même près de 500 000 familles vulnérables qui ont bénéficié des filets sociaux. C'est la pauvreté qui a été réduite de 55% à 37%, et près de 5 millions d'Ivoiriens qui, sur la période, se sont sortis de la pauvreté.
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