
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et nous dire comment est née votre passion pour la musique ?
Ma passion pour la musique a commencé en classe de 3ᵉ. Je continuais à aller à l'école et j'ai commencé à interpréter de petites chansons. C'est après le BAC que j'ai décidé de bien apprendre la musique et de me rapprocher de certains maîtres de chœur pour me former auprès d'eux. Ensuite, j'ai vu qu'il y avait un concours de chant au Mali sur la chaîne de télévision nationale et je me suis lancée dans l'aventure.
C'est comme ça que je me suis retrouvée au Mali à faire des petits karaokés et autres. Ça, c'était en 2014. En 2015-2016, je me suis lancée à l'aventure au Mali pour faire de petits tours dans les cabarets, apprendre sur le tas avec les soirées karaoké. J'y ai passé cinq ans avant de revenir en Côte d'Ivoire. À mon retour, les choses ne se sont pas passées comme je le voulais, et j'ai passé le concours de l'INSAAC pour y entrer. C'est à ce moment-là que j'ai fait ma rencontre avec la Kora, et j'ai trouvé ma voie dans la musique.
Comment définissez-vous votre style musical ?
Je définirais mon style musical comme un mélange de traditions mandingues et de musique contemporaine, avec des sonorités modernes. Je suis beaucoup influencée par la Kora, par Toumani Diabaté, Oumou Sangaré, Dobet Gnahoré, Rokia Traoré, Fatoumata Diawara ou encore Sona Jobarteh.

Pourquoi avoir choisi la kora et quelles émotions cherchez-vous à transmettre à travers ses cordes ?
J'ai choisi la Kora parce que j'aime cet instrument. À un moment de ma carrière, quand je cherchais ma voie, j'ai rencontré la Kora à Bamako. Puis, quand je suis rentrée à l'INSAAC, la kora m'a parlé. C'est traditionnel, et c'est rare que les femmes en jouent. La première fois que j'y ai touché, le son m'a apaisée. La Kora m'a appelée. Quand je joue, le son m'apporte un véritable apaisement. Même quand je suis de mauvaise humeur ou triste, prendre ma kora me calme. C'est comme le bruit de l'eau qui coule sur des rochers. À travers ses cordes, je cherche à transmettre toute la richesse culturelle de l'Afrique.
Quels sont les principaux obstacles que vous rencontrez et comment vous les surmontez ?
"Quand je suis rentrée à l'INSAAC, la kora m'a parlé"
Beaucoup de difficultés ! Ça continue toujours, je ne suis pas encore arrivée, mais vraiment beaucoup d'obstacles. Au moment où je commençais à apprendre à me perfectionner, c'était encore plus difficile avec les parents qui voulaient absolument que je continue mes études et qui n'étaient pas forcément d'accord avec la voie que j'avais choisie. Avant de rencontrer la Kora, je n'avais pas encore trouvé la direction que je devais suivre. J'étais un peu dans le néant jusqu'à ce que je croise cet instrument pour trouver véritablement ma voie artistique. Dans ce milieu, ce n'est pas du tout facile. Je dis souvent que si je dois mourir et revenir, je demanderai à Dieu de faire en sorte que je n'aime pas la musique ! (rires)
"Si je dois mourir et revenir, je demanderai à Dieu de faire en sorte que je n'aime pas la musique"
Quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos chansons et quelle place accordez-vous à la culture ivoirienne dans votre démarche ?
Mon message porte sur l'unité des Africains, l'union africaine, et surtout le fait que les gens aiment leur culture et ce qui vient d'Afrique. J'ai remarqué qu'aujourd'hui, en général et surtout en Côte d'Ivoire, les gens ne s'intéressent plus à la musique traditionnelle ou même de fusion. Ils sont plus tournés vers le couper-décaler, le Rap... Tout ce qui est profondément africain est un peu délaissé. Mon message est d'inviter la jeune génération à s'intéresser à notre culture car c'est notre richesse. Concernant la culture ivoirienne, je veux vraiment valoriser la musique traditionnelle et faire en sorte que les gens s'y intéressent à nouveau, même à travers un mixage ou une fusion.

"Les gens ne s'intéressent plus à la musique traditionnelle"
Votre présence au studio d'enregistrement de David Tayorault est-elle liée à un projet immédiat ? Quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?
Le but de ma présence chez David Tayorault était d'intervenir sur une chanson avec la Kora. Mes ambitions et projets à venir sont de sortir des titres, de faire des concerts ici et là, et de poursuivre mon petit chemin.
Avez-vous déjà sorti des albums ?
Je n'ai pas encore d'album sorti, mais j'ai deux singles sur le marché actuellement. "L'hymne Sénoufo" qui vient de sortir et qui est un hommage au peuple Sénoufo. Et "An bé kélé" qui signifie : nous sommes tous pareils. Nous sommes tous égaux. Là, je suis encore en studio pour d'autres projets.
Un appel à lancer ?
Je vous dis un grand merci pour cet honneur, et merci également au père David Tayorault pour sa main tendue aux plus jeunes. J'invite tout le monde à aller écouter mes chansons. J'essaie de faire mon petit chemin, alors j'ai besoin du soutien de tous car sans les auditeurs, nous ne sommes rien.