Économie

Nickel, lithium, cobalt : Ces minerais qui attirent de gros investisseurs

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Pendant que la gendarmerie ivoirienne démantèle sites d'orpaillage clandestin et réseaux de complicités locales dans l'Ouest et le Centre du pays, un autre secteur minier se construit à quelques encablures de là : celui des industriels, des banques de développement et des salons internationaux.

Entre l'or informel qui échappe largement au fisc et les projets structurés qui attirent désormais des centaines de millions de dollars, la Côte d'Ivoire joue sur les deux tableaux d'un même sous-sol. Longtemps cantonnée à l'or, au manganèse et au diamant, l'industrie extractive ivoirienne mise désormais sur les métaux de la transition énergétique pour élargir sa base de revenus. Le nickel en est l'exemple le plus abouti. Le 29 juin, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé sa participation à un financement syndiqué de 180 millions de dollars au profit de Polynickel West Africa Holding, filiale néerlandaise du groupe CoreX Holding. La BERD y apporte 30 millions de dollars aux côtés d'un pool bancaire international (FirstRand, Absa, Mauritius Commercial Bank, Abu Dhabi Commercial Bank) - une opération inédite puisqu'il s'agit du tout premier investissement minier de la banque en Côte d'Ivoire comme en Afrique subsaharienne.

L'argent doit transformer en dette long terme le prêt-relais ayant financé la prise de participation majoritaire de Polynickel dans la Compagnie minière du Bafing (CMB), qui exploite les gisements latéritiques de Foungbesso et Moyango, dans le NordOuest. Cette opération financière intervient quelques semaines après une décision plus discrète mais tout aussi significative : le 3 juin, le gouvernement a approuvé l'acquisition de 1 500 actions supplémentaires de la CMB pour 3,5 milliards FCFA, portant la participation directe de l'État de 10 % à 25 %. Avec les 5 % déjà détenus par la Société pour le développement minier de Côte d'Ivoire (Sodemi), la puissance publique contrôle désormais 30 % du capital, contre 70 % pour CoreX Holding. Un signal clair : Abidjan entend garder la main sur un minerai que sa demande mondiale — portée par les batteries des véhicules électriques et la décarbonation industrielle — rend de plus en plus stratégique.

L'appétit chinois pour l'or industriel

L'or reste néanmoins le pilier du secteur, et continue d'attirer les capitaux étrangers. Le groupe minier chinois Huaxin Gold a fait connaître son intention d'investir près de 780 millions de dollars en Côte d'Ivoire au cours de l'année, dont environ 450 millions pour la construction et le démarrage de projets miniers majeurs, 180 millions pour l'exploration et l'acquisition de nouveaux permis, 100 millions pour les infrastructures et les opérations, et 50 millions pour renforcer la sécurité des sites.

Présent en République démocratique du Congo, en Guinée, au Ghana, en Mauritanie, en Égypte, au Mali et en Indonésie, le groupe considère la Côte d'Ivoire comme l'un de ses prochains axes d'expansion sur le continent, selon le Dr Randolphe Kichiedou, son conseiller principal aux affaires internationales. Ces engagements viennent conforter un secteur aurifère qui vise désormais 100 tonnes produites par an à l'horizon 2030, contre environ 60 tonnes en 2025.

Une vitrine institutionnelle assumée

Le gouvernement ne se contente pas d'attendre les investisseurs : il les courtise activement. En mars, à l'occasion du Mining Indaba, la Côte d'Ivoire a présenté un bilan de dix ans de croissance minièreplus de 2 000 milliards FCFA d'investissements cumulés et 19 mines industrielles en production (treize d'or, quatre de manganèse, une de bauxite, une de nickel) - devant plus d'une centaine de participants, dont plusieurs investisseurs internationaux.

Quelques semaines plus tard, le 23 mars, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a présidé au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire le lancement de la deuxième édition du Salon international des ressources extractives et de l'énergie (SIREXE), prévue du 18 au 22 novembre à Abidjan sur le thème des infrastructures nécessaires au développement du continent. Il y a plaidé pour une mutualisation des efforts africains en matière de sécurisation des ressources, rendant hommage à l'initiateur du Salon, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, qui a pour sa part, insisté sur « le caractère critique des infrastructures » pour accompagner la transformation des ressources du continent.

Les nouvelles frontières : lithium, cobalt, coltan

Au-delà de l'or et du nickel, plusieurs permis de recherche ont été délivrés ces deux dernières années pour du lithium, notamment dans le Sud et le Nord-Ouest du pays, ainsi que pour le cobalt et les terres rares. Un gisement de coltan jugé économiquement viable a par ailleurs été confirmé à Issia, avec un projet de transformation locale en concentré de tantale destiné à l'export.

Le gouvernement travaille également à la structuration d'un corridor minier occidental, le long de la frontière avec le Liberia, où se concentrent des réserves de nickel, de fer, de cuivre et de manganèse — un projet dont la mise en œuvre reste toutefois suspendue à des investissements en infrastructures de transport et d'énergie encore à mobiliser.

Une vitrine à nuancer

Cette montée en gamme du secteur formel ne doit pas faire oublier ce qu'elle laisse dans l'ombre : l'or industriel progresse pendant que l'orpaillage clandestin continue d'échapper largement aux circuits fiscaux du pays, un phénomène qui alimente les opérations de gendarmerie déjà documentées dans un précédent dossier. La montée en puissance de l'État dans le capital de la CMB illustre par ailleurs une ambition plus large, mais encore balbutiante : transformer une partie de ces minerais sur place plutôt que de les exporter bruts, dans un contexte où les goulets d'étranglement logistiques et énergétiques restent la principale réserve exprimée par les investisseurs eux-mêmes.