
rois jours après la nouvelle flambée des prix du carburant, le ministre des Transports et des Affaires maritimes les a reçus en urgence dans son bureau. Une initiative surprise qui a éteint l’incendie, du moins pour l’instant. Une nouvelle réunion est d’ores et déjà prévue jeudi.
Pendant une heure et demie, le ministre a écouté les poids lourds du secteur, tous réunis au 21e étage de l’immeuble Postel 2001, à Abidjan-Plateau. Autour de la table, on retrouvait Abdoulaye Sylla de la Fédération nationale des syndicats des chauffeurs de Côte d’Ivoire, Ben N’Faly Soumahoro, porte-parole de la faîtière des consommateurs (G7), Adama Touré, président de la coordination des gares routières, et Ibrahim Diaby, patron du Haut Conseil du patronat des entreprises du transport routier ivoirien.
La rencontre a évité le scénario catastrophe. Car les esprits s’étaient échauffés. L’annonce du 31 juillet était tombée comme un couperet, sans préavis ni véritable concertation. Le secteur avait déjà déposé une liste de doléances, après la précédente hausse, mais elle n’avait été que partiellement entendue. Résultat : des chauffeurs excédés parlaient ouvertement de grève générale, d’autres menaçaient de répercuter directement la hausse sur les passagers et les marchandises. Résultat : le ministère a dû jouer les pompiers. Les syndicats ont apprécié le geste, tout en rappelant une exigence simple : être consultés avant, pas après. Ils veulent être associés en amont aux décisions qui touchent leur quotidien.

Côté revendications, la liste est longue et précise. Les transporteurs réclament notamment la suppression ou l’allègement des péages sur les axes de fret. Ils dénoncent la multiplication des barrages routiers, « anarchiques » selon eux, surtout entre Abidjan et l’intérieur du pays. Ils veulent aussi une vraie lutte contre les fausses plaques d’immatriculation et ce qu’ils considèrent comme des contrôles abusifs. Sans oublier le dossier de la convention collective interprofessionnelle, qui traîne depuis 2009, et la mise en place d’un véritable fonds de développement du transport, mieux garni, pour un soutien structurel au secteur.
Le ministre, lui, a joué la carte de l’explication et de la pédagogie. Il a tenu à remettre les choses en perspective. Le gouvernement, a-t-il rappelé, aurait pu appliquer purement la formule de fixation des prix. Dans ce cas, le super serait monté aux alentours de 1 200 F CFA le litre et le gasoil autour de 900 F CFA. C’est un choix politique de maintenir des prix plus bas, en subventionnant, pour protéger le pouvoir d’achat des Ivoiriens. Le président Ouattara avait d’ailleurs fait le choix de geler les prix pendant tout le mois de juillet, malgré la pression des cours internationaux.
Sur la hausse actuelle, le ministre s’est voulu rassurant : « Ça a augmenté pour un mois. On observe, on travaille pendant qu’on observe. » Autrement dit, ce n’est pas une fatalité. Il a tout de même lancé un appel à la responsabilité : ne pas répercuter automatiquement la hausse sur les usagers, dans un esprit de solidarité nationale.
En guise de geste concret, une réunion technique est programmée jeudi pour affiner les propositions avant leur passage en Conseil des ministres. Des discussions avec les grandes entreprises de transport structuré sont également dans les tuyaux.
À la sortie, les représentants des transporteurs et des consommateurs ont salué la disponibilité du ministre. Ils ont rappelé que ce dialogue, instauré depuis plusieurs années, avait déjà porté ses fruits : suspension de certaines taxes, réduction des barrages, autorisations de transport délivrées plus facilement, renouvellement progressif du parc automobile. Du concret, pas juste des promesses.
Au terme de la rencontre, le ministre Amadou Koné a réaffirmé la volonté du gouvernement de poursuivre la professionnalisation du secteur, qu’il présente comme la seule issue durable pour concilier compétitivité, sécurité routière et préservation du pouvoir d’achat. Rendez-vous jeudi pour la suite.
