
C’est à cette question que cette rencontre dénommée « Les Femmes pour le PND 2026-2030 » a commencé à apporter des éléments de réponse. Portée par Me Ayssata Coulibaly-Diabi, commissaire générale de l’initiative, cette rencontre a réuni à New York des femmes issues de différents secteurs d’activités ainsi que des représentants des institutions ivoiriennes, du corps diplomatique et du secteur privé et financier. Mais au-delà de la qualité des participants, c’est surtout la nature des échanges et la perspective des projets évoqués qui ont donné à cette soirée une portée particulière.

Ce rendez-vous entendait poser les bases d'une relation différente. Une relation dans laquelle la diaspora ne serait plus uniquement sollicitée pour son attachement au pays, ses transferts financiers ou ses compétences, mais reconnue comme un acteur économique capable de contribuer directement à la réalisation des priorités nationales.
De Tchologo à New York, le fil d’une même vision
Pour comprendre la genèse de cette mobilisation, il faut remonter au Tchologo. L’appel du président de la République, Alassane Ouattara, invitant les Ivoiriens de la diaspora à envisager davantage le retour au pays et à mettre leur expérience au service du développement national, trouve un prolongement dans la réflexion engagée autour de la mobilisation des cadres et des forces vives de la région. Le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a lui aussi régulièrement insisté sur l’importance de cette mobilisation.
Pour Me Ayssata Coulibaly-Diabi, cette dynamique va prendre une dimension particulière. Son parcours personnel lui permet de mesurer la distance, mais aussi les passerelles possibles, entre la Côte d’Ivoire et sa diaspora. Née et ayant grandi à Bouaké, elle raconte une enfance marquée par la disparition prématurée de son père, ingénieur agronome, et par le courage d’une mère secrétaire qui a consacré son énergie à la réussite de ses enfants.
Puis vient l’expérience américaine...
L’adaptation. Le dépaysement. Les difficultés d’un nouvel environnement. Et la solidarité de femmes qui, parfois sans même la connaître, lui ont tendu la main. Cette expérience nourrit aujourd’hui son engagement auprès des femmes de la diaspora. Elle ne parle pas seulement de leurs réalités. Elle les connaît. Elle les a vécues. Et lorsqu’elle évoque le retour au pays effectué avec sa famille il y a quinze ans, malgré les conseils de ceux qui leur demandaient de rester aux États-Unis, son propos prend une dimension particulière.
Son choix reposait sur une conviction : croire à la promesse d’une Côte d’Ivoire plus stable, plus ouverte aux affaires et davantage capable d’offrir des perspectives à ceux qui acceptent d’y investir leur énergie.
Avec le recul, elle résume son expérience en une formule devenue l’un des temps forts de son discours : « Si le rêve américain est une réalité, le rêve ivoirien est également une réalité ». Ce témoignage personnel constitue l’un des ressorts essentiels de la démarche. Il ne s’agit pas de demander à la diaspora de croire aveuglément au retour. Il s’agit de lui montrer que le retour peut être un choix économique rationnel lorsqu’il existe un environnement, des opportunités et des mécanismes adaptés.
Le PND comme nouveau langage économique
C’est précisément à ce niveau que le PND 2026-2030 entre en scène. Pour les organisateurs, le programme ne doit pas être perçu comme un document réservé aux administrations, aux grandes entreprises ou aux experts de la politique publique. Il peut également devenir un outil de lecture pour les investisseurs de la diaspora. Autrement dit, identifier les priorités nationales, comprendre les secteurs porteurs, repérer les besoins de financement et d’expertise, puis connecter ces besoins aux capacités disponibles au sein de la diaspora. Cette logique est particulièrement pertinente pour les femmes. Car la diaspora féminine ivoirienne dispose d’un capital qui ne se résume pas à l’argent.

Il existe un capital humain, constitué de compétences acquises dans des environnements internationaux exigeants. Un capital professionnel, construit dans des entreprises et des institutions de premier plan. Un capital relationnel, grâce aux réseaux développés dans les pays d’accueil. Et un capital financier, dont une partie pourrait être orientée vers des projets productifs en Côte d’Ivoire.
La véritable question devient donc celle de l’organisation de ces ressources. Comment passer de milliers d’initiatives individuelles à une capacité collective d’investissement ? Comment réduire les obstacles liés à la distance ? Comment rassurer celles qui souhaitent investir sans pouvoir être quotidiennement présentes sur le terrain ? Comment créer des instruments financiers adaptés à leurs profils ? La rencontre de New York a précisément commencé à poser ces questions.
Deux secteurs déjà identifiés : immobilier et santé
Le meilleur indicateur de la maturité d’une mobilisation reste cependant sa capacité à produire des projets. Sur ce terrain, la rencontre du 23 août a franchi une étape. Deux initiatives sont déjà sur la table, notamment l’une dans l’immobilier, l’autre dans le secteur de la santé. Le projet immobilier est particulièrement emblématique.
La Cité Alassane Ouattara de la Diaspora, portée par le BIDD avec Target Services, prévoit la construction de 80 logements sur une superficie de 6 112 m². Quatre immeubles de quatre étages sur rez-de-chaussée doivent accueillir des appartements destinés notamment aux jeunes actifs et aux familles, avec une piscine commune, un parking sécurisé et des espaces de jeux. Mais le projet ne s’arrête pas à la question résidentielle. Il intègre une dimension environnementale avec la ventilation naturelle, les panneaux solaires, la récupération des eaux de pluie et l’utilisation de ressources locales telles que le bambou et les briques.
Cette conception traduit une évolution du modèle immobilier destiné à la diaspora. Il ne s’agit plus simplement d’acquérir un bien dans le pays d’origine. Il s’agit de proposer un cadre de vie, un investissement et, potentiellement, un point d’ancrage pour un futur retour. La formule avancée lors de la rencontre résume cette ambition à savoir « Investir, habiter, revenir à la maison ».

Le second projet concerne la santé.
Encore en phase de structuration, il traduit néanmoins une volonté claire qui est d’inscrire la mobilisation de la diaspora dans des secteurs qui répondent directement aux besoins de la population et qui peuvent également bénéficier de l’expertise internationale de professionnels ivoiriens établis à l’étranger. Immobilier et santé constituent ainsi deux premières illustrations d’une ambition appelée à s’élargir.
Vers un Fonds d’investissement pour les femmes de la diaspora
L’une des annonces les plus significatives de la soirée concerne la perspective de création d’un Fonds d’investissement dédié aux femmes de la diaspora. L’idée répond à une problématique connue : l’épargne existe, les compétences existent, l’envie d’investir existe, mais les mécanismes permettant de canaliser efficacement ces ressources vers des projets structurants doivent encore être renforcés.
Un fonds spécialisé pourrait ainsi permettre de créer un pont entre l’épargne de la diaspora et les besoins d’investissement du pays, tout en apportant davantage de structuration, de lisibilité et d’accompagnement aux porteuses de projets. Cette perspective prend également une dimension symbolique lorsqu’elle est mise en regard de l’action de la Première Dame, Dominique Ouattara, notamment à travers le FAFCI.
Dans son discours, Me Ayssata Coulibaly-Diabi a rendu hommage à cette action et présenté l’expérience du financement des femmes en Côte d’Ivoire comme une source d’inspiration pour cette nouvelle initiative. L’ambition est donc de franchir une nouvelle étape : passer de l’accompagnement individuel à la capacité collective d’investissement.
Quand la diplomatie ivoirienne accompagne la dynamique
La présence des autorités diplomatiques à New York a renforcé la portée de la rencontre. Les ambassadeurs Inza Camara et Tiémoko Moriko ont adressé leurs félicitations à Me Ayssata Coulibaly-Diabi pour son initiative et salué la mobilisation des femmes ivoiriennes autour des priorités nationales. À leurs côtés, plusieurs membres de la représentation diplomatique ivoirienne ont participé à la rencontre, témoignant de l’intérêt accordé à cette démarche. Cette présence est loin d’être anecdotique. Elle traduit la nécessité d’établir des passerelles plus efficaces entre les communautés ivoiriennes établies à l’étranger et les institutions nationales.
Pour une diaspora qui souhaite investir, l’accès à l’information, la proximité institutionnelle, la compréhension des procédures et la capacité à obtenir un accompagnement fiable constituent des facteurs déterminants. La diplomatie économique peut ainsi jouer un rôle de facilitateur.

Le secteur financier au rendez-vous
Aucune stratégie de mobilisation de la diaspora ne peut toutefois être durable sans instruments financiers adaptés. C’est pourquoi la participation d’acteurs du secteur privé et bancaire revêt une importance particulière. Le soutien d’AFG Bank Côte d’Ivoire, ainsi que l’implication d’acteurs comme Arsène Coulibaly, témoignent de l’intérêt porté à cette nouvelle dynamique. L’enjeu est désormais de concevoir des produits et des mécanismes correspondant aux réalités d’investisseurs qui vivent à plusieurs milliers de kilomètres du pays : financement à distance, sécurisation des opérations, accompagnement des projets, transparence, suivi et confiance.
La diaspora ne demande pas uniquement des opportunités. Elle demande aussi de pouvoir investir dans de bonnes conditions. C’est cette exigence qui devra accompagner la prochaine étape de la mobilisation.
Les femmes, de bénéficiaires à investisseurs
La force de la rencontre de New York tient également à son choix de placer les femmes au premier plan. La démarche ne repose pas sur une approche exclusivement sociale ou symbolique de la participation féminine. Elle défend une conception économique. Les femmes sont des entrepreneures. Des dirigeantes. Des cadres. Des professionnelles. Des investisseuses. Des détentrices de compétences et de réseaux. Les intégrer pleinement à la dynamique du PND revient donc à reconnaître qu’elles constituent une composante importante du capital économique ivoirien, y compris lorsqu’elles résident à l’étranger.
Dans son hommage au président Alassane Ouattara, Me Coulibaly-Diabi a notamment souligné les mesures destinées à renforcer la participation économique des femmes et a insisté sur l’objectif annoncé d’allouer une part des marchés du PND aux entreprises féminines. Son message est clair : la politique en faveur des femmes ne doit pas être considérée comme une politique périphérique ; elle peut devenir une politique de performance économique. Une diaspora qui veut désormais passer à l’échelle.
Ce qui s’est joué à New York le 23 août dépasse donc la réussite d’un événement. La véritable question est celle du passage à l’échelle. Il existe aujourd’hui une génération d’Ivoiriennes qui possède une double expérience : celle de leur pays d’origine et celle des économies dans lesquelles elles ont étudié, travaillé et entrepris. Cette double culture constitue un avantage compétitif.
Encore faut-il l’organiser. Le rendez-vous de New York aura permis de poser quelques-uns des premiers jalons : un cadre de dialogue, des partenaires institutionnels, des acteurs financiers, un projet immobilier, une initiative dans la santé et la perspective d’un fonds d’investissement. La suite devra consister à transformer ces jalons en réalisations. À mesurer les résultats. À attirer davantage d’investisseuses. À élargir les secteurs. Et surtout, à installer dans la durée ce dialogue entre la Côte d’Ivoire et sa diaspora féminine.

Le début d'une nouvelle histoire
Il y avait donc, ce 23 août à New York, beaucoup plus qu’un dîner. Il y avait une volonté de construire. Une volonté de revenir autrement vers le pays. Une volonté, surtout, de faire de la distance une force plutôt qu’une limite.
De Tchologo à New York, un même fil conducteur se dessine : celui d’une Côte d’Ivoire qui cherche à mobiliser toutes ses forces, y compris celles qui se trouvent au-delà de ses frontières. La diaspora féminine a répondu présente. Elle ne demande désormais qu’à passer à l’étape « Investir. Entreprendre. Transmettre. Construire ». Et peut-être, demain, revenir.
Le 23 août, à New York, les femmes ivoiriennes n’ont donc pas seulement parlé du développement de leur pays. Elles ont commencé à en devenir, plus directement encore, des actrices économiques. Le PND 2026-2030 leur offre un cadre. Les projets commencent à émerger. Les partenaires sont là. Le défi est désormais de transformer cette mobilisation historique en résultats mesurables sur le terrain.