Édito

Observatoire des décisions parlementaires du Ppa-ci ou l’art d’être à la fois absent et présent 

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Il y a des postures politiques qui, à force de contorsions, finissent par se retourner contre ceux qui les adoptent. Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire, PPA-CI, vient d'en administrer une nouvelle preuve.

Après avoir déli­bérément boycotté les élections législatives du 27 dé­cembre 2025, le parti de Laurent Gbagbo annonce aujourd’hui la création d’un « Observatoire des décisions parlementaires » destiné à suivre les travaux des députés, analyser les projets de loi, formuler des amendements et proposer des textes alternatifs. L’initiative aux allures de vi­gilance citoyenne pourrait paraître intellectuellement sédui­sante. Mais dans les faits, elle relève d’un aveu d'échec habillé en stratégie d’un parti politique qui veut désormais exercer depuis l’extérieur, les fonctions qu’il a volontaire­ment refusées d’assumer à l’intérieur de l’Assemblée natio­nale. 

Le Parlement n’est pourtant pas un simple espace de commentaires et de déclarations pompeuses. Il est le lieu constitutionnel où les représentants du peuple examinent les projets et propositions de loi, débattent, amendent les textes, contrôlent l’action gouvernementale et votent le budget de l’État. C’est dans l’hémicycle, dans les commis­sions parlementaires et au cours des séances publiques que les forces politiques peuvent véritablement défendre leurs convictions et inscrire leurs propositions dans la loi. Y siéger, c'est disposer du droit d'amendement, de la parole en commission, du pouvoir de vote. En être absent, c'est renon­cer à tout cela. 

Être hors du débat parlementaire et vouloir en être l’arbitre

On ne remplace donc pas un groupe parlementaire par un observatoire. On ne transforme pas une absence volontaire en influence institutionnelle par la seule magie d’un commu­niqué. Les neuf membres désignés par Laurent Gbagbo pourront certainement faire des analyses, produire des notes et organiser des conférences de presse. Mais ils ne dis­poseront ni du droit de vote, ni du droit d’interpellation parlementaire, ni de la capacité de déposer effectivement des amendements au nom d’un groupe constitué. C’est toute l’inconséquence de la stratégie du PPA-CI parce qu’un parti politique ne peut pas être à la fois absent et pré­sent à l’Assemblée nationale, hors du débat parlementaire et en être l’arbitre. 

Le 6 novembre 2025, le parti de l’ancien président avait dé­cidé en toute responsabilité de ne pas participer aux légis­latives, affirmant que les conditions d’un scrutin crédible n’étaient pas réunies. Malgré ce mot d’ordre illogique, lorsque 22 de ses cadres avaient choisi de se présenter en candidats indépendants, le parti les avait révoqués ipso facto de leurs responsabilités et fonctions politiques, y compris Stéphane Kipré, considéré comme le préféré du couple Gbagbo et qui est présenté comme le dauphin pu­tatif du président du PPA-CI. La politique responsable ne consiste pas à boycotter les institutions avant de créer leurs imitations. Elle exige de participer, de convaincre les élec­teurs, d’accepter le verdict des urnes, de défendre ses idées et, le cas échéant, de construire patiemment une majorité. En boycottant les législatives en décembre 2025, le PPA-CI a abandonné à d’autres la mission de représenter ses élec­teurs. 

Après cette décision politiquement suicidaire, ce parti paie aujourd’hui au prix fort cette politique de la chaise vide. Il voulait délégitimer le scrutin, mais il s’est marginalisé lui-même. Il prétendait préserver sa dignité politique, mais il se retrouve désormais réduit à observer les décisions prises sans lui et contraint de créer une copie pâle d’un instrument de contre-pouvoir sans aucun pouvoir. 

Instrument de contre-pouvoir sans aucun pouvoir

Cette situation devrait interpeller les cadres et les jeunes mi­litants qui souhaitent embrasser une véritable carrière poli­tique dans leur vie. 16 années après les élections de 2010, Gbagbo et ses thuriféraires continuer à jouer le disque très rayé de « qui a gagné les élections ? ». Pendant ce temps, les Ivoiriens sont passés à autre chose et le pays avance ré­solument sur le chemin du développement, de la consoli­dation des institutions et de l’enracinement du jeu démocratique. Pendant ce même temps, le PPA-CI conti­nue de boycotter tout ce qui est élection tant que Ouattara et le RHDP sont au pouvoir. Alors, jusqu’où les jeunes cadres et militants du PPA-CI accepteront-ils de sacrifier leurs am­bitions, leur positionnement dans leurs localités respectives et leur avenir politique au nom de décisions conçues autour de la seule personne de Laurent Gbagbo ? Combien de gé­nérations devront encore attendre que l’ancien président règle son rapport personnel au pouvoir, aux institutions et à l’histoire ? 

A l’analyse, Laurent pense d’abord et avant tout à Gbagbo et son parti semble moins organisé pour préparer une relève que pour prolonger son propre combat. Dans cette aven­ture ambiguë, ceux qui tentent d’exister politiquement en dehors de la ligne imposée sont sanctionnés sans état d’âme. Ahoua Don Melo, compagnon de lutte d’un demi-siècle de Laurent Gbagbo peut en apporter un bel témoi­gnage. En définitive, l’observatoire des décisions parlementaires peut théoriquement surveiller le Parlement. Il ne peut cependant ni voter une loi, ni renverser un rapport de force, ni rendre aux militants les sièges volontairement abandonnés. À force de confondre radicalité et stratégie, le PPA-CI découvre cette vérité élémentaire : en démocra­tie, la politique de la chaise vide n’a jamais payé et ceux qui refusent de siéger ne peuvent pas après reprocher aux autres de décider sans eux. Alea jacta est.