Édito

Routes Ivoiriennes : L'hécatombe de trop !

routes-ivoiriennes-lhecatombe-de-trop
© Droits réservés
PARTAGEZ
Ce mois de juillet 2026 s'achève avec du sang sur les routes en Côte d’Ivoire. Le 13 juillet, sur l'axe BiankoumaTouba, un car de transport s'est renversé dans le fleuve Bafing. Le bilan est particulièrement lourd: 39 morts. Quelques jours après, soit le 25 courant, sur l'axe Tiébissou-Yamoussoukro, un nouvel accident impliquant un car de transport fait à nouveau deux morts. En l’espace d’un mois, ce sont 41 vies qui sont fauchées, 41 destins interrompus et des familles à jamais marquées.

Sur la question des accidents de la circulation, aucun État ne peut prétendre éradiquer totalement le phénomène. Ce serait une illusion, mais aucune nation ne devrait non plus accepter qu'ils deviennent une fatalité. Depuis une quinzaine d'années, le réseau routier ivoirien connaît une transformation profonde. Autoroutes, échangeurs, ponts, voies express, etc. Rarement le pays aura autant investi dans ses infrastructures de transport en si peu de temps.

Le renouvellement progressif du parc automobile et les restrictions sur l'importation des véhicules de plus de cinq ans traduisent également une volonté d'améliorer la sécurité routière. Mais au regard de la persistance des accidents, un constat se degage : ce ne sont plus les routes qui constituent le maillon faible de la chaîne, mais en grande partie le facteur humain.

La route ne tue pas, ce sont les comportements irresponsables, les négligences et les compromissions qui tuent sur nos routes...

Il est vrai que les premiers éléments de l’enquête de l’accident intervenu à Touba révèlent des défaillances techniques, notamment le pneumatique, l’état technique et une surcharge. Mais ce qui afflige très souvent dans la survenance de ces drames, c’est que dans la quasi-totalité des cas, ce sont des facteurs humains qui sont à la base de ces accidents. Si un véhicule régulièrement entretenu, qui respecte toutes les règles de charge et de contrôle technique se retrouve entre les mains d’un conducteur imprudent, il sera difficile d’éviter la survenance d’un accident. De plus, si un véhicule en règle et très bien entretenu avec un conducteur professionnel et consciencieux fait face à un autre conducteur imprudent du fait d’un mauvais dépassement et d’un mauvais stationnement, il sera également difficile d’éviter un accident.

Le troisième facteur humain est l’état d’esprit des gestionnaires des gares routières ou des propriétaires des compagnies de transport. La semaine dernière, dans la gare d'une compagnie pourtant présentée comme une référence nationale, nous avons voulu envoyer nos enfants en vacances à l'intérieur du pays. Réponse du gestionnaire de flotte : aucun car disponible. Seule option, les véhicules encore sur la route, qui repartiraient aussitôt leur destination atteinte. Un car ayant parcouru 400, 600 kilomètres ou davantage renvoyé sur une distance équivalente, sans repos, sans contrôle, sans qu'un moteur, des pneus ou un chauffeur épuisé ne soient seulement vérifiés : voilà, en une scène, la mécanique ordinaire de l'accident annoncé. Ce sont là autant de facteurs qui doivent amener le ministère des Transports à frapper et frapper très fort ! Il est vrai que la corruption et la légèreté qui gangrènent certaines stations de contrôle technique doivent être réprimées avec la plus grande fermeté, mais il faut que désormais la sanction soit un élément dissuasif.

Ceci n’est pas une option parce que c’est l’urgence et la réalité actuelle qui le recommandent. La peur de la sanction doit l'emporter sur la tentation de l'infraction

La sécurité routière ne gagnera pas cette bataille par les campagnes de sensibilisation seules. Elles demeurent indispensables, mais elles ne suffisent plus. Il faut désormais que la peur de la sanction l'emporte sur la tentation de l'infraction. Chaque véhicule reconnu dangereux doit être immédiatement immobilisé. Chaque fraude au contrôle technique doit entraîner des sanctions administratives et pénales exemplaires. Les transporteurs récidivistes doivent perdre leurs autorisations d'exercer. Les agents coupables de corruption doivent être traduits devant les juridictions compétentes. La loi, c’est la loi, dit-on. Il faut l’appliquer comme telle.

À quelques jours de la célébration du 66e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, au moins 41 de nos compatriotes manqueront à l'appel. Ils ne verront ni les défilés, ni les festivités, ni les couleurs nationales flotter dans le ciel ivoirien. Ils nous laissent surtout une interrogation douloureuse : combien faudra-t-il encore de cercueils pour que chaque infraction routière soit enfin traitée comme ce qu'elle est réellement : une menace contre la vie humaine ? Une nation moderne ne se mesure pas seulement à la qualité de ses routes. Elle se mesure aussi à sa capacité à faire respecter la loi sur ses routes. Tant que l'incivisme continuera de bénéficier de la complaisance ou de l'impunité, la route continuera de boire le sang des innocents. Le véritable hommage que la République puisse rendre aux victimes n'est pas une minute de silence. C'est une minute de courage politique, suivie d'une répression implacable et sans état d’âme.