
Ce lundi matin-là, sous une pluie fine qui a débuté un peu plus tôt (tout dépend des zones), la journée augurait une atmosphère agréable ; après la pluie, vient le beau temps, dit-on. Mais, sur la toile, se jouait une autre réalité douloureuse et difficile à accepter. L’information relative au décès brutal d’Abomé l’Éléphant, au Centre hospitalier de Treichville (CHU), inondait les profils des internautes et les plateformes de discussions. « Décès d'Abomé l’Éléphant des suites d'un malaise cardiaque », a informé le site internet lavenir.ci. Les heures qui ont suivi, la Côte d’Ivoire s’est mise à pleurer un digne fils, lui rendant hommage pour son impact sur le développement du pays à travers sa musique et ses œuvres sociales.
La Première dame rend hommage à une « voix puissante et une âme généreuse »
Un artiste ne meurt pas, enseigne l’adage. C’est bien ce que la Première dame, Dominique Ouattara, témoigne dans son message à l’endroit d’Anassin Boris Médard, connu sous le nom artistique Abomé l’Eléphant. Artiste talentueux, âgé de trente-trois (33) ans, il a travaillé pour marquer positivement son époque et a pu laisser des traces indélébiles, traduisant toute la tristesse exprimée par l’épouse du chef de l’État. « C'est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de l'artiste musicien Abomé l'Éléphant. Voix puissante et âme généreuse, Abomé l'Éléphant avait su trouver sa place au cœur des grandes célébrations de la Fondation, mettant à chaque occasion, sa bonne humeur, son talent et son énergie communicative au service des enfants et des causes qui nous sont chères. Son départ laisse un vide immense dans le paysage musical ivoirien et dans nos cœurs », s’est-elle exprimée, adressant sa « profonde compassion » et ses « sincères condoléances » à « sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté artistique ».
Françoise Remarck salue l’engagement de l’artiste dans le rayonnement de la culture ivoirienne
La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, dont le département ministériel prend en compte le domaine d’activité d’Abomé l’Éléphant, a également manifesté ses sentiments de tristesse à l’annonce de la mort subite de l’artiste. « J’apprends avec tristesse le rappel à Dieu, tôt ce lundi 18 mai 2026, à Abidjan, de l’artiste chanteur Anassin Boris Médard, alias Abomé l'Éléphant. Mes premiers sentiments sont ceux de la compassion, de la peine et je garde en mémoire sa disponibilité de tous temps, en particulier pour les enfants », a-t-elle publié sur son profil Facebook.
Poursuivant, elle a salué l’implication du défunt dans le développement de la culture ivoirienne, en général et de la musique, en particulier. « Son engagement pour porter encore plus haut la culture ivoirienne, et en particulier, la musique, m’avait particulièrement touchée », a relevé la ministre. Non sans traduire ses condoléances à la famille éplorée. « J’adresse mes sincères condoléances à sa famille, son épouse et enfants dont je n’ose pas imaginer le désarroi, à la grande famille de la culture, à tous ses proches », fait-elle savoir.
Plus introduit artistiquement dans le milieu des tout-petits, Abomé l’Éléphant laisse un grand vide dans leur quotidien. C’est pourquoi, Françoise Remarck leur adresse le traditionnel « Yako » (interjection qui exprime la compassion en Afrique de l’Ouest). « Yako à tous les enfants qui l’adoraient ! », s’est-elle exclamée.
Les médias aussi ont pleuré…
Comme une trainée de poudre, le départ tragique de l’ex-poulain de Dj Arafat a suscité une vive émotion chez les médias qui ont distillé les chansons de ce dernier. Ce qu’on peut lire dans la publication du confrère la Nouvelle chaine ivoirienne (NCI). « C’est avec une profonde douleur que nous apprenons la disparition d’Abomé l'Éléphant, figure emblématique de la scène musicale et culturelle ivoirienne. En ce moment difficile, nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à toute la communauté culturelle, durement touchée par cette perte irréparable », a-t-elle exprimé sa compassion. Et la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) de s’y coller, relevant le courage manifeste chez l’artiste qui pose ses valises dans l’au-delà, un peu tôt. « Tu étais un homme courageux, un battant qui, malgré les difficultés, gardait la force de se relever et d’avancer », peut-on lire.
Plusieurs fois invité sur le plateau de l’émission de La 3, nommée « PPLK », le média national a tenu à lui rendre hommage à travers un souvenir. « Cette phrase que tu avais prononcée sur le plateau de PPLK restera gravée : "Dieu ne te donne pas un bagage que tu ne peux pas soulever". Aujourd’hui, c’est avec une immense tristesse que nous te disons au revoir. Que Dieu console ta famille, tes proches et tous ceux qui t’aimaient. Repose en paix, Abomé », a regretté le confrère. Dans l’après-midi du même lundi, les deux (2) médias ont consacré des émissions spéciales pour témoigner davantage leur hommage au rappeur dont la disparition plonge la côte d’Ivoire dans un désarroi total.
…Certains artistes n’ont plus de voix
« Les grandes douleurs son muettes », le philosophe Sénèque n’a pas tort.
À l’annonce du décès de celui qui a décidé de mener la lutte contre la consommation des stupéfiants en milieu scolaire, des artistes, étreints par la douleur, n’ont pas pu exprimer leur peine. Du moins, ceux-ci ont publié quelques mots, signe de l’immensité des sentiments de tristesse qui les anime. « Pourquoi ? », se sont interrogés Yodé et Siro avec une photo en tout noir du défunt. A’Salfo, lead vocal du groupe Magic System et commissaire général du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA), a été également très choqué par la nouvelle. Il s’est contenté de prier pour son âme. « Que ton âme repose en paix, cher petit frère », a-t-il écrit.
Communautés religieuses, promoteurs culturels et structures étatiques gardent un bon souvenir du rappeur
Comme tout artiste qui intervient dans plusieurs milieux sociaux, manifestant la dimension plurielle de son activité, l’auteur du titre « wêrê wêrê » a écrit de belles pages de son histoire avec certains d’entre eux.
« La communauté de la Paroisse Notre Dame de Cana d’Agnissankoi a appris avec une grande tristesse le rappel à Dieu de l'artiste Abomé l'Éléphant. Nous gardons précieusement en mémoire sa générosité et sa joie de vivre, particulièrement marquées lors de sa présence chaleureuse à notre Arbre de Noël 2024. Ce jour-là, il a manifesté un amour immense et sincère envers les enfants, leur offrant des instants de pur bonheur et des souvenirs gravés dans les cœurs », a témoigné la paroisse, priant que « que le Seigneur l'accueille dans sa lumière et sa paix éternelle ».
Ce n’est pas les acteurs culturels qui diront le contraire, eux qui ont collaboré avec l’artiste, de la plus belle des manières.
« Artiste apprécié du public, il aura marqué de nombreux Ivoiriens par son énergie, sa simplicité et sa présence sur la scène culturelle. Nous gardons également le souvenir de sa participation à l’activité de l’espace enfant du Festival Nihidaley 2025, aux côtés des tout-petits, dans un moment de joie et de partage que les enfants n’oublieront pas. Nous garderons également le souvenir d’un homme discret, simple et sociable. Toujours disponible, il exprimait avec enthousiasme sa volonté de participer aux différentes activités et avait même partagé son désir de revenir lors de la prochaine édition du Festival Nihidaley », a révélé Solange Fatima Mabri, l’épouse d’Abdallah Albert Toikeusse, ministre, conseiller à la présidence de la République.
Porté sur la réalisation des œuvres sociales, Abomé l'Éléphant a marqué son existence dans ce domaine. Ce qui lui vaut ce témoigne du Centre national de transfusion sanguine - CNTS Côte d'Ivoire. « Le CNTS-CI apprend avec une immense tristesse le décès de l'artiste ivoirien Abomé l'Éléphant. Il y a peu, il était encore parmi nous, allongé sur ce fauteuil bleu, souriant, donnant son sang sans hésiter. Il était ambassadeur du don de sang et cette image restera gravée dans notre mémoire », a informé la structure.
On pourrait affirmer que l’artiste a vécu utile ; il a vécu pour faire vivre son talent ; il a vécu pour marquer la culture ivoirienne. « La GESTOCI rend hommage à Abomé l'Éléphant, artiste talentueux avec qui nous avons eu l'honneur de collaborer. À travers sa voix et son engagement artistique, il a marqué le monde de la culture et laissé une empreinte dans le cœur de nombreux Ivoiriens », peut-on lire sur la page Facebook de la société d’État.
Raymond YAO