
Amnésie. A écouter Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre de l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, lors de la conférence de presse qu’il a animée récemment, on pourrait croire qu’il est atteint d’amnésie et qu’il a un gros trou de mémoire. Il a donc tout oublié. Et semble s’être oublié par la même occasion. On peut le déplorer. Mutatis mutandis, c’est comme si, par enchantement, il ne se souvenait plus des dérives, des outrances et outrages qui ont marqué la gouvernance Gbagbo, cette noire période que d’aucuns ont baptisée, à raison, faut-il le noter, ‘’la décennie perdue’’.
Une époque à laquelle la presse a payé un très lourd tribut
Une époque à laquelle la presse nationale, mais aussi internationale a payé un très lourd tribut. D’ailleurs, il serait fastidieux de dresser un inventaire des actes de vandalisme perpétrés contre la presse proche de l’ancienne opposition. Quant à celle dite internationale, elle n’a guère été épargnée.
Faut-il rappeler que les signaux des chaines cryptées telles France 24, TV5 Monde ont été souvent coupés ? Il leur était reproché d’avoir un ‘’traitement biaisé et non professionnel de l’information’’. Sousentendu, ils ne ménageaient pas l’ex-pouvoir de la Refondation. Pour en revenir à la presse nationale dont Affi N’Guessan dénonce aujourd’hui, la soi-disant ‘’sinistrose’’, il faut rappeler qu’elle était à l’agonie sous le pouvoir FPI. Puisque les journaux proches de l’opposition étaient soumis à un traitement particulier, il leur était implicitement interdit de mettre le doigt là où ça fait mal, c’est-à-dire dénoncer les dérives de l’ancien régime Gbagbo qui multipliait les frasques et les impairs.
Sous le FPI, la presse était quasiment empêchée de faire son travail
A la vérité, sous le FPI, la presse était quasiment empêchée de faire normalement son travail. Non seulement, la presse locale était ‘’corsetée’’, mais les médias internationaux n’étaient pas mieux logés. Sur ce chapitre, comment ne pas évoquer l’assassinat du correspondant de RFI, Jean Hélène, tué à bout portant, le 21 octobre 2003, de deux balles dans la tempe gauche avec un fusil d’assaut (AK-47) par le sergent de police Théodore Sery Dago, connu comme un partisan zélé de l’ancien pouvoir ? Et Guy André Kiffer, journaliste franco-candien, spécialiste de la filière café-cacao, qui a disparu dans un parking à Marcory ?
Il enquêtait sur ladite filière et ses enquêtes troublaient le sommeil du pouvoir Gbagbo. Depuis 2004, l’on ne sait toujours pas où est son corps. Il a été attiré par Michel Legré, beau-frère de l’ancienne Première dame. Il est facile, dès lors, de faire ses propres déductions pour comprendre ce qui est arrivé à ce pauvre journaliste. A ces méfaits commis sous le défunt régime FPI, il faut ajouter l’incendie des sièges des rédactions proches de l’ex-opposition, notamment l’ex-quotidien 24H, Le Patriote qui ont vu leurs locaux passés par le feu. Sans oublier les autodafés et le déchirage des journaux proches de l’ancienne opposition par les Jeunes patriotes, ces ex-miliciens aux méthodes mafieuses. Affi a très certainement oublié tout ça. Ne dit-on pas que le sorcier oublie, mais pas la victime ?
Il est évident qu’elle ne se porte pas plus mal que sous Gbagbo
En un mot, il est choquant d’entendre Affi N’Guessan qui était l’un des ‘’hommes forts’’ de l’ex-régime FPI, dire aujourd’hui que la presse ivoirienne se ‘’porte mal’’. Il est évident qu’elle ne se porte pas plus mal que sous Gbagbo. Puisqu’aucune chape de plomb ne pèse sur elle et qu’aucun journaliste n’est inquiété parce qu’il critique le pouvoir RHDP.
Quant à la ‘’souveraineté médiatique’’ dont il rabat les oreilles à ses interlocuteurs, il faut noter que ce ne sont que des mots. Rien de plus. Parce que cela ne veut rien dire dans la pratique, le lecteur, le téléspectateur ou l’auditeur suivra toujours le média de son choix. Aucune loi ne pouvant lui faire obligation de suivre une émission ou d’acheter un quelconque journal. Il sera toujours libre dans ses choix médiatiques. Alors, de quoi parle Affi ?