
Reprenons au commencement. Samedi 5 avril 2025, Yamoussoukro. Le 18ᵉ bureau politique du PDCI-RDA s'ouvre sans celui qui devait le présider. La corvée revient au président honoraire Cowppli-Bony, qui annonce aux cadres réunis que Tidjane Thiam ne sera pas là, pour « des raisons majeures qui le retiennent en Europe ». Retenu. Le mot est prudent, mais il dit une chose précise : le président subit une contrainte, il n'a rien choisi.
Cinq jours plus tard, jeudi 10 avril, Maison du parti à Cocody. Le porte-parole Brédoumy Soumaïla Kouassi fait face à la presse. Même absence, même homme, autre version. L'absence est « légale », assure-t-il, ce n'est pas la première fois, et surtout, « c'est le parti qui a mis le président Thiam en mission ». Nous ne sommes plus dans la contrainte, nous sommes dans l'ordre de mission. Le chef n'est plus retenu là-bas, il y est envoyé. Par le parti. Pour le parti. Circulez.
Cinq jours auront donc suffi pour passer du subi au voulu, du malheur à la stratégie. Le record tient toujours.
Le décor de cet avril 2025 n'est pourtant pas anodin. Thiam a quitté le pays en mars, sans tambour. Douze jours après cette conférence de presse, le 22 avril, le tribunal de première instance d'Abidjan ordonne sa radiation de la liste électorale. Le 12 mai, il démissionne de la présidence du parti pour se faire réélire dans la foulée, opération de nettoyage juridique dont personne n'a été dupe. Et pendant que le porte-parole parlait de « mission », les militants, eux, comptaient les jours.
La gymnastique continue.
Février 2026. Onze mois se sont écoulés sans que la « mission » ne rende son rapport. Nouvelle conférence de presse, nouvelle formule. Ce n'est ni un exil ni un retrait politique, assure Brédoumy Soumaïla, mais un « choix stratégique ». Le retour se fera quand les conditions estimées favorables seront réunies. Nous voilà passés du cadre du parti qui envoie son président en mission au cadre du président qui choisit souverainement de rester dehors. La nuance est de taille. Dans le premier cas, le parti commande. Dans le second, il attend.
Puis vient le 9 avril 2026 et les 80 ans du parti, célébrés à Cocody sans le président du parti, qui s'adresse aux siens par visioconférence. Ce jour-là, le président du groupe parlementaire PDCI, Chrysostome Blessy, demande publiquement aux autorités de mettre en place les conditions sécurisées du retour de Tidjane Thiam. Traduction : le retour ne dépend plus du parti, ni même de Thiam, mais du pouvoir. Troisième version en douze mois. Le missionnaire d'avril 2025 est devenu le stratège de février 2026, puis le retenu d'avril 2026. Même homme, même absence, trois récits. Voici le PDCI de l'après Bédié ; un parti qui s'est perdu en chemin et qui s'enfonce joyeusement dans le sable mouvant des demi-vérités et des contorsions sémantiques scandaleuses. Hélas !
Yacouba DOUMBIA