
Sa disparition prive le plus vieux parti ivoirien de sa deuxième figure historique en un peu plus d'un mois, après celle de l'ancien ministre de l'Intérieur et vice-président du parti, Émile Constant Bombet, mort le 22 juillet à 85 ans. Elle intervient alors que la direction du PDCI-RDA reste suspendue à une décision de justice attendue le 22 octobre. Médecin urologue de formation, ministre de la Santé de 1981 à 1989 sous Félix Houphouët-Boigny, député pendant vingtneuf ans, président de Conseil régional puis viceprésident de son parti, Alphonse Djédjé Mady aura traversé à peu près toutes les séquences de l'histoire politique ivoirienne contemporaine.
Dans un communiqué diffusé dimanche, le PDCIRDA a salué la mémoire d'un responsable qui a exercé d'importantes fonctions au sein du parti comme au sein de l'État. Le vice-président de la formation, Djedri N'Goran, a évoqué la perte d'« un pan vivant de notre histoire ». À Marcory, le maire Aby Raoul a retenu « l'homme de savoir et de conviction ». Les condoléances ont dépassé les frontières du parti. Ministre de la Promotion de la jeunesse et actuel président du Conseil régional du Haut-Sassandra, Mamadou Touré a écrit : « Le Haut-Sassandra se souviendra de l'un de ses illustres fils. »
Du MEECI au ministère de la Santé
Né le 1er janvier 1945 à Gazehio, un village de la commune de Saïoua, Alphonse Djédjé Mady vient à la politique par les bancs. Selon le témoignage de Djedri N'Goran, il préside la sous-section de l'Union nationale des étudiants et élèves de Côte d'Ivoire à Daloa, occupe le secrétariat général du bureau national, puis compte parmi les fondateurs du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire, dont il assure la présidence de 1973 à 1975.
Urologue et enseignant, il est élu député de Nahio-Saïoua en 1980 et appelé au gouvernement l'année suivante. Il conservera la Santé pendant huit ans, à une période où l'État bâtit l'essentiel de sa carte sanitaire. Son siège de député, il l'occupera de 1980 à 1995, puis de 2011 à 2025.
Onze ans à la tête de l'appareil
C'est en 2002 qu'il prend les commandes de la machine du PDCI-RDA, comme secrétaire général, poste qu'il occupe jusqu'en 2013. Ces onze années couvrent la décennie de crise, la partition du pays et la construction de l'alliance des houphouëtistes qui portera Alassane Ouattara au pouvoir. En vue de la présidentielle de 2010, le parti lui confie la direction de la campagne d'Henri Konan Bédié. En 2013, il se porte candidat à la présidence du parti face à Bédié. Battu, il quitte le secrétariat général, dont les attributions sont transférées à un secrétariat exécutif confié à Maurice Kakou Guikahué. Il ne claque pas la porte et ne rejoint aucune autre formation. Il devient vice-président et rentre dans le rang.
Un fief et des revers
La même année, il devient le premier président du Conseil régional du Haut-Sassandra, installé le 17 juin 2013, puis il est réélu en 2018. Les deux derniers scrutins lui seront moins favorables : battu aux Régionales de septembre 2023 par Mamadou Touré, il perd son siège de député aux législatives du 27 décembre 2025, face au candidat du RHDP, Ibrahim Lokpo. Après la mort d'Henri Konan Bédié en août 2023 et l'arrivée de Tidjane Thiam à la présidence du parti, le professeur s'installe dans une fonction de doyen, à distance des batailles d'appareil.
En mai dernier, lors d'une conférence-hommage organisée en son honneur à Abidjan, il résumait sa position en une formule reprise depuis par ses camarades : « J'y suis et j'y reste. » Le parti qu'il laisse n'a pourtant pas tranché la question de sa propre direction. Le tribunal de première instance d'Abidjan, qui devait statuer le 30 juillet sur la régularité du congrès extraordinaire de mai 2025 ayant reconduit Tidjane Thiam, a joint les deux procédures introduites contre le parti et renvoyé son délibéré au 22 octobre. Plusieurs cadres réclament de leur côté la convocation d'un congrès extraordinaire, en raison de l'absence prolongée d'un président qui dirige la formation depuis l'étranger. La date et le lieu des obsèques n'étaient pas connus mardi.