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Affaire « Après avoir instrumentalisé les jeunes de 2000 à 2010 : Le PPA-CI vient encore mentir sur l'emploi des jeunes » : Le droit de réponse de Fabrice Lago 

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Votre journal a consacré un article à ma conférence de presse sur l’emploi des jeunes et l’entrepreneuriat, dans lequel ma personne, mes propos et ma démarche politique sont directement mis en cause.

Vous affirmez notamment que « le réquisitoire s’effondre sur ses propres sources », me présentez comme « un procureur qui plaide avec les pièces de la défense » et qualifiez certains de mes raisonnements « d’arithmétique du prestidigitateur » et de « logique du tract ».

Ces affirmations appellent un droit de réponse, conformément aux dispositions de la loi portant régime juridique de la presse.

Les chiffres officiels ne sont la propriété d’aucun gouvernement

Votre principal reproche est pour le moins surprenant. Vous me reprochez d’utiliser les chiffres de l’État pour interroger l’action de l’État.

Oui, j’ai utilisé les données de l’INS. Oui, j’ai cité la Direction générale de l’Emploi. Oui, j’ai repris des chiffres communiqués par le gouvernement et ceux de ses programmes en faveur de la jeunesse.

Et je continuerai de le faire. Parce que les statistiques publiques ne sont la propriété d’aucun gouvernement. Elles appartiennent au débat public.

Si ces chiffres sont faux, que ceux qui les ont publiés les corrigent. S’ils sont vrais, qu’ils acceptent les questions qu’ils soulèvent.

Je ne fabrique pas les chiffres du gouvernement. Je les lis. Et surtout, je les lis jusqu’au bout.

Une amélioration n’efface pas un problème

Vous présentez la baisse du taux d’emploi informel, d’environ 93 % à 82,3 %, comme un argument suffisant pour invalider notre analyse. Mais une baisse n’est pas une disparition. Surtout quand cela est mis en relation avec notre niveau d’endettement. 

À 82,3 %, plus de huit emplois sur dix demeurent informels. La question n’est donc pas de nier que ces personnes travaillent. Elle est de savoir dans quelles conditions elles travaillent et quelles perspectives économiques leur activité leur offre.

Protection sociale, couverture maladie, retraite, accès au crédit, sécurité juridique, capacité à investir et à développer son activité. Voilà le véritable débat.

De la même manière, les 2,1 millions de jeunes hors emploi, hors éducation et hors formation ne disparaissent pas parce que l’INS les a comptés.

Nous ne contestons pas le thermomètre. Nous demandons que l’on traite la fièvre. Que faisons-nous concrètement de ces 2,1 millions de jeunes ?

2 869 milliards. Combien pour quels résultats ?

Vous expliquez que les 2 869 milliards de FCFA du nouveau Programme jeunesse ne constituent pas une somme destinée à être distribuée directement aux jeunes.

Je ne l’ai jamais prétendu. Le calcul présenté lors de ma conférence visait simplement à mettre en perspective l’effort financier annoncé et les résultats que nous sommes en droit d’en attendre.

Vous reconnaissez vous-même que le calcul est exact. Le débat porte donc sur son interprétation. Très bien ! Alors parlons des résultats.

Combien d’emplois durables ces 2 869 milliards permettront-ils de créer ? Combien d’entreprises viables ? Combien de jeunes sortiront durablement de la précarité et de l’informalité ?

Vous présentez également les 3 578 262 jeunes « atteints » par le précédent programme comme une preuve de réussite.

Mais atteindre un jeune n’est pas nécessairement l’insérer durablement. Une formation n’est pas nécessairement un emploi. Un financement n’est pas nécessairement une entreprise pérenne. Un accompagnement n’est pas nécessairement une sortie de la précarité.

Ce qui doit être évalué, ce sont les résultats dans la durée. Il faut regarder les emplois créés et maintenus, les entreprises encore en activité, le taux d’insertion, les revenus générés et la sortie durable de l’informalité.

Autrement dit, vous comptez les moyens. Nous évaluons les résultats.

Parlons aussi du prix payé

Le coût est une autre dimension essentielle à l’évaluation des politiques publiques. 

Les documents budgétaires de l’État projetaient un stock de dette publique de 32 000,1 milliards de FCFA en 2024, 34 656,7 milliards en 2025 et 37 638,7 milliards en 2026, avec des intérêts sur la dette publique projetés à 1 542,6 milliards de FCFA en 2026.

Nous ne disons pas que l’endettement est mauvais par principe. Un État peut parfaitement s’endetter pour financer des infrastructures productives, développer son capital humain et accélérer sa transformation économique.

Mais plus l’effort financier est important, plus l’exigence de résultats doit être élevée. Lorsqu’un État emprunte pour investir, il est légitime de demander ce que ces investissements produisent en termes de richesse, d’emplois, de revenus et de recettes futures.

Car la dette d’aujourd’hui devient aussi la responsabilité des générations de demain. Et cette question concerne directement la jeunesse.

La vraie question n’est donc pas seulement combien avons-nous dépensé mais de savoir ce que nous avons produit avec cet argent.

Le débat que nous vous proposons

Votre article fait l’inventaire des programmes, des milliards mobilisés, des infrastructures construites et des millions de jeunes « touchés ». 

Nous demandons une évaluation différente.

Combien d’emplois durables ? Combien d’entreprises pérennes ? Combien de jeunes réellement insérés ? Combien sortis durablement de l’informalité ? Et surtout, quel coût pour chaque emploi créé ?

Notre désaccord est finalement très simple. Vous comptez les moyens. Nous évaluons les résultats. Ce n’est pas la même chose.

Et le journaliste militant ?

C’est ici que se pose une dernière question, celle du journaliste militant.

Un journaliste peut avoir des convictions. Il peut avoir des opinions. Il peut même avoir des engagements.

Mais lorsqu’il ne se contente plus de rapporter, de vérifier et de confronter les faits, lorsqu’il sélectionne les éléments à charge pour défendre une lecture politique, lorsqu’il transforme l’analyse en réquisitoire et le commentaire en verdict, il franchit une frontière.

Le problème n’est pas qu’un journaliste soit militant. Le problème, c’est lorsque le militantisme se présente comme du journalisme.

Nous n’avons rien contre la contradiction. Au contraire, nous la revendiquons. Mais nous refusons que la contradiction devienne caricature, que les chiffres soient utilisés à géométrie variable et que ceux qui posent des questions légitimes soient présentés comme des adversaires qu’il faudrait disqualifier plutôt que comme des citoyens qui exercent leur droit au débat.

Le journaliste peut avoir un camp. Mais le lecteur a le droit de savoir quand il lit une opinion et quand il lit une information.

Pour notre part, nous continuerons à répondre aux arguments par les faits, aux accusations par les preuves et aux postures par l’analyse.

Parce qu’en démocratie, le rôle du journaliste n’est pas de rendre un verdict à la place du citoyen. Il est de lui donner les éléments nécessaires pour se faire sa propre opinion.

Nous continuerons à poser les questions

Le « Livre noir » que nous avons annoncé aura pour objectif de confronter les engagements pris, les ressources mobilisées, les programmes annoncés et les résultats revendiqués.

Il ne s’agira pas de nier les réalisations. Il s’agira de les évaluer.

Car après quinze années de gouvernance, avec la croissance, les investissements, les programmes et les ressources financières mobilisées, une question demeure.

Pourquoi l’emploi décent des jeunes reste-t-il encore une urgence nationale ?

Vous nous invitez à « lire les chiffres jusqu’à la dernière ligne ». Nous acceptons volontiers l’invitation. Mais alors, lisons-les tous. Car au bout du compte, trois questions suffisent.

Qu’avez-vous fait ? Avec combien l’avez-vous fait ? Et qu’avez-vous obtenu en retour ?

Nous ne demandons rien de plus. Que les milliards soient confrontés aux résultats. Que les programmes soient confrontés aux emplois. Que les promesses soient confrontées à leur impact réel sur la vie des jeunes.

Nous n’avons pas besoin d’inventer les chiffres du gouvernement pour le critiquer. Il nous suffit de prendre ses propres chiffres, de les lire jusqu’au bout et de demander des comptes.

Fabrice Lago, alias Steve Beko

Ambassadeur du Pacte Social

Secrétaire général adjoint du PPA-CI

Chargé de l’emploi des jeunes et de l’entrepreneuriat 

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