
Ce que le communiqué tait, Abidjan le sait ce jour-là. Le préfet Andjou Koua vient de signer l'arrêté n°093/PA/CAB : toute marche est interdite le 11 octobre sur l'ensemble du département, et aucune n'a été déclarée. Le « bel et bien » du titre n'a pas d'autre sens : il répond à l'interdiction et la brave. L'itinéraire lui-même est, mot pour mot, celui que la préfecture avait déjà interdit le 2 octobre pour la marche du 4. Même boulevard, même défi.
Le lendemain matin, gaz lacrymogène à Cocody, échauffourées à Blockhaus et à Angré, 237 interpellations, des femmes, des jeunes « envoyés dans la rue », dira le ministre de l'Intérieur. Trois jours plus tard, la même voix appelait à une nouvelle journée de mobilisation. Le 28 octobre, elle figurait parmi les treize cadres du PPA-CI convoqués à la Police criminelle.
Voilà pour les faits. Vient maintenant l'hagiographie. Depuis que le procureur Braman Oumar Koné a annoncé, mercredi, des poursuites et un mandat d'arrêt, le récit s'écrit tout seul. Le parti l'a rodé pour Justin Koné Katinan, écroué la semaine dernière : une opposition que l'on veut réduire au silence. Il resservira, en plus édifiant : une avocate persécutée pour ses idées, une femme de paix poursuivie pour avoir prononcé le mot paix. Elle-même a pris les devants : le 14 septembre, elle dénonçait une justice à deux vitesses et prônait, désormais, une mobilisation par le droit et par l'action politique légale.
Par le droit. Exactement ce que le texte du 10 octobre ignorait. Une manifestation se déclare ; celle-là ne l'a pas été. Un arrêté se conteste devant le juge ; celui-là a été balayé d'un « bel et bien ». Le droit, la sainte s'en souvient aujourd'hui, avec un an de retard et depuis un endroit où le mandat ne l'atteint pas encore. Le procureur l'a dit à sa manière : « Vous croyez que le jour où elle va arriver, je vais la laisser ? »
Les 237 du 11 octobre, eux, ont répondu à un appel signé et daté, avec un rond-point et une heure. Ils ont eu le gaz, la cellule et le tribunal. Les saints ont des reliques ; celle-ci a un communiqué, et c'est lui qui la poursuit. Pour la paix, écrivait-elle, il n'est pas trop tard. Pour répondre devant un juge non plus. Aucun arrêté n'interdit de rentrer à Abidjan.
Yacouba DOUMBIA