Politique

Elle n’a qu’à venir 

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Ce sera peut-être ma dernière publication sur l'affaire Me Habiba Touré. Depuis que le procureur de la République a rendu public, le 16 septembre, le mandat d'arrêt qui pèse sur l'avocate, le pays s'est découvert des milliers de juristes du dimanche. Sur Facebook comme dans les maquis, chacun cite un article et tranche sur les pouvoirs du parquet. Le Code de procédure pénale n'a jamais été autant cité par des gens qui ne l'ont jamais ouvert.

Revenons aux faits. Selon nos sources au fait du dossier, le mandat d'arrêt international visant Me Habiba Touré existe depuis le 30 décembre 2025. Décerné par le juge, il a été, comme la procédure l'exige, obligatoirement notifié au procureur de la République, qui y a apposé son visa avant son lancement. Le juge décerne, le procureur vise : sans ce visa, aucun mandat ne quitte le palais de justice. De quoi rassurer ceux qui s'inquiétaient, entre deux vidéos, des pouvoirs du procureur.

Avant d'en arriver là, l'intéressée a été convoquée à deux reprises, régulièrement, avec accusé de réception. La poste a fait son travail, le greffe aussi. Il ne manquait que la convoquée. On peut appeler cela une stratégie de défense. On peut aussi appeler cela ne pas répondre.

Les faits reprochés ne sont pas davantage une invention. Le 10 octobre 2025, la porte-parole du Front commun PPA-CI/PDCI-RDA signait un communiqué annonçant que la marche du 11 octobre « aura bel et bien lieu », alors que le préfet d'Abidjan venait de l'interdire. Le texte porte son nom. Les vidéos de ses appels à marcher portent son visage. Ni montage ni complot, seulement une avocate qui a bravé une interdiction et qui découvre que la loi lit aussi les communiqués.

Pour certains, tout cela est un jeu. L'avocate, elle, sait très bien ce qu'il en est : un mandat d'arrêt ne se dissout pas dans un post indigné, pas plus qu'une convocation ne se périme parce qu'on refuse de l'ouvrir.

Alors, elle n’a qu’à venir. Les vols pour Abidjan décollent tous les jours. Le palais de justice du Plateau a des portes, des avocats, des juges et même la climatisation. Si le mandat n'existe pas, elle sortira par la grande porte. S'il est illégal, ses confrères se feront un plaisir de le démontrer devant une juridiction, où l'on plaide, plutôt que devant un téléphone, où l'on récite. Dans les deux cas, nous en saurons plus.

En attendant, les faits qui lui sont reprochés ont bel et bien existé, pour reprendre une formule qu'elle affectionne, et le mandat qui en découle est une réalité tangible. Le reste, nullités, exceptions et procédures, se discute dans une salle d'audience, à condition d'y entrer. Elle n'a qu'à venir.

Yacouba DOUMBIA