Politique

Garder le cap, mais lequel ?

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Mercredi 30 septembre, place de la Révolution, à Ouagadougou. Le Burkina Faso fête les quatre ans de l'arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. La soirée porte un nom, la Nuit de la Révolution progressiste populaire, et un slogan : « Le Peuple veille sur sa Révolution ». Au programme, des artistes burkinabè et quelques invités venus de l'extérieur, dont l'Ivoirien Meiway. Le comité d'organisation avait prévenu : il retenait des artistes, d'ici et d'ailleurs, qui soutiennent publiquement la Révolution et l'assument.

La déclaration de l'artiste tient en une phrase : « On est venu célébrer l'Afrique de demain (…) mon souhait pour le Burkina, c'est de garder le cap. »

Le cap, parlons-en. Le 29 janvier dernier, un décret a dissous tous les partis politiques du pays. Le 9 février, la charte des partis et le statut de l'opposition ont été abrogés à l'unanimité. Le 15 avril, 118 associations et ONG ont été dissoutes à leur tour. En mars 2025 déjà, des responsables de l'Association des journalistes du Burkina, qui venaient de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse, avaient été enlevés puis montrés en treillis, crâne rasé, réquisitionnés près de quatre mois, selon Reporters sans frontières. Quant aux élections, la transition a été prolongée de cinq ans en mai 2024.

Or le même Meiway a la démocratie exigeante quand il regarde vers Abidjan. Le 7 août 2020, dans une vidéo adressée au président Alassane Ouattara, il parlait de « mandat de trop » et assénait qu'« on ne bâtit pas un pays sur le régime de peur ». Deux ans plus tard, il mettait les putschs ouest-africains sur le compte des présidents qui s'accrochent à leur fauteuil.

Que lui est-il arrivé après cette vidéo ? Il a été reçu au siège du PDCI-RDA, a continué de chanter, a fêté ses trente-cinq ans de carrière au Parc des expositions d'Abidjan en juin 2024. Personne ne l'a expédié au front, crâne rasé, pour lui apprendre le patriotisme.

C'est toute la différence. On peut trouver bien des défauts à la démocratie ivoirienne, et l'opposition ne s'en prive pas. Elle a des partis pour le dire et des journaux pour l'écrire. À Ouagadougou, les premiers sont dissous et les seconds ont appris la prudence.

L'artiste qui reprochait à un président élu de vouloir durer souhaite donc bonne route à un capitaine arrivé par les armes, sans opposition en face ni scrutin en vue. En octobre 2025, à la télévision nationale burkinabè, il saluait déjà son courage et souhaitait voir autour de nous « des chefs d'État de cette trempe ». Si l'Afrique de demain est celle où l'on dissout les partis par décret et où l'on rase le crâne des journalistes, beaucoup d'Africains préféreront celle d'aujourd'hui.

Meiway a le droit d'aimer qui il veut, et son talent n'est pas en cause. Mais le mouchoir blanc du zoblazo, qu'il présente comme un signe de paix et de joie, doit servir à défendre les opprimés où qu’ils soient. Mercredi soir, à Ouagadougou, on pouvait l'agiter pour les partis, les associations et la presse libre. Et surtout pour les leçons de démocratie que l'artiste aimait donner à Abidjan.

Yacouba DOUMBIA