Santé

Hépatite virale : 3,6 millions de cas en Côte d’Ivoire, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme

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En Côte d’Ivoire, près de 8 % de la population , soit plus de 3,6 millions de personnes , porte le marqueur de l’hépatite B, première cause de cancer et de cirrhose du foie. Et 4 % sont des porteurs chroniques de l’hépatite C. Ces chiffres ont été révélés par le professeur Yao Bathaix Fulgence, président du Réseau ivoirien de lutte contre les hépatites virales (RILHVi), lors d’une conférence de presse le lundi 27 juillet 2026, aux Studios Lonaci à Abidjan Marcory.

Selon le Pr Yao, cette maladie constitue « le premier problème de santé publique » du pays. Pourquoi ? Parce qu’elle est très répandue, souvent silencieuse, et ses conséquences peuvent être dramatiques si elle n’est pas prise en charge à temps. En effet, les hépatites restent souvent asymptomatiques pendant des années. Quand les premiers symptômes apparaissent, on peut ressentir une fatigue intense, une baisse d’énergie, des nausées, des vomissements, une perte d’appétit, ou encore un ictère – cette fameuse coloration jaune de la peau et des yeux.

Le président du RILHVi a aussi insisté sur les modes de transmission, encore mal connus du grand public : de la mère à l’enfant à la naissance, via des objets contaminés (rasoirs, aiguilles, matériel de manucure), lors de rapports sexuels non protégés, de scarifications, de tatouages, ou encore par des transfusions sanguines non sécurisées.

D’après l’OMS (2022), 64,7 millions de personnes sont infectées par le virus de l’hépatite B en Afrique, mais seulement 4 % d’entre elles ont accès au diagnostic.

En Côte d’Ivoire, moins de 4 % de la population est dépistée, et moins de 1 % des personnes infectées reçoivent un traitement (notamment en ce qui concerne la vaccination des nouveau-nés). Pourtant, l’OMS vise un taux de traitement de 65 % d’ici 2030, dans le cadre de sa stratégie pour éliminer les hépatites virales en tant que menace pour la santé publique.

Ces chiffres montrent bien qu’il faut urgemment accorder plus d’attention à cette maladie, encore trop négligée dans les politiques de santé. Le Pr Yao appelle donc à une mobilisation collective renforcée lors des campagnes de sensibilisation, à la gratuité de la vaccination (surtout pour les enfants et les jeunes), au dépistage précoce et à un meilleur accès aux traitements, pour réduire le nombre de complications graves.

Lors de la présentation de son bilan 2024-2025, le Réseau a notamment informé les populations, formé le personnel de santé, rapproché l’offre de dépistage et amélioré l’accès aux données sanitaires. Un accent particulier a été mis sur le dépistage systématique des populations cibles : personnels de santé, femmes enceintes, hommes en uniforme, travailleurs du sexe… « Le dépistage est la seule issue. Il est temps d’agir ensemble, avec une implication multisectorielle – État, ONG, fondations, société civile et secteur privé. La lutte contre les hépatites virales est un combat collectif », insiste l’hépatologue et enseignant-chercheur.

Alors que la communauté internationale célèbre la Journée mondiale contre l’hépatite, le Pr Bathaix rappelle qu’un diagnostic précoce peut sauver des vies. « Le dépistage reste l’un des moyens les plus efficaces pour identifier les personnes infectées, les orienter rapidement vers une prise en charge adaptée et éviter qu’elles ne développent une cirrhose ou un cancer du foie. Le vaccin est efficace pendant au moins 30 ans chez une personne en bonne santé. Ne négligeons rien ! », conseille-t-il.

Cette conférence s’inscrivait dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre les hépatites virales, célébrée chaque 28 juillet.