Santé

Colloque national

Des experts débattent de la santé féminine : Prof Thia Mélanie, Université Alassane-Ouattara de Bouaké donne des chiffres

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À Yopougon, le panel « Femmes & Santé » a placé la santé des femmes au centre des discussions sur l’avenir du pays. Accès aux soins, qualité des services, couverture sanitaire universelle, droits des patientes, éthique médicale, formation des professionnels : autant de sujets abordés par les experts réunis le 2 août 2026. Le constat est sans complaisance, mais les participants ont aussi tenu à souligner les progrès réalisés et à insister sur la nécessité de les consolider pour mieux répondre aux besoins des femmes.

La santé des femmes a été l’un des moments forts de la deuxième journée du Colloque National, organisé dans le cadre de la Semaine Nationale des Femmes Bâtisseuses de Côte d’Ivoire. La rencontre s’est tenue le dimanche 2 août 2026 à la Mairie de Yopougon.

Parmi les intervenantes, Mme Thia Mélanie, professeure titulaire de médecine en néphrologie à l’université Alassane-Ouattara de Bouaké, a animé le panel « Femmes et Santé » aux côtés d’autres spécialistes. Interrogée en marge de la rencontre, elle est revenue sur les messages clés adressés à la population.

« Le thème du panel, c’était femmes et santé, accès aux soins et droits en matière de santé. Nous avons réuni des expertises variées : gynécologues, oncologues, représentants de l’ordre des médecins, professeurs de pharmacie. L’idée était de faire le point sur les acquis de l’État dans le secteur de la santé. Beaucoup d’efforts ont été consentis : équipements, centres de santé, ressources humaines. Aujourd’hui, une grande partie de la population vit à moins de cinq kilomètres d’un établissement de santé, et on compte près de 1,9 médecin pour 10 000 habitants. Mais il fallait aller plus loin : comment rendre ces avancées réellement adaptées aux femmes ? Comment faire de la santé féminine un levier de développement économique et social ? »

La professeure a tenu à adresser un message clair aux autorités : « Beaucoup a été fait, mais il reste encore à faire. Je demande à l’État d’inclure dans le paquet de la couverture maladie universelle la prise en charge de maladies comme le diabète, l’hypertension et la maladie rénale chronique. Ces pathologies non transmissibles pèsent lourdement sur les ménages, qui supportent environ 90 % des coûts. Il faut alléger ce fardeau. »

Interrogée sur les conseils à donner aux populations, elle a insisté sur la prévention. « Pour trouver des solutions, il faut connaître les problèmes. Les facteurs de risque de la maladie rénale sont de trois types. Il y a ceux qu’on ne peut pas modifier : être noir, être originaire d’Afrique de l’Ouest, avoir plus de 60 ans, être né avec un petit poids. Mais il y a aussi des facteurs modifiables : l’hypertension, le diabète, l’obésité. Si je mange moins salé, moins sucré, moins gras, je réduis mes risques. Je dois aussi pratiquer une activité physique, éviter la sédentarité, privilégier les protéines végétales et faire un bilan de santé régulier. »

Elle a rappelé l’importance du dépistage : « Le mois de mars est le mois de la santé rénale. Des campagnes sont organisées par le ministère avec les sociétés savantes. Mais on peut aussi se faire dépister à tout moment dans un centre de santé. Deux examens suffisent : la créatinine dans le sang et la bandelette urinaire pour rechercher des protéines. Si tout est normal, le médecin vous le dira. D’ailleurs, les mutuelles, comme la MUGEF-CI, offrent déjà aux fonctionnaires un bilan annuel qui inclut le volet rénal. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Au niveau mondial, on estime à 850 millions le nombre de personnes atteintes de maladie rénale, soit environ 10 % de la population. En Afrique de l’Ouest, c’est près de 19,8 %. Une enquête menée à Yopougon a trouvé 13 % de prévalence. À Bouaké, avec l’appui du maire Amadou Koné, nous avons relevé 17 %. Ces données servent de plaidoyer auprès des décideurs pour investir dans la prévention, le diagnostic et le traitement. Et il faut le dire : grâce aux traitements actuels, on peut vivre longtemps avec une maladie rénale bien prise en charge. »

Enfin, un dernier conseil : « Mangez moins salé, moins sucré, moins gras, privilégiez les protéines végétales, faites de l’exercice, évacuez le stress et faites votre bilan rénal une fois par an. Deux examens simples : la créatinine et la recherche de protéines dans les urines. C’est à ce prix qu’on préservera sa santé. »