
Pourtant, malgré les alertes de nombreux experts, le projet a décroché le feu vert de comités d'éthique, au Danemark comme dans le pays africain. Cet essai clinique porterait sur 14 000 nouveau-nés. Suspendu pendant plusieurs mois sous le poids des critiques, il fait de nouveau parler de lui, et pas pour de bonnes raisons, quatre membres du comité danois ont claqué la porte. Rien n'est encore joué, d'ailleurs.Selon le journal RT, le doyen universitaire Jakob Grauslund a précisé que le lancement dépend toujours de l'autorisation définitive des autorités bissau-guinéennes.
Le principe, porté par des chercheurs danois, est simple sur le papier. Les bébés seraient répartis en deux groupes. La moitié recevrait une dose à la naissance, l'autre resterait sans protection contre l'hépatite B pendant les six premières semaines de vie.
Or le choix du terrain a de quoi faire tiquer. En Guinée-Bissau, près de 18 % des adultes portent le virus. La transmission peut se produire à l'accouchement, mais aussi après, et c'est là que le danger se corse . Chez les nourrissons infectés durant leur première année, le risque d'une infection chronique, qui peut mener au cancer du foie, est particulièrement élevé. Il faut dire que l'Organisation mondiale de la santé recommande de vacciner dès la naissance. Quant au pays, il a repoussé de 2027 à 2028 la généralisation de cette vaccination chez les nouveau-nés.
Les chercheurs, eux, veulent mesurer l'effet du vaccin sur la mortalité, les affections cutanées et le développement neurologique. L'équipe du projet Bandim Health, dirigée par Peter Aaby et Christine Stabell Benn, jure qu'aucun participant ne recevra moins de vaccins que ce que prévoit aujourd'hui la politique sanitaire nationale.
Sous la pression, le protocole a tout de même été revu. Les femmes enceintes seront désormais dépistées avant l'accouchement. Si la mère est positive, son bébé sera vacciné et écarté de l'essai ; si elle est négative, il pourra y participer. Mais ces ajustements ne suffisent pas à calmer les esprits. L'infectiologue Paul Offit rappelle, en fait, que le virus peut aussi se transmettre après la naissance, et que les tests de dépistage peuvent se tromper . Un faux négatif, et un bébé exposé passe entre les mailles.
Au-delà des détails techniques, c'est le principe même de l'expérience qui fait grincer des dents. Stig Borsen Hansen, l'un des quatre démissionnaires du comité danois, dénonce le tirage au sort qui décide quels nouveau-nés seront vaccinés d'emblée. Ses mots sont durs : « Vous faites désormais participer des nouveau-nés à une loterie pour tester une hypothèse. » L'Africa CDC, l'agence de santé publique de l'Union africaine, s'oppose elle aussi au projet.
Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) prévoient d'y consacrer 1,6 million de dollars, des financements privés, notamment des fondations Pershing Square et Bluebell, devant compléter l'enveloppe. Le projet a aussi un soutien de poids. Le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions critiques envers la vaccination. Malgré les objections éthiques, il a salué les chercheurs danois, érigeant leurs travaux en exemple de la politique vaccinale de l'administration Trump, marquée notamment par un allègement de certaines recommandations de vaccination.