
Pour planter le décor, M. Coulibaly a d'abord posé les chiffres. La Côte d'Ivoire détecte chaque année quelque 20 000 nouveaux cas de cancers, tous types confondus. Et le cancer du sein, il faut le dire, reste la première cause de mortalité par cancer, talonné de près par ceux de la prostate et de l'utérus. Rien que pour le sein, on compte environ 5 000 cas par an. Les femmes sont les plus touchées, certes, mais les hommes ne sont pas épargnés : ils représentent à peu près 1 % des cas. Or, le pays ne réalise aujourd'hui qu'environ 6 000 dépistages annuels. Autrement dit, à peine un peu plus que le nombre de cas recensés. Le chemin à parcourir est encore long.
Côté prise en charge, en revanche, l'État a mis les bouchées doubles sur les infrastructures et les équipements. Les quatre CHU d'Abidjan (Cocody, Treichville, Yopougon et Angré) disposent désormais de matériels de dépistage, de diagnostic et de traitement global. Ils s'appuient sur le Centre national d'oncologie médicale et de radiothérapie, installé au CHU de Cocody, ainsi que sur l'Institut de médecine nucléaire d'Abidjan (Imena). Et ce n'est pas fini, le Centre national de radiothérapie et d'oncologie médicale de Grand-Bassam doit ouvrir ses portes en décembre, pour boucler ce dispositif de pointe.
Reste la question que tout le monde se pose : qui peut payer ? Un traitement lourd, c'est trois à quatre millions de francs CFA au départ. Une somme qui fait renoncer bien des familles. Grâce à l'impulsion du Président Alassane Ouattara, des conventions ont été signées avec de grandes firmes pharmaceutiques. Résultat , pour les patients éligibles, la facture tombe à une quasi-gratuité. La Première Dame, Dominique Ouattara, pour sa part , elle s'est engagée auprès des plus jeunes. Elle porte avec une attention particulière la lutte contre les cancers pédiatriques, avec un pavillon dédié au sein de l'hôpital mère-enfant, où 90 % des enfants sont soignés gratuitement. Les soins ne se concentrent pas non plus à Abidjan, a insisté Amadou Coulibaly. À l'intérieur du pays, tous les CHR et hôpitaux généraux possèdent maintenant des mammographes. Mieux, un dispositif mobile a été acquis pour sillonner les zones rurales et aller chercher les populations que les centres de santé n'atteignent pas facilement.
Tout cela porte ses fruits, selon le gouvernement. Le taux de survie à cinq ans a doublé, et le taux de rémission se rapproche de celui des pays développés. Ce qui passait hier pour une fatalité devient, peu à peu, une maladie chronique avec laquelle on peut vivre. Mais le message final, lui, est sans détour : le grand défi, c'est le dépistage précoce, celui qui maximise les chances de guérison. Alors, à l'occasion d'« Octobre rose », il est entièrement gratuit dans toutes les formations sanitaires publiques, et la mammographie est exceptionnellement ramenée à 2 000 francs CFA. Une occasion à ne pas laisser passer.