
Huit ans après la signature de la déclaration d’Abidjan en 2018, la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui contrôlent à eux deux près de 60 % de l'offre mondiale de fèves, passent à la vitesse supérieure. Conscients de leur poids géopolitique et économique, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont validé une feuille de route commune pour briser un paradoxe historique puisque tant bien que l'Afrique concentre 80 % de la production globale de cacao, elle ne capte encore qu’une part marginale des profits de l’industrie mondiale du chocolat.
Pour inverser cette tendance, la nouvelle déclaration conjointe s'articule autour de directives majeures, une véritable charte d'action que l'on peut qualifier de « résolutions » de l’axe Abidjan-Accra pour transformer durablement la filière.
Les 6 nouvelles résolutions de l’axe Abidjan-Accra
Ces 6 directives concernent l’harmonisation absolue des prix. Le premier pilier de cette entente repose sur la synchronisation des politiques commerciales. Les deux pays s'engagent à harmoniser les prix bord champ payés aux producteurs afin de couper court à la spéculation et à la contrebande transfrontalière. Cet alignement passera par une synergie inédite des salles de marchés, une uniformisation des primes et un calendrier concerté des campagnes de commercialisation. Ainsi que la mise en avant des intérêts des producteurs, décision qui place le planteur au cœur de la valeur. Sur la question, les deux chefs d'État ont réaffirmé que la durabilité ne peut exister sans justice sociale. Garantir un revenu décent aux paysans n’est plus négociable, c'est une exigence de stabilité sociale. Le Différentiel de Revenu Décent (DRD) sera ainsi sanctuarisé pour que le maillon le plus vulnérable de la chaîne soit le premier bénéficiaire de la valeur créée.
Le 3e point concerne la mise en place du front commun scientifique contre le Swollen Shoot. Face aux menaces phytosanitaires qui déciment les vergers, le sommet a acté le renforcement de la coopération scientifique. Les instituts de recherche des deux nations vont mutualiser leurs compétences pour une gestion intégrée des maladies du cacaoyer, avec une priorité absolue accordée à l'éradication du virus du Swollen Shoot. L’autre décision phare de la rencontre d’Abidjan est fixé sur l'industrialisation et la transformation locale. Le grand pari pour capter les milliards de dollars qui échappent au continent. L'axe Abidjan-Accra mise sur l'accélération de la transformation locale des fèves dans le but d'accroître massivement les capacités industrielles nationales, de stimuler la consommation locale et régionale, et de dynamiser le commerce de produits finis ou semi-finis à base de cacao sur les marchés africains. Ainsi qu’une grande marge pour la riposte face aux défis environnementaux et sécuritaires La déclaration prend pleinement la mesure des périls modernes notamment le changement climatique, la prolifération de produits de substitution chimiques et l'orpaillage illégal qui détruit les terres agricoles.
Les deux pays s'engagent à déployer une traçabilité rigoureuse et à généraliser la Norme africaine du cacao durable (ARS-1000) pour répondre aux exigences des réglementations internationales. L’élargissement de l’OPEP du cacao vise à peser encore plus lourd sur l'échiquier international, l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana (ICCIG) va s'ouvrir à d’autres pays producteurs du continent. Cet élargissement vise à bâtir un cartel africain du cacao fort, capable d'imposer son pouvoir de négociation collective sur les marchés mondiaux face aux multinationales. L’accord d’Abidjan entre la Côte d'Ivoire et le Ghana imposent une doctrine de souveraineté économique africaine.
