Économie

Trafic du cacao ivoirien vers la Guinée : Ce qui attend le nouveau consul ivoirien à N'zérékoré

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© Droits réservés le renforcement de la coopération sécuritaire avec la Guinée et le Liberia et l'intensification de la lutte contre la fraude conditionneront l'utilité du nouveau poste consulaire
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Nommé fin juillet premier consul honoraire de Côte d'Ivoire à N'Zérékoré, Fousseni Diakité prend ses fonctions dans une ville que les professionnels du cacao ivoirien désignent comme la plaque tournante du trafic de fèves.

Protection consulaire, coopération bilatérale, liens d'amitié entre les peuples : les trois priorités que le nouveau consul honoraire de Côte d'Ivoire à N'Zérékoré s'est assignées à sa prise de fonctions ne disent rien du dossier qui l'attend sur place, celui de la contrebande du cacao ivoirien. Opérateur économique du secteur, Fousseni Diakité a annoncé sa nomination le jeudi 30 juillet, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, en vertu d'un arrêté signé par la ministre d'État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nialé Kaba. Il devient le premier représentant consulaire ivoirien dans cette ville du sud-est guinéen, deuxième agglomération du pays. Le poste est situé au cœur du problème. Depuis cinq ans, la sortie clandestine de fèves ivoiriennes vers la Guinée et le Liberia a changé d'échelle. Longtemps circonscrit aux villages frontaliers et à des volumes marginaux, le phénomène s'est amplifié avec le recul de la production ivoirienne et ghanéenne et l'envolée des cours mondiaux, qui a creusé l'écart entre les pays à commercialisation stabilisée, comme la Côte d'Ivoire et le Ghana, et ceux où le prix suit au jour le jour les fluctuations du marché international.

L'arithmétique guinéenne résume l'ampleur du transfert. La production nationale y est estimée entre 20 000 et 25 000 tonnes par an, selon l'Organisation internationale du cacao (ICCO) et les professionnels du secteur. Or les exportations guinéennes de fèves ont dépassé 120 000 tonnes en 2023/24 puis en 2024/25, contre près de 50 000 tonnes en 2022/23. Capitale de la région forestière, N'Zérékoré se trouve à environ 80 kilomètres de la frontière ivoirienne de Danané et reste aisément accessible depuis Sipilou. Ces deux localités sont, côté ivoirien, les principaux points de départ du trafic. Des centaines de pistes contournent les postes officiels et conduisent aux magasins de stockage sortis de terre ces cinq dernières années dans la ville guinéenne. De nouvelles voies y sont encore en construction en 2026, selon des acteurs de la filière. Les pertes pour les finances publiques ivoiriennes, en fiscalité et parafiscalité, sont estimées par ces mêmes sources à un peu plus de 300 milliards de francs CFA.

Un écart de prix de 700 francs

L'écart de prix reste le principal moteur. Le prix garanti bord champ a été fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire ouverte le 4 mars et qui s'achève le 31 août, après un niveau record de 2 800 FCFA lors de la campagne principale 2025/26. À N'Zérékoré, les acheteurs offriraient 1 900 FCFA le kilogramme pour les fèves ivoiriennes. La combinaison du prix de 2 800 FCFA et de l'effondrement des cours mondiaux observé depuis décembre 2025 avait freiné le trafic. Celui-ci reprendrait depuis que la tonne est repassée au-dessus de 4 000 livres sterling à Londres, soit plus de 3 000 FCFA le kilogramme.

Ce que la filière attend du poste

C'est sur ce terrain que les professionnels ivoiriens attendent le nouveau consul. Producteurs, responsables de coopératives, exportateurs et acheteurs voient dans l'ouverture d'une représentation à N'Zérékoré l'occasion de placer une vigie là où se conclut l'essentiel des transactions frauduleuses, et non un simple guichet administratif. Sa connaissance du secteur, où il est engagé dans la commercialisation, l'exportation et la transformation, le met en position d'identifier les Ivoiriens impliqués dans les circuits qui alimentent les magasins guinéens, estiment ces acteurs. Un consul honoraire n'exerce aucune compétence de police et sa fonction, bénévole, reste principalement de représentation et d'assistance. Mais le poste peut servir de relais de veille et de signalement au profit du Conseil du Café-Cacao, des douanes et des services de sécurité ivoiriens, et de canal permanent avec les autorités guinéennes. La proximité entre acheteurs des deux pays reste par ailleurs mise en cause. La semaine dernière, à Duékoué, lors de la première journée nationale de l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao, un homme d'affaires installé à N'Zérékoré, présenté par plusieurs acteurs de la filière comme le principal acheteur de cacao ivoirien en Guinée, figurait parmi les invités, aux côtés des responsables du secteur. Des professionnels demandent que le Conseil du Café-Cacao et les autorités sécuritaires établissent les conditions de cette invitation.

Pour ces mêmes acteurs, le renforcement de la coopération sécuritaire avec la Guinée et le Liberia et l'intensification de la lutte contre la fraude conditionneront l'utilité du nouveau poste consulaire. Le Conseil du Café-Cacao ne s'est pas prononcé publiquement sur ces interrogations.

Yacouba DOUMBIA