Économie

171 milliards de FCFA des USA pour le nouveau compact du Mcc : La côte d'ivoire primée pour sa politique énergétique

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Le Conseil des ministres du 5 août 2026 a ratifié un don américain de 171 milliards de FCFA destiné au réseau électrique. Washington n'a pas choisi la Côte d'Ivoire au hasard : le pays dispose du troisième système électrique d'Afrique de l'Ouest et vend déjà son courant à six voisins. L'accord a pourtant été conclu au moment où l'administration Trump taillait dans les programmes de la Millennium Challenge Corporation, jusqu'à en ordonner la fermeture. Récit d'un financement qui récompense vingt ans de choix énergétiques

Le communiqué était bref, glissé entre deux décrets, dans le flot habituel des textes adoptés en Conseil des ministres. Le 5 août  2026, le gouvernement a ratifié un accord de don de 300 millions de dollars, soit 171 654 874 191 francs CFA, conclu avec les États-Unis d'Amérique par l'intermédiaire de la Millennium Challenge Corporation (MCC), pour le financement du Programme Compact régional pour l'énergie. Deux volets, précise le texte : l'appui au marché régional de l'électricité de la CEDEAO à travers la deuxième phase du Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain, et la modernisation du réseau électrique national. Lu ainsi, c'est un accord technique de plus. Replacé dans son contexte américain, c'est autre chose.

Avril 2025 : Washington ferme le guichet

Le 23 avril 2025, l'administration Trump ordonne la fermeture de la MCC. L'agence, créée en 2004 par George W. Bush pour financer des infrastructures dans les pays qui respectent un ensemble de critères de gouvernance, avait jusque-là bénéficié d'un soutien constant des républicains comme des démocrates. Elle avait engagé 17 milliards de dollars depuis sa création. En quelques semaines, elle passe du statut d'instrument privilégié de l'influence américaine en Afrique à celui de variable d'ajustement budgétaire. Sur le terrain, l'onde de choc est immédiate. Des chantiers de routes, de réseaux électriques et de systèmes d'irrigation risquent de rester inachevés, faute de repreneurs.

Au Népal, en Mongolie et au Sénégal, les équipes disposent de trois mois pour sécuriser les sites en cours. La presse spécialisée relève alors que la Côte d'Ivoire, où un chantier routier arrive bientôt à son terme, obtient un délai un peu plus long. L'agence ne disparaîtra finalement pas. Elle survit à la revue de l'aide étrangère, mais amputée : plus de la moitié de ses programmes sont proposés à l'annulation. En juillet 2025, la sénatrice Jeanne Shaheen, cheffe de file de la minorité à la commission des Affaires étrangères du Sénat, dénonce la suppression annoncée des compacts de la Zambie et de l'Indonésie ainsi que des programmes de seuil de la Gambie et du Kenya. Elle y voit, selon ses termes, un cadeau fait aux adversaires des États-Unis et un boulevard ouvert à la Chine. Une partie du portefeuille est donc maintenue. Ce qui distingue la Côte d'Ivoire n'est pas seulement d'avoir été épargnée, c'est d'avoir obtenu un programme neuf au moment où l'agence en fermait d'autres.

Septembre 2025 : la signature à contre-courant

C'est dans ce paysage de retrait que la Côte d'Ivoire signe. Non pas une prolongation du programme précédent, mais un deuxième compact, avec son propre objet, son propre budget et son propre calendrier. En septembre 2025, dans la salle des Traités du département d'État, à Washington, le sous-secrétaire d'État Christopher Landau, les dirigeants de la MCC et des représentants du gouvernement ivoirien paraphent le Compact régional pour l'énergie. Le budget total du programme avoisine 322,5 millions de dollars : jusqu'à 300 millions apportés par l'agence américaine, et au moins 22,5 millions de contrepartie ivoirienne. Cette part nationale, rarement citée, mérite d'être rappelée : le pays met la main à la poche. Quelques jours plus tôt, à Abidjan, le viceprésident par intérim de la MCC, Jason Small, avait présidé une double cérémonie aux côtés du Premier ministre Robert Beugré Mambé, du directeur de cabinet du président de la République Fidèle Sarassoro et du ministre de l'Économie et des Finances Adama Coulibaly.

On y célébrait la clôture du premier compact ivoirien et le lancement du second. Ce premier compact avait été doté de 536,7 millions de dollars, après une rallonge de 12 millions et une année d'extension accordées en raison de la pandémie de Covid-19. Entré en vigueur en août 2019, il s'est achevé le 5 août 2025, consacré à la réhabilitation d'infrastructures de transport à Abidjan et au renforcement de la formation technique et professionnelle, avec notamment le Centre des métiers du transport et de la logistique de Bouaké. « Ces résultats ne sont pas des promesses en l'air, ce sont des acquis tangibles », a déclaré Fidèle Sarassoro lors de la cérémonie. Le contraste est frappant. Pendant que d'autres pays partenaires voyaient leurs chantiers suspendus en cours de route, la Côte d'Ivoire terminait le sien et en ouvrait un autre.

Ce que la Côte d'Ivoire avait à offrir

L'explication tient d'abord à ce que le pays a construit. La Côte d'Ivoire dispose du troisième système électrique d'Afrique de l'Ouest et vend déjà du courant au Ghana, au Burkina Faso, au Mali, au Liberia, à la Sierra Leone et à la Guinée. Cette position n'est pas le fruit du hasard : elle vient d'un choix assumé depuis les années 1990, celui d'ouvrir la production aux investisseurs privés tout en gardant la maîtrise publique du transport, puis d'un effort d'équipement soutenu au cours de la dernière décennie. Le taux d'électrification a atteint 98 % en 2025, avec plus de 6 600 localités raccordées depuis le lancement du Programme électricité pour tous. Pour Washington, qui veut faire exister un marché régional de l'électricité en Afrique de l'Ouest, ce profil est celui d'un point d'appui.

On ne bâtit pas un marché autour d'un pays qui manque de courant, mais autour de celui qui en vend. Le compact ne finance d'ailleurs pas de centrale nouvelle : il finance des lignes, des postes et les outils de conduite du réseau, c'est-à-dire ce qui permet d'écouler davantage vers les voisins. Autrement dit, l'argent américain vient consolider un dispositif existant plutôt que d'en créer un. S'y ajoute l'intérêt américain bien compris. Un réseau régional stable ouvre des marchés aux entreprises américaines de l'énergie, de la logistique et de la technologie, qui ont besoin d'un courant fiable pour s'implanter. L'ambassade des États-Unis à Abidjan ne s'en cache pas et présente l'opération comme un investissement à bénéfices partagés.

La porte d'entrée s'appelle gouvernance

La capacité énergétique explique le choix du secteur et le montant. Elle n'explique pas à elle seule l'éligibilité, car la MCC ne fonctionne pas comme une banque de développement classique. L'agence ne distribue pas une aide humanitaire : elle sélectionne ses partenaires sur la base d'indicateurs de gouvernance économique et politique, puis contractualise. Un pays qui exécute son programme dans les délais, qui absorbe les fonds et qui rend des comptes reste éligible.

Celui qui décroche sort du dispositif. C'est ici que le premier compact prend toute sa valeur. Mené à son terme, avec ses infrastructures livrées et ses comptes rendus, il a fonctionné comme une lettre de recommandation au moment précis où l'agence passait son portefeuille au crible. La Côte d'Ivoire a présenté les deux pièces qu'il fallait : un dossier de gouvernance qui tenait, et un secteur électrique qui pesait.

Le vrai test commence maintenant L'accord tombe au bon moment.

Depuis le début de l'année 2026, Abidjan vit au rythme des coupures, et le diagnostic officiel désigne le réseau de transport plutôt que la production. C'est précisément ce que le don américain vient financer, avec les limites que cela suppose (lire l'encadré). Encore faut-il que l'argent arrive et qu'il soit dépensé. De la signature à la ratification, puis de l'entrée en vigueur du programme aux premiers appels d'offres, la chaîne administrative est longue et se compte en années plutôt qu'en mois. Sur ce second compact, la Côte d'Ivoire joue plus que 171 milliards de francs : elle joue sa réputation d'élève qui rend ses devoirs, dans une administration américaine qui n'a plus beaucoup de patience pour ceux qui ne les rendent pas.