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Soudan : Plus de 8 000 disparus, et des milliers de corps enterrés dans des fosses anonymes

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Au Soudan, la guerre entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) a éclaté en avril 2023. Depuis, des milliers de familles sont sans nouvelles de leurs proches. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime que plus de 8 000 personnes sont portées disparues.

Un matin de janvier 2025, Fahmy al-Fateh a quitté sa maison à Khartoum pour rejoindre le front. Cet ancien agriculteur et commerçant de 38 ans s'était engagé dans l'armée soudanaise après le début du conflit avec les FSR. Avant de partir, il a appelé sa femme, Azaher Abdallah, pour lui dire qu'il rentrerait dans la matinée. Elle ne l'a jamais revu. « Je l'ai attendu jusqu'à 22h30, mais il n'est jamais revenu », raconte-t-elle. Ses appels sont restés sans réponse, puis son téléphone s'est éteint pour de bon. Plus d'un an après, leur fils de trois ans court encore vers le bruit des motos, persuadé de voir son père.

Comme elle, des milliers de familles soudanaises vivent dans une incertitude totale. Selon le CICR, plus de 8 000 personnes ont disparu depuis le début du conflit en avril 2023 entre l'armée régulière et les paramilitaires des FSR. Certaines ont été séparées des leurs pendant les combats ou les déplacements forcés ; d'autres auraient été arrêtées en secret ou enterrées sans être identifiées. À Khartoum, la guerre a laissé des traces visibles dans le paysage urbain. Les combats ont rendu les cimetières inaccessibles pendant des mois, alors les habitants ont enterré les morts où ils pouvaient : dans des terrains vagues, des cours d'école, des stades de foot ou au bord des routes. Beaucoup de ces tombes improvisées n'ont même pas de nom. « La plupart des corps sont trop décomposés pour être identifiés facilement », explique le docteur Hisham Zienalabdien, directeur du département de médecine légale de l'État de Khartoum. Les moyens d'identification sont quasi inexistants : « Il n'y a plus de labo pour faire des tests ADN, parce que les Forces de soutien rapide l'ont détruit. »

Les autorités médico-légales disent quand même conserver des échantillons d'ADN sur les corps non identifiés, en espérant pouvoir les rapprocher un jour des familles. Environ 10 % des dépouilles réinhumées restent aujourd'hui sans identité connue. Pour les proches, ne pas savoir est une souffrance qui dure. Sulafa Mustafa cherche son fils Suleiman, disparu à 18 ans après une visite chez un ami près de Khartoum. Depuis deux ans, elle arpente les rues, les hôpitaux et les prisons, montrant sa photo à des inconnus et criant son nom au mégaphone, même sous les bombardements. « Quand on sait qu'un proche est mort ou vivant, on peut au moins trouver un peu de paix. Mais quand il est porté disparu, on vit sans aucune certitude », confie-t-elle.

Les psychologues du CICR alertent sur les conséquences profondes de cette attente sans fin : incapacité à faire son deuil, détresse chronique, liens familiaux qui se brisent. Au Soudan, où la guerre continue de déplacer des millions de personnes et de détruire les infrastructures civiles, beaucoup n'ont pourtant pas d'autre choix que de continuer à chercher.