Politique

Radié, Fernand Ahilé assène ses vérités : "Le Ppa-ci est un parti qui diabolise la contradiction"

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Radié du PPA-CI en même temps que deux autres cadres du parti de Laurent Gbagbo, l’ex-Secrétaire national technique en charge de la Communication, Fernand Ahilé, laisse sourdre son ressenti tout en assénant ses vérités dans un langage fleuri

Vous étiez précédemment Secrétaire national technique du PPA-CI en charge de la Communication... Quels sentiments vous animent aujourd'hui après votre radiation du PPA-CI ?

Mes sentiments ne sont ni à l'amertume ni au regret, mais à la lucidité et au soulagement. La politique est un engagement d'idées, pas une prison de l'esprit. Ma radiation ne détruit en rien les convictions démocratiques qui m'animent depuis toujours. C’est la fin d'un chapitre, mais certainement pas la fin de mon histoire avec la Côte d'Ivoire.

Vous attendiez-vous à cette sanction ? 

Lorsque l'on choisit de défendre la vérité, la transparence et la cohérence politique face à des appareils qui se rigidifient, on connaît les risques. L'histoire politique nous enseigne que les voix discordantes ou réformatrices sont souvent les premières sacrifiées par les bureaucraties partisanes. Donc, non, cela ne m'a pas surpris. C’est le prix à payer pour refuser le conformisme et la pensée unique.

Avec le recul, ne regrettez-vous pas cette prise de position assez audacieuse qui vous a valu tous ces déboires ? 

Je n’ai absolument aucun regret. Ce que certains qualifient de "déboires", je le considère comme un baptême du feu et un acte de salubrité politique. Le courage politique consiste à assumer ses convictions, surtout quand elles sont impopulaires au sein de sa propre chapelle. Si le prix de la loyauté envers mes principes et envers la vision d'une Côte d'Ivoire moderne est l'exclusion d'un parti, alors je paie ce prix avec fierté.

Si c'était à refaire, vous seriez-vous comporté de la même manière ? 

Rebelote ! Je referais exactement la même chose, avec la même force et la même clarté. On ne transige pas avec ses valeurs de base. Un homme politique sans colonne vertébrale morale n'est qu'un opportuniste. J'ai agi en homme libre, guidé par le sens du devoir et de la vérité.

Croyez-vous toujours que M. Don Mello méritait que vous sacrifiiez votre carrière politique à la défense de sa cause ? 

Loin d’avoir sacrifié ma carrière, je l’ai élevée. Mon engagement ne tourne pas autour de la personne du Docteur Ahoua Don Mello, mais autour des principes qu’il porte : l'expertise, la rigueur, le panafricanisme pragmatique et le refus des compromissions politiciennes. En défendant cette vision, je défends une certaine idée de l’excellence pour la Côte d'Ivoire. C’est un choix guidé par la conviction et tourné vers l'avenir.

Vous avez dénoncé une gouvernance dictatoriale au PPA-CI. Le pensez-vous vraiment ou est-ce un ressentiment ? 

Ce n'est pas du ressentiment, c'est un diagnostic froid et factuel. Un parti qui prétend vouloir démocratiser la Côte d'Ivoire mais qui, en interne, étouffe le débat, diabolise la contradiction et utilise la radiation comme unique réponse aux propositions de réforme, souffre d'un profond déficit démocratique. Le PPA-CI s'est enfermé dans un fonctionnement patrimonial et ultra-centralisé qui l'éloigne de ses promesses originelles. C’est un constat lucide, partagé par de nombreux militants en silence.

Vous sentez-vous toujours militant du PPA-CI et continuez-vous à reconnaître le président Laurent Gbagbo comme votre référent ? 

Juridiquement, le parti a rompu le lien. Dont acte. Sur le plan des valeurs, le combat pour la justice et la souveraineté n’appartient à aucun logo ni à aucune carte de parti. Concernant le président Laurent Gbagbo, il reste une figure historique incontournable de notre pays, et le respect pour son parcours demeure. Cependant, le respect historique n’interdit pas la lucidité politique face aux dérives actuelles de son entourage et de l'appareil qu'il dirige.

Au terme du premier congrès ordinaire du PPACI, le président Laurent Gbagbo a été maintenu à la tête du parti alors qu'il avait annoncé sa retraite. Quel jugement portez-vous sur ce revirement ? 

Ce revirement traduit une triste réalité : l'incapacité de l'appareil actuel à penser l'après-Gbagbo et à organiser une transition générationnelle sereine. Maintenir le statu quo par peur du vide ou pour préserver des intérêts de chapelles internes est un calcul à court terme. La grandeur d'un leader se mesure aussi à sa capacité à passer le témoin et à pérenniser son héritage à travers de nouvelles énergies. Ce blocage institutionnel risque de figer le parti dans le passé au lieu de le projeter vers les défis de demain.

M. Don Mello a-t-il les capacités, selon vous, pour être un bon leader politique et comment envisagezvous le futur pour lui puisqu'il a été également radié du parti ? 

Le profil du Docteur Ahoua Don Mello va bien au-delà des dynamiques d'un parti. Son expertise en matière d'infrastructures et de développement est reconnue sur le continent africain, ce qui lui donne une légitimité technique solide. Sa radiation du PPA-CI l'affranchit finalement des querelles internes de l'appareil. Avec son expérience et son assise intellectuelle, il dispose des atouts nécessaires pour proposer une vision politique moderne et constructive pour la Côte d'Ivoire. L’avenir se construira avec des bâtisseurs, et il en fait incontestablement partie.

Que diriez-vous au président Laurent Gbagbo si vous aviez la possibilité de le rencontrer ?

Je lui dirais : « Monsieur le Président, votre histoire appartient à la Côte d'Ivoire et à l'Afrique. Vous avez été un modèle pour toute une génération, faisant naître des militants qui, aujourd'hui encore, veulent poursuivre votre combat et rester fidèles à votre vision originelle. Ne laissez pas un appareil dogmatique et déconnecté du terrain ternir cet héritage. Mes prises de position ne sont pas personnelles : elles dictent un devoir de vérité face à des principes fondateurs qui, malheureusement, sont en train de disparaître au sein du parti. Écoutez les voix qui vous disent la vérité, pas celles qui vous bercent d’illusions pour préserver leurs privilèges. L’histoire jugera les actes, pas les décrets d’exclusion ».

Pour terminer, comment appréhendez-vous votre avenir politique ?

Avec beaucoup de sérénité, d'enthousiasme et de détermination. Ma liberté de parole et d'action est désormais totale. Je reste un acteur engagé au service de mon pays. Je vais continuer à mettre mes compétences en communication institutionnelle, ma vision et mon énergie au service des projets et des hommes qui veulent faire avancer la Côte d'Ivoire de manière constructive, moderne et audacieuse. La politique ne s'arrête pas aux frontières d'un parti ; elle commence là où le service de la nation devient une priorité.