
Un indice de sécurité divisé par plus de deux : le baromètre qui dit tout
C'est le chiffre qui résume treize années d'efforts. Réuni le 12 février 2026 au Palais de la Présidence sous la présidence du Chef de l'État, Alassane Ouattara, le Conseil national de sécurité (CNS) a dressé le bilan sécuritaire de la période 2012-2025 : l'indice moyen annuel de sécurité est passé de 3,6 en 2012 à 1,53 en 2025, soit une amélioration de 77,5 % du niveau de sécurité sur l'ensemble du territoire national. Pour mémoire, plus cet indice est bas, plus le pays est sûr ; en 2012, au sortir de la crise post-électorale, la Côte d'Ivoire figurait parmi les pays les plus exposés de la sous-région.
Cette trajectoire s'est encore accélérée récemment : entre janvier et mars 2025, l'indice général de sécurité est passé de 1,4 à 1,2, soit une baisse d'environ 14 % en un trimestre, selon le communiqué du CNS du 17 avril 2025. Le Conseil attribue ces résultats aux réformes institutionnelles engagées depuis 2012 et aux multiples opérations de sécurisation conduites sur le terrain : lutte contre la grande criminalité, la délinquance juvénile, le trafic illicite des stupéfiants et des drogues, les menaces terroristes et l'orpaillage illégal. Selon la plateforme officielle du bilan gouvernemental, la transformation du secteur régalien (défense, sécurité, justice) a représenté sur la période 2011-2025 un investissement de plus de 2 000 milliards FCFA.
Les opérations « Épervier » : dix ans de traque du grand banditisme
Lancées par la Direction générale de la Police nationale (DGPN) avec l'appui de la Gendarmerie nationale et des Forces armées de Côte d'Ivoire (FACI), les opérations « Épervier » sont devenues, édition après édition, l'instrument emblématique de la lutte contre la grande criminalité. Leur champ d'action est vaste : grand banditisme, trafics de stupéfiants, délinquance juvénile — le phénomène dit des « microbes » —, gares anarchiques et menaces terroristes.
Les bilans successifs illustrent l'ampleur du dispositif. L'opération Épervier III, lancée le 21 septembre 2017, avait permis en trois semaines (22 septembre - 12 octobre 2017) l'interpellation de 5 818 personnes dont 248 déférées, la destruction de 239 fumoirs, le démantèlement de 238 gares anarchiques et la saisie de 611 kg de cannabis avec, fait marquant, l'arrestation de dix « barons » de la drogue annoncée par le porte-parole de la police, le commissaire principal Charlemagne Bleu. L'édition Épervier 6, lancée le 18 février 2021 à Cocody, s'est soldée selon le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, le Général Vagondo Diomandé, par la destruction de 2 364 fumoirs, 986 personnes déférées devant les juridictions pénales, la saisie de 9 521 armes blanches, de 9 armes à feu et de 8 757 munitions, ainsi que l'interception de 12 286 motos.
Le dispositif s'est aussi décliné localement. À Yamoussoukro, confrontée à une recrudescence des vols à main armée, l'opération « Spéciale Épervier » lancée le 6 mai 2023 affichait dès son bilan à mi-parcours du 15 mai : 343 individus raflés, 44 malfaiteurs interpellés, 8 fumoirs détruits, 18,1 kg de cannabis et 28 doses de cocaïne saisies, ainsi que deux armes à feu dont une kalachnikov.
La 10e édition a été lancée le 7 novembre 2024 à Daloa par le ministre Vagondo Diomandé. Une cérémonie couplée à la mise en service de l'Unité Police Recours et à la pose de la première pierre de la future préfecture de police de la ville — autant de signes du déploiement d'une police de proximité. L'opération Épervier 11, entrée en vigueur fin décembre 2025 (cérémonie de lancement le 26 décembre 2025 à Issia, déclinaisons régionales dans le Tonkpi et ailleurs), se poursuit tout au long de l'année 2026. À son actif déjà : le démantèlement, annoncé le 23 février 2026 par la DGPN, d'un réseau de trafic illicite de migrants et de traite d'enfants à Gagnoa : six mineurs de 11 à 17 ans soustraits à un convoyage vers des pays voisins, deux trafiquants interpellés. Ou encore, sur l'axe Issia-Yabayo-Soubré, l'arrestation de cinq spécialistes du vol de motos lors de l'édition précédente.
À ces opérations s'ajoute le dispositif des fêtes de fin d'année : pour la seule période du 14 décembre 2025 au 4 janvier 2026, 18 000 policiers, 18 000 gendarmes et 8 000 militaires ont été déployés sur l'ensemble du territoire, tandis que le volet routier « Épervier sur nos routes », activé dès le 1er décembre 2025, enregistrait 263 engins immobilisés dès la première mi-journée à Abidjan.
Le front de la drogue : la DPSD en première ligne
Sur le terrain des stupéfiants, la Direction de la police des stupéfiants et des drogues (DPSD) s'est imposée comme la cheville ouvrière de la riposte, avec ses antennes régionales déployées de Bouaké à San Pedro, de Man à Guiglo.
Son fait d'armes le plus retentissant demeure l'affaire de la saisie record d'avril 2022 : le 15 avril à Abidjan puis le 21 avril à San Pedro, les enquêteurs de la DPSD mettent la main sur plus de deux tonnes de cocaïne (2,057 tonnes précisément) d'une valeur marchande estimée à 41 milliards FCFA, un record national. Une trentaine de personnes sont interpellées. Le volet judiciaire a suivi : en mai 2024, treize prévenus sont condamnés à dix ans de prison ferme et 50 millions pôle pénal, économique et financier ; le 28 juillet 2025, la Cour d'appel d'Abidjan confirme les peines de cinq d'entre eux, dont l'ancien policier espagnol Miguel Angel Devesa, présenté comme le cerveau des opérations en Côte d'Ivoire, condamnés pour trafic international de drogue et association de malfaiteurs.
Le combat se mène aussi au quotidien, contre les fumoirs et les médicaments de qualité inférieure et falsifiés (MQIF), les fameux « médicaments de la rue ». Les chiffres récents donnent la mesure de l'engagement. En juin 2025, une opération de trois jours dans le Bafing (Touba, Ouaninou, Koonan), mobilisant plus de 200 policiers sous la conduite de la commissaire divisionnaire-major Touré Mabonga épouse Atchet, a permis la saisie de 15,15 tonnes de MQIF, 312 kg de cannabis, 1,14 kg de cocaïne, 423 g d'héroïne, 10 756 comprimés de tramadol et 35 000 comprimés de diazépam. Le 27 juin 2025 à Man, dans le cadre d'Épervier 10, la DPSD saisissait 6 240 comprimés de tramadol 250 mg, 450 doses d'héroïne, 25 doses de cocaïne et 5,6 kg de cannabis. Le 11 juillet 2025 à Guiglo, l'antenne régionale du Cavally procédait à l'incinération publique de 188,38 kg de cannabis, 156,35 g d'héroïne, 95,5 g de cocaïne, 391,16 g de tramadol et 5 703,25 kg de MQIF saisis entre novembre 2024 et juillet 2025.
L'année 2026 confirme la cadence, sous la bannière d'Épervier 11 : le 4 juin 2026 à Bouaké, environ dix tonnes de médicaments falsifiés, 7 kg de cannabis et 38 doses d'héroïne saisis par l'antenne régionale de la DPSD avec l'appui de celle de Yamoussoukro ; le 5 juin 2026, opération d'envergure de l'antenne du Tripostal à Yopougon et Abobo avec 1,5 tonne de MQIF saisie et un fumoir détruit ; les 1er et 2 juin 2026, près d'une tonne de médicaments falsifiés interceptée dans le Sud-Comoé ; en mai 2026 à Duékoué, 50 kg de cannabis et plus de 1 100 doses d'héroïne saisis. À Yopougon encore, la destruction de deux fumoirs s'est accompagnée de la saisie de six kilogrammes de cannabis, de tramadol et de cocaïne. Partout, la même méthode : renseignement, localisation des fumoirs, interpellation des dealers, destruction des sites, déferrement au parquet et sensibilisation des jeunes, comme lors de la conférence de Touba placée sous le thème du refus de la drogue et des faux médicaments.
Les unités d'intervention : une force frappée du sceau de l'élite
puissance de la Police nationale repose sur une architecture d'unités spécialisées, pour l'essentiel regroupées sous la Direction des unités d'intervention (DUI). La force publique ivoirienne compte aujourd'hui plus d'une vingtaine d'unités.
Au sommet de la pyramide opérationnelle, la Force de recherche et d'assaut de la police (FRAP), souvent présentée comme l'équivalent ivoirien du RAID français avec lequel elle s'entraîne depuis 2013, est engagée sur les missions les plus sensibles : lutte contre le terrorisme, libération d'otages, gestion de crises et de tueries de masse, interventions en milieu carcéral, neutralisation d'individus dangereux et escorte de hautes personnalités. Elle a intégré en octobre 2024 plus de 50 nouveaux agents issus de la 46e promotion des écoles de police d'Abidjan et de Korhogo, formés au Centre d'instruction et d'application de Kpass.
À ses côtés opèrent la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), spécialisée dans les interventions à haut risque et les prises d'otages ; la Brigade anti-émeute (BAE), pilier du maintien de l'ordre ; la Brigade anti-terroriste (BAT), tournée vers les menaces transnationales ; les Compagnies républicaines de sécurité (CRS), unités mobiles déployées sur tout le territoire. La CRS 7 a par exemple fourni l'essentiel des effectifs des opérations « tolérance zéro » contre la drogue à Duékoué début 2026 ; les Groupements mobiles d'intervention (GMI), rattachés aux préfets de police ; ainsi que la Police criminelle et, depuis novembre 2024, l'Unité Police Recours, incarnation de la police de proximité.
Deux structures méritent une mention particulière. Le Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO), créé le 11 mars 2013, est une unité mixte de quelque 750 éléments — policiers, gendarmes et militaires — dédiée à la lutte contre le grand banditisme, déployée à Abidjan comme à San Pedro. La DPSD, elle, tient le front des stupéfiants avec ses antennes régionales. L'appui technologique n'est pas en reste : la Direction de l'informatique et des traces technologiques (DITT), créée en 2007, arme la police technique et scientifique, tandis que le système SIGAPP modernise la gestion des procédures. Le numéro d'urgence de la Police nationale, le 170, complète le dispositif au service direct des populations.
Une exigence d'exemplarité assumée jusque dans ses rangs
Signe d'une institution qui ne s'exonère pas de ses propres règles, la justice ivoirienne a également sanctionné les brebis galeuses au sein des forces. Le 5 mars 2025, le tribunal d'Abidjan a condamné à cinq ans de prison l'ancien chef de la cellule anti-drogue du Port autonome d'Abidjan et deux complices, convaincus d'avoir détourné une partie d'une saisie de cocaïne de 2021 ; dans le dossier de la saisie record de 2022, le chef de la police de San Pedro avait écopé de dix ans de prison pour son rôle dans le trafic. Loin d'entamer le crédit de l'institution, ces procédures attestent que l'assainissement interne fait désormais partie intégrante de la doctrine sécuritaire ivoirienne.