Politique

Tout est mauvais, sauf lui

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En mars, sur le plateau du Grand Talk de Life TV, Assalé Tiémoko Antoine a lâché cette sentence : « Il n'y a rien de plus dangereux que d'entreprendre avec ce système. » Quelques jours plus tard, à Paris, face à la caméra d'Actupeople, le pays tout entier y est passé : une administration gangrenée par la corruption, des élus qui rejoignent le RHDP pour avoir la paix, une victoire volée à Tiassalé. En octobre, sur sa page Facebook, l'école a eu son tour : 72 % des enseignants du primaire n'auraient pas le niveau. Depuis sa défaite aux législatives de décembre 2025, l'ex-député de Tiassalé s'est trouvé un nouveau métier : expliquer aux Ivoiriens que tout, chez eux, est mauvais. Tout, sauf lui.

Prenons l'entreprise, puisqu'il en parle. Le 19 février, le CEPICI a présenté son bilan : 26 948 entreprises créées en 2025, en hausse de 6 %, et 812,67 milliards de francs CFA d'investissements privés agréés, dont plus de la moitié portés par des opérateurs nationaux. Ces vingt-sept mille Ivoiriens qui ont ouvert une boutique, un atelier, un cabinet ou une usine n'ont pas lu l'avertissement du maire de Tiassalé. Ils ont entrepris avec ce système. Le plus cocasse, c'est que le premier d'entre eux s'appelle Assalé Tiémoko. L'Éléphant déchaîné, qu'il a fondé en 2011, paraît toujours, quinze ans plus tard, sous ce même système. L'homme qui revendique six cents enquêtes et qui dit avoir refusé cinq cents millions a entrepris, prospéré et grandi dans le pays qu'il décrit comme un coupe-gorge pour les entrepreneurs. Le danger, visiblement, n'est pas pour tout le monde.

Prenons l'école, puisqu'il en parle aussi. Nous l'avons montré ici : le rapport PASEC 2024 ne dit pas que 72 % de nos enseignants n'ont pas le niveau, il dit que 28 % d'entre eux atteignent le seuil le plus exigeant en mathématiques, contre 21 % en moyenne dans les pays évalués. L'ex-député a pris le chiffre, l'a retourné et a offert aux 2 700 internautes qui ont applaudi sa publication un scandale fabriqué avec une soustraction. Un journaliste d'investigation, nous dit-on.

Le fil est toujours le même. Le Conseil constitutionnel qui confirme sa défaite a tort. L'ARTCI qui déclare ses caméras non conformes à la loi a tort. Le procureur qui lui notifie quatre chefs d'accusation, dont le discrédit sur les institutions de la République, a tort. La CONFEMEN et ses statisticiens ont tort. Le CEPICI et ses vingt-sept mille créateurs d'entreprises ont tort. Seul a raison le juriste, journaliste, maire, ex-député, candidat recalé à la présidentielle, candidat déclaré à Cocody pour 2028 et, par anticipation, président de la République, puisqu'il l'a annoncé lui-même à Tiassalé le 2 mai : « Assalé sera président de la République de Côte d'Ivoire. » Un homme qui a tout vu, tout fait, tout compris, et à qui le pays devrait, en retour, l'aveu de ses erreurs.

Il reste la principauté. Car si le pays est mauvais, Tiassalé, elle, est un miracle. À l'en croire, il a hérité en 2018 d'une commune endettée de 834 millions pour un budget de 400 millions, et il la laisse avec 11 millions de dettes et un budget doublé. Dont acte. Mais à force d'entendre ce bilan, on finit par croire que chaque habitant de Tiassalé est devenu millionnaire et que la commune vit dans une bulle, à l'abri de ce « système » si dangereux pour les autres. Les électeurs de la circonscription, eux, ont voté en décembre, et pas pour lui. Et le prince, mission accomplie, annonce qu'il quitte sa principauté pour Cocody. Les miracles, cela s'exporte.

Il y a une différence entre critiquer et discréditer. Critiquer, c'est opposer un chiffre à un chiffre, un texte à un texte ; ce journal le fait, y compris à l'endroit du gouvernement. Discréditer, c'est dire que rien ne vaut, que personne ne sait, que tout le monde ment, sauf soi. Depuis décembre, Assalé Tiémoko a choisi la seconde voie, devant une caméra parisienne comme sur un plateau d'Abidjan. Le parquet y a vu matière à poursuites. Nous y voyons surtout un portrait : celui d'un homme si sûr d'être le plus intelligent de ce pays qu'il ne supporte plus que le pays lui donne tort.

Yacouba DOUMBIA