
Pendant trois longues années, dame B. Rokia a vécu avec une douleur impossible à décrire. Chaque matin, cette commerçante ivoirienne de 33 ans se réveillait avec la même question : « Où est mon enfant ? » Et chaque nuit, elle s’endormait avec l’espoir fragile qu’un miracle finirait par se produire. Le destin cruel qui a brisé sa vie remonte à l’année 2023. Ce jour-là, dans la commune populaire d’Abobo, la joie d’une cérémonie de mariage animait la cour familiale.
Entre les chants, les rires et les va-et vient des invités, personne n’imaginait qu’un drame silencieux était en train de se nouer. Son bébé, une petite fille âgée d’à peine deux mois et demi, disparaît soudainement. En quelques secondes, l’ambiance festive se transforme en cauchemar. La mère cherche partout, hurle le nom de son enfant, interroge les invités, fouille les rues voisines. Mais le nourrisson demeure introuvable.
Trois années d’attente et de souffrance
Les jours passent. Puis les semaines. Les commissariats sont saisis, les hôpitaux visités, les affiches distribuées. Mais aucune trace du bébé. Peu à peu, l’affaire semble sombrer dans l’oubli administratif, laissant derrière elle une mère détruite, incapable de faire le deuil de son enfant vivant quelque part, entre les mains d'inconnus. Pendant trois ans, B. Rokia apprend à survivre avec ce vide. Chaque enfant croisé dans la rue lui rappelle sa fille disparue. Chaque anniversaire devient une blessure supplémentaire.
L’espoir renaît à Issia
Puis, contre toute attente, l’espoir renaît en mai 2026. Au commissariat d’Issia, une enquête sur l’enlèvement de deux enfants conduit les policiers à interpeller une jeune femme de 20 ans, D. Waraba. Très vite, des rumeurs circulent dans la ville. Une femme arrêtée. Des enfants retrouvés. Des soupçons de trafic de mineurs. Lorsque B. Rokia entend parler de cette affaire, son instinct maternel se réveille immédiatement. Malgré la peur d’être encore déçue, elle décide de se rendre à Issia.
Une rencontre bouleversante
Le 12 mai 2026, accompagnée d’un immense espoir mêlé d’angoisse, elle arrive devant une maison indiquée par des habitants. Dans la cour, une petite fille joue innocemment. À cet instant, le temps semble s'arrêter. La mère observe les traits du visage de l’enfant. Le regard. Le sourire.
La ressemblance avec ses autres enfants est frappante. Son cœur vacille. Les larmes montent. Elle croit reconnaître sa fille. Mais en face, une autre femme refuse catégoriquement cette vérité. S. Nafou affirme être la mère biologique de la fillette. Commence alors une confrontation douloureuse entre deux femmes liées malgré elles par un même enfant.
Les aveux qui font éclater la vérité
Les policiers approfondissent les investigations. Le quartier parle. Les voisins racontent que S. Nafou n’a jamais été enceinte. Peu à peu, les mensonges s'effondrent. Quelques jours plus tard, depuis la prison de Daloa, D. Waraba finit par avouer l’impensable : oui, elle a enlevé plusieurs enfants.
Oui, la fillette réclamée par B. Rokia a été kidnappée à Abobo en 2023 avant d’être confiée à sa propre mère. À l’annonce de ces aveux, B. Rokia éclate en sanglots. Après trois années d’attente et de souffrance, elle peut enfin serrer sa fille contre elle, même si la justice doit encore confirmer officiellement leur lien par un test ADN.
D’autres familles peut-être encore dans l’attente
Mais derrière cette retrouvaille bouleversante se cache une réalité plus sombre encore. Les enquêteurs ont découvert que d’autres enfants auraient été dispersés dans plusieurs villes du pays, notamment à Odienné et à Issia. Aujourd’hui, une mère a retrouvé une partie de sa vie. Mais ailleurs, d’autres familles continuent peutêtre de pleurer dans le silence, en attendant elles aussi un miracle.