Économie

Crise du cacao : Pourquoi la baisse du prix au Ghana va impacter négativement la Côte d’Ivoire 

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Une crise avérée secoue le secteur du cacao depuis plusieurs mois. Le  lGhana, voisin de la Côte d’Ivoire par ailleurs 2e producteur mondial de fèves, a engagé une série de réformes d’urgence, dont une baisse significative du prix payé aux producteurs, afin de stabiliser une filière en grande difficulté. Une réforme qui ne serait pas sans conséquence pour la Côte d’Ivoire (1er producteur mondial). 

Le secteur du cacao, il faut le reconnaître, traverse une crise depuis quelques mois. Une situation face à laquelle le Ghana voisin a entrepris plusieurs réformes dont l'une des plus importantes est la baisse du prix à la production de 30%. A en croire l’Agence France-Presse (AFP), cette décision intervient dans un contexte marqué par l’effondrement des cours mondiaux, des tensions de trésorerie au sein de l’agence nationale du cacao, des arriérés de paiement aux planteurs et des stocks importants de fèves invendues. 

Cette matière première représente pourtant la 3e source de revenus d’exportation du Ghana, après l’or et le pétrole.Toute chose qui cause une perte considérable pour les planteurs, déjà éprouvés par la conjoncture. Le prix de la tonne de cacao payé aux producteurs étant passé de 2 635 000 F CFA à 1 850 000 F CFA, soit une baisse d’environ 30 %. « Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités », justifie le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, lors d’une conférence de presse à Accra.

Les marchés mondiaux du cacao n’ont cessé de chuter. La tonne est passée d’environ 6 250 000 F CFA  en décembre 2024 à 3 500 000 F CFA  en octobre 2025, avant de tomber aujourd’hui autour de 2 050 000 F CFA. Une chute vertigineuse d'environ 50 %, qui rend le cacao ghanéen et plus globalement celui de l’Afrique de l’Ouest moins compétitif. Non sans oublier les graves difficultés financières de l’Office ghanéen du cacao (Cocobod), fortement endetté et désormais à court de liquidités pour acheter les récoltes. 

Cette crise du cacao s’est accentuée lorsque la production est restée largement inférieure aux volumes contractualisés. Une situation difficile vécue par le Ghana pour qui cette matière première pèse environ 10% du PIB. 

Si cette crise affecte le Ghana, 2e producteur mondial, elle n'est pas sans conséquence pour la Côte d’Ivoire. De fait, la décision du Ghana n’est pas un simple ajustement technique. Pour la Côte d’Ivoire, 1er producteur mondial, elle agit comme un effet miroir. Lorsque le Ghana baisse son prix, il est clair que les acheteurs internationaux se repositionnent et  refusent de payer plus cher en Côte d’Ivoire. 

Du coup, le prix bord-champ ivoirien devient difficile à maintenir. Conséquence probable, une pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs ivoiriens, afin de préserver la compétitivité sur le marché mondial.

Les semaines à venir s’annoncent décisives pour la filière ivoirienne. Qui devra opérer un choix entre la chute des cours internationaux, les ajustements opérés chez le principal concurrent régional et la nécessité d’accélérer la transformation locale. La Côte d’Ivoire entre donc dans une zone de turbulence où chaque décision comptera pour les producteurs comme pour les recettes nationales. Même si jusque-là la volonté des autorités ivoiriennes est de permettre aux planteurs ivoiriens de jouir effectivement des fruits de leur labeur. Avec l'un des meilleurs prix bord champ sur le marché.