
Présenté malhabilement comme un régime présidentiel, le Sénégal présente, à l’analyse, toutes les caractéristiques d’un régime parlementaire. D’abord, le bicéphalisme de l’exécutif avec un chef de l’Etat, président de la République et un Premier ministre, chef du gouvernement. Ensuite, la collaboration fonctionnelle entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, et enfin la responsabilité réciproque des deux pouvoirs.
En effet, le gouvernement est doublement responsable devant le président de la République et le parlement, subséquemment, l’Assemblée nationale peut faire tomber le gouvernement par une motion de censure ou à la suite d'une question de confiance.
Inversement, le président de la République peut dissoudre le parlement. Nous sommes donc, à l'évidence, dans un régime parlementaire qui fonctionne avec la réputation d’un régime présidentiel voire présidentialiste. Il importe de saisir opportunément cette crise d’égos entre les deux têtes de l’exécutif pour mettre en place un régime politiquement viable. Le régime parlementaire dualiste, en l’espèce, ne fonctionne pas. Pourquoi ne pas confier la conduite de l’exécutif sénégalais au seul Premier ministre et faire du président de la République le gardien de l’unité nationale et l’arbitre du jeu politique ?
Le Sénégal a-t-il oublié la crise institutionnelle de 1962 qui a opposé le président de la République Léopold Sédar Senghor au président du Conseil Mamadou Dia ?
Par ailleurs, contrairement à une opinion admise, cette crise institutionnelle n’est pas l’échec du plan B. Bien au contraire. Celui-ci a bien marché et continue de marcher. Le PASTEF est toujours au pouvoir. Il domine la vie politique sénégalaise. Oui, le plan B a permis l’alternance politique et permet aujourd’hui au PASTEF de gouverner, nonobstant ses maladresses.
Pour l’instant, les semaines et mois à venir s’annoncent politiquement orageux. Ousmane Sonko, selon toute vraisemblance, va prendre la tête de l’Assemblée nationale après la démission de son poulain politique El Malick N'diaye.
De son côté, Diomaye Faye va certainement dissoudre le parlement en novembre prochain. On entre dans une période de turbulence politique qui va mettre aux calendes grecques la mise en œuvre du programme progressiste promis au peuple sénégalais. Malheureusement.
Geoffroy-Julien KOUAO
Politologue et Essayiste



