
Cette tribune n'est pas une estrade de passage. Lancée en 2022, la série des conférences présidentielles de l'OMC a accueilli le Botswanais Mokgweetsi Masisi, l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, le Sénégalais Macky Sall, le président du Conseil européen Charles Michel, le Paraguayen Santiago Peña et, en mars 2025, Angela Merkel. Le président ivoirien prend donc la parole après l'ancienne chancelière allemande. On mesure le niveau de l'invitation.
Le calendrier compte aussi. La conférence se tient en marge de l'Examen global de l'Aide pour le commerce, les 29 et 30 octobre, dont l'édition 2026 dresse le bilan de vingt ans d'une initiative qui a mobilisé près de 800 milliards de dollars pour les pays en développement. Le fil conducteur de ces deux journées, c'est le partenariat. Pour en parler, l'OMC a choisi un chef d'État dont le pays a fait du commerce et de l'investissement privé les moteurs d'une croissance parmi les plus fortes du continent depuis 2012.
Il n'arrive pas à Genève en inconnu. Ancien gouverneur de la BCEAO, ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international, Alassane Ouattara parle la langue de ces institutions depuis quarante ans. Mais ce n'est pas l'économiste que l'OMC a programmé jeudi. C'est le chef de l'État qui a reçu en 2011 un pays exsangue, coupé en deux, et qui vient dire comment on remet une économie debout : par la route, le port, l'électricité, le code des investissements, la transformation sur place du cacao et de la noix de cajou dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial, et par des partenaires qui reviennent parce que la parole donnée est tenue.
Pendant ce temps, à Abidjan, certains expliquent doctement que le pays va à vau-l'eau. Ils feront bien de suivre la retransmission. L'institution qui régit le commerce mondial a demandé au président ivoirien de venir expliquer comment il a fait. On ne demande pas la recette à celui qui a raté le plat.
Après Genève, Paris, et un entretien avec Emmanuel Macron. Mais c'est bien au bord du Léman, jeudi, que la Côte d'Ivoire est attendue pour ce qu'elle sait faire de mieux depuis quinze ans : obtenir des résultats, puis les expliquer.
Yacouba DOUMBIA