
L'objectif était simple : éprouver, en conditions réelles, le bon fonctionnement de la carte du producteur et de l'ensemble du matériel nécessaire à son utilisation. Les participants ont opéré normalement, sans bouleversement de leurs habitudes commerciales. Seule une partie du volume commercial était concernée par l'expérimentation. Il n'a jamais existé de volume « spécial » ni de fèves spécialement destinées au projet pilote. Mieux : les volumes vendus dans ce cadre ont été entièrement payés par les exportateurs à leurs fournisseurs, les coopératives. Pas un kilogramme n'est sorti du circuit normal et réglementaire. C'est pourtant sur cette base qu'une centrale syndicale a cru devoir déposer plainte pour « abus de confiance » contre le Conseil du Café-Cacao et son directeur général. Une plainte portée par son dirigeant, Kiebre Seydou, producteur par ailleurs vice-président de l'OIA et militant PDCI bien connu à Toumodi, un cumul de casquettes qui éclaire singulièrement la démarche. Déboutée en première instance, la centrale a choisi de faire appel. Et c'est cette procédure, purement dilatoire, qui sert aujourd'hui de carburant à une campagne médiatique visant l'honorabilité des responsables du Conseil du Café-Cacao. Un procès d'intention, rien de plus : il n'a jamais été question d'acheter du cacao en dehors du cadre légal.
Stock résiduel : qui a fait quoi ?
Le second front de la polémique concerne le rachat du stock résiduel. Là encore, la chronologie remet chacun à sa place. Du 16 au 18 janvier 2026, face aux difficultés des coopératives et des producteurs à écouler convenablement leurs fèves au prix garanti, le Conseil du Café-Cacao a conduit un inventaire auprès de 1 400 coopératives dans les 13 régions de production. Verdict : environ 123 000 tonnes de fèves dormaient dans les magasins des coopératives. Dès la semaine suivante, quelque 21 000 tonnes ont été achetées par les exportateurs qui poursuivaient leurs achats, malgré l'arrêt de certains. Restaient donc 102 000 tonnes à absorber par le programme gouvernemental de rachat. Après un démarrage assuré fin janvier 2026 par le Conseil du Café-Cacao, la conduite du programme a été exclusivement rétrocédée à l'OIA Café-Cacao. C'est elle et elle seule qui, selon ses propres critères, a désigné et identifié les coopératives autorisées à décharger dans les usines retenues. L'organisation l'a du reste revendiqué publiquement, lors d'une conférence de presse tenue au 23e étage de l'immeuble du Conseil du Café-Cacao, en présence du ministre de l'Agriculture : c'est bien elle qui a établi, en accord avec le Conseil, la liste et les volumes des coopératives concernées.
Le rôle du Conseil du Café-Cacao, lui, s'est limité à réceptionner les camions, à vérifier la qualité des fèves, à procéder à l'usinage et à régler les achats au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme. L'OIA a été seule à la manette. Chacun devra s'en souvenir au moment de rendre des comptes.
Un programme clos depuis avril : l'heure du bilan a sonné
Car c'est bien de cela qu'il s'agit désormais. Le programme de rachat, faut-il le rappeler, portait sur les stocks inventoriés du 15 au 18 janvier 2026 et sur eux seuls. Il n'a jamais été question de racheter tout le cacao produit et détenu par les producteurs et les coopératives entre janvier et mars 2026. C'est précisément pour absorber ces volumes-là que le Gouvernement a décidé d'avancer la campagne intermédiaire d'avril à mars. Or, en ce mois de juillet, coopératives et OIA continuent de réclamer le rachat de volumes présentés comme issus du stock résiduel, alors que le programme est clos depuis avril 2026. Comme si le dispositif avait vocation à couvrir, indéfiniment, l'ensemble du cacao détenu dans le pays. Cette confusion soigneusement entretenue donne le sentiment que certains ont trouvé dans le rachat du stock résiduel une vache à lait, un moyen de se faire de l'argent facile sur le dos du Gouvernement et des planteurs.
La transparence exige aujourd'hui l'inverse : que l'OIA, qui a eu la conduite exclusive du programme, et les coopératives qui en ont bénéficié, en présentent le bilan complet. Volumes déchargés, coopératives servies, sommes perçues. Elles le doivent au Gouvernement, qui a mobilisé les ressources. Elles le doivent surtout aux producteurs, au nom desquels tout ce dispositif a été déployé. Ceux qui réclament si bruyamment des comptes aux autres ne sauraient s'exonérer d'en rendre eux-mêmes.
Yacouba DOUMBIA
