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Opinion

Cette affaire de branding pays : Parlons-en !

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" C'est quoi tout ça là même ?" C'est la réaction la plus prosaïque à la promenade de santé financière que l'Olympique de Marseille vient d'effectuer en Côte d'Ivoire, sur le fondement du partenariat qui lie le club phocéen à " "Sublime Côte d'Ivoire" depuis 2023. 5 millions d'euros par an pour le branding de la Côte d'Ivoire sur des gadgets, des matchs de gala et une exposition au Vélodrome. Tout cela aux frais du contribuable ivoirien. Disons-le sans filtre. C'est hors sol cette conception du branding pays qui s'empare frénétiquement de ceux qui détiennent la signature de l'État ivoirien.

10 à 11,5 millions d'euros par an, sur 4 ans, au profit du Barça pour la promotion de la destination RDC sur des maillots d'échauffement et d'entraînement, et des pages dans le magazine du club catalan. 13,3 millions de dollars par an depuis 2018 que Arsenal perçoit du Rwanda pour son branding " Visit Rwanda". En 2016 au Marriot Hôtel de Bruxelles, un confrère burkinabé me confiait que le gouvernement de son pays avait déboursé entre un et deux millions d'euros pour un branding du Faso ( capsule et interview en prime time) sur Euronews, par l'entregent d'un patron de presse qui avait ses entrées à Kosyam et au sein du média européen. Que dire de l'opération " Sublime Côte d'Ivoire" en partenariat avec l'Olympique de Marseille ou cette lucarne éclair faite à la Côte d'Ivoire pendant Miss France sur TF1 ? On reste discret sur les chiffres de l'opération, côté ivoirien. 


De quoi ces opérations sont-elles le nom? D'une extraversion incurable de ceux qui ont la signature de l'État. Un schéma mental que les élites farafinoises reproduisent. Un président d'institution, un ministre, un DG qui ne se trouve beau que dans les colonnes de papiers glacés parisiens, à l'écran et à l'antenne de l'audiovisuel extérieur français. L'officiel mettra en mission les réseaux de ses communicants. Il y a chez les spin doctors farafinois cette satisfaction du devoir accompli quand on a fait parler son patron sur ces canaux. À chacun son boulot.
Au-delà de l'argument idéologique, il y a de gros sous derrière ces opérations. Les techniciens à la manette ont le verbe et les arguments pour vous convaincre du bien-fondé de tels montages financiers. 


"L'Afrique, c'est le continent de de l'avenir, l'Afrique va dicter sa loi au monde ". Ce sont des slogans qu'on entend souvent, dans une rhétorique bien huilée, de marabouts de la com et des relations publiques. Les sommets et rencontres internationales sectorielles en Afrique se multiplient sans grand impact sur le quotidien, à part un entre-soi élitiste de professionnels qui sautent de capitale en capitale pour surfer sur une vague qui commence à redescendre. On doit payer les cachets des intervenants qu'on recrute parmi des anciens présidents, des sportifs, des hommes de média souvent has been qui jouent les papes de la com en terrains conquis....C'est peut-être caricatural de le présenter ainsi. Mais les agences de communication ont trouvé le bon filon. Le magnat de l'événementiel Richard Attias que j'ai interviewé à Brazzaville en 2014 ne dira pas le contraire. Elles bouclent des dossiers avec les cabinets d'officiels, invitent des orateurs médiatisés ou has been qui veulent se faire de l'argent frais sur le continent. Et le tour est joué.


On ne peut pas reprocher à ces professionnels de la com de flairer le bon coup. Voir son portrait ou son parcours de "réussite" sur papier glacé dans un magazine goupillé à Paris, Bruxelles ou Londres présentant le top 50 des personnalités qui font bouger le continent est flatteur pour beaucoup.

Le problème, c'est que ces opérations reposent sur l'accord d'officiels prêts à débourser des sommes astronomiques sorties de la manne publique pour deux jours de visibilité internationale là où une aide conséquente et bien structurée accordée à des milliers de jeunes peut sortir plusieurs familles de la précarité ambiante.


Il appartient aux Farafinois de fixer leurs priorités entre communications lissées, maîtrisées et actions publiques impactantes. 

Zran Fidèle Goulyzia

Journaliste - Écrivain - Docteur en Droit international ( Droit de la guerre, Relations Inter, Géopolitique et stratégies, Action humanitaire ) - Grand Prix National Bernard Dadié