
Que devient Georges Aboké depuis son départ de la RTI ?
Je me porte bien. Je suis bien présent au pays, serein et tranquille. Vous êtes revenu au pays après un séjour à l’étranger.
Où étiezvous et qu’avez-vous fait ?
J’ai passé huit années hors de la Côte d’Ivoire : six ans au Gabon et deux au Sénégal. Au Gabon, de 2014 à 2016, j’ai contribué, en qualité de chargé de communication d’un cabinet d’études économiques, à la vulgarisation du Plan Stratégique Gabon Émergent (PSGE). De 2017 à 2022, j’ai intégré les équipes dirigeante et rédactionnelle de Label Radio/Télévision, une chaîne panafricaine internationale basée d’abord à Libreville, puis à Dakar. J’ai eu l’honneur de diriger cette chaîne de 2020 à 2022. Malheureusement, à la suite d’une forme très grave de la Covid-19 que j’ai contractée, j’ai été contraint d’interrompre cette activité.
Je voudrais remercier chaleureusement le Pr émérite d’économie Charles N’cho et Mactar Silla, promoteur du Groupe Label, qui m’ont offert l’opportunité de reprendre du service en dehors de la Côte d’Ivoire. Il convient également de rappeler qu’entre 2012 et 2014, après le licenciement dont j’ai été victime, j’ai dirigé à Abidjan un groupe de communication dénommé Challenges Médias S.A.
« J’exerce depuis mon retour des activités de conseil et de recherche en communication »
Etes-vous satisfait de ce que vous y avez fait ?
Oui, je suis pleinement satisfait de cette expérience à l’étranger. Elle a été particulièrement enrichissante et a permis à ma carrière d’acquérir une dimension ainsi qu’une expertise internationale.
Quelles activités professionnelles menez-vous à ce jour ?
J’exerce depuis mon retour au pays des activités de conseil et de recherche en communication.
Cela fait plus de 20 ans que vous avez quitté la RTI. Quels sont les bons souvenirs que vous en gardez ?
Les bons souvenirs de la RTI sont innombrables. Je retiens surtout que notre génération, associée à celles qui nous avaient précédés, a constitué une formidable équipe humaine. Ensemble, nous avons écrit de belles pages de l’histoire de la RTI, avec pourtant, des moyens techniques et financiers très limités. Les réalisations de cette époque demeurent encore aujourd’hui dans la mémoire des Ivoiriens.
« J’entretiens d’excellentes relations avec le DG de la RTI, Jean-Martial Adou »
Avez-vous maintenu de bonnes relations avec certains de vos anciens collaborateurs ?
Je n’ai pratiquement plus d’anciens collaborateurs à la RTI, en raison notamment du licenciement massif de 2012 et des nombreux départs à la retraite. Toutefois, j’entretiens d’excellentes relations avec le Directeur général actuel, Jean-Martial Adou, que je connais depuis longtemps. J’oubliais, il y a encore à la RTI, la génération de Mariam Coulibaly et Didier Bléou.
Pensez-vous avoir accompli en toute conscience votre mission au cours de votre mandat ?
Bien entendu, il est impossible pour un être humain de réaliser tout ce qu’il avait envisagé. Cependant, je conserve une certaine fierté d’avoir, entre autres, contribué à ramener la durée des journaux télévisés, alors indéterminée, à trente minutes, à orienter progressivement les programmes vers une diffusion en continu sur 24 heures, à participer à l’internationalisation des signaux de la RTI, à rétablir pratiquement l’équilibre financier en résorbant d’importantes dettes, ainsi qu’à transférer du Plateau vers Cocody la Direction générale, les directions financière et des ressources humaines, ainsi que RTI Publicité.
« Je suis satisfait d’avoir proposé une restructuration de la RTI prévoyant son éclatement en deux ou trois entités distinctes »
Est-ce tout ?
Je suis également satisfait d’avoir proposé une restructuration de la RTI prévoyant son éclatement en deux ou trois entités distinctes, et d’avoir contribué, certes, avec la pression des syndicats, à la régularisation de la situation statutaire de nombreux agents qui étaient jusque-là abusivement qualifiés de « collaborateurs extérieurs »
Quel est votre regard sur le secteur de la télévision en Côte d’Ivoire en général, et sur la Maison bleue en particulier ?
Le secteur de la télévision est devenu extrêmement concurrentiel depuis la fin du monopole de la RTI et l’émergence de nouvelles chaînes. Comment la RTI fait-elle face à ce nouvel environnement ? Une réponse véritablement objective nécessiterait une étude approfondie.
Peut-on en avoir une idée ?
La réponse à cette préoccupation ne saurait être univoque. Elle appelle l’examen de plusieurs questions essentielles : quels moyens l’État met-il à la disposition de la RTI et quelles contreparties en attend-il ? Quelle est l’organisation interne de cette institution face à la concurrence ? Dans quelle mesure les programmes et le traitement de l’information donnent-ils satisfaction au public ? Bénéficie-t-elle de la confiance des annonceurs ?... Autant d’interrogations qui démontrent la nécessité d’une étude approfondie et méthodiquement conduite afin d’y apporter des réponses fondées et objectives.
Quels sont les défis de gestion les plus complexes auxquels vous avez été confronté au cours de votre mandat ?
En tant que Directeur général de la RTI, on est constamment confronté à la nécessité de trouver un équilibre entre des ressources financières limitées et des besoins considérables, tout en devant satisfaire les attentes d’un public exigeant. Or, lorsque le public est globalement satisfait, les annonceurs suivent naturellement. C’est un défi permanent, un véritable casse-tête quotidien ! « J’ai eu à faire des arbitrages difficiles entre Brou Aka Pascal et Marie-Laure Digbeu »
Avez-vous eu à faire des arbitrages difficiles concernant des animateurs ou des journalistes vedettes ?
Comment vous y êtes-vous pris pour les régler ? Oui, cela m’est arrivé à plusieurs reprises.
Pouvez-vous citer quelques cas ?
Les exemples qui me viennent immédiatement à l’esprit sont ceux de Brou Aka Pascal et Marie-Laure Digbeu, tous les deux sont désormais hors de la RTI. En 2003, alors que la Côte d’Ivoire traversait une grave crise marquée par une rébellion armée, la RTI devait assurer la couverture des pourparlers de Linas-Marcoussis en France. Compte tenu de l’importance des directs et de la diffusion internationale des signaux, il me fallait disposer de deux excellents présentateurs. Sur les conseils de proches collaborateurs, j’ai porté mon choix sur Brou Aka Pascal et Marie-Laure Digbeu.
Concernant Brou Aka Pascal, nous estimions que ses qualités de présentateur d’émissions sportives constituaient un excellent indicateur de son potentiel à la présentation du journal télévisé. Quant à Marie-Laure Digbeu, issue de la presse écrite, elle avait pris le soin de suivre une solide formation audiovisuelle en Afrique du Sud. « Je forme le vœu que les standards de rigueur et de professionnalisme soient les caractéristiques communes à toutes les chaînes »
Comment se sont avérés ces choix ?
Ils se sont révélés particulièrement judicieux. À notre retour à Abidjan, nous avons maintenu Brou Aka Pascal à la présentation du Journal Télévisé (JT) ainsi que sur nos grandes émissions. C’est notamment ce qui explique qu’il ait ensuite animé le face-à-face historique entre les Présidents Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. De son côté, Marie-Laure Digbeu s’est rapidement imposée, grâce à son talent et à son professionnalisme, comme l’une des figures emblématiques du journal télévisé.
Quel est l'avenir de la télévision pour les prochaines années face aux nouveaux modes de consommation ?
Là encore, pour apprécier correctement les perspectives du secteur de la télévision, une étude rigoureuse s’impose. Plusieurs interrogations méritent d’être examinées : la concurrence a-t-elle permis une amélioration du traitement de l’information ? Les contenus se sont-ils enrichis et diversifiés ? Le public y trouve-t-il davantage son compte ? Le secteur de la télévision demeure-t-il économiquement viable ? Autant de questions, parmi bien d’autres, dont les réponses objectives permettraient d’établir un diagnostic pertinent de la situation.
En attendant, je forme le vœu que les standards de rigueur et de professionnalisme soient les caractéristiques communes à toutes les chaînes. Il faut aussi espérer que des études d’audiences fiables et régulières permettent de mesurer la force des chaînes
« Je suis heureux d’avoir participé à l’émergence du zouglou »
Vous avez assisté au lancement de NSIA TV. Votre présence a même été signalée. Cache-t-elle un projet en lien avec ce média ?
Les dirigeants de NSIA ont tout simplement eu l’amabilité de m’inviter au lancement de leur chaîne de télévision. J’en ai été heureux, constatant et souhaitant que l’ouverture enclenchée par la libéralisation de l’espace audiovisuel ivoirien se poursuive, notamment avec l’avènement de chaînes thématiques.
Quelles sont les conditions que vous allez poser, si d’aventure, une télévision vous sollicite pour collaborer ?
Je suis effectivement disponible, mais il convient d’attendre que je sois sollicité.
Quel regard jetez-vous sur le zouglou, dont vous avez été l’un des farouches promoteurs ?
Je suis heureux d’avoir participé à l’émergence du zouglou (genre musical ivoirien) et à sa promotion. Je suis également fier qu’il soit aujourd’hui considéré comme un élément majeur du patrimoine culturel national ivoirien.
Pensez-vous qu’il pourra tenir tête aux nouveaux rythmes musicaux ?
Il me paraît désormais essentiel que le zouglou, ainsi que l’ensemble des acteurs qui contribuent à son rayonnement : artistes, producteurs, promoteurs et organisateurs de spectacles, médias, bénéficient d’un appui particulier de l’État. Une telle politique permettrait de mieux préserver, promouvoir et valoriser l’identité culturelle ivoirienne.
Quels sont vos projets ?
Patience, le moment venu, je vous en ferai part et je l’espère que votre journal nous soutiendra. Je suis au laboratoire.