
Se prononçant sur son absence de la liste électorale, Laurent Gbagbo avait annoncé, lors d’une rencontre avec ses partisans, le jeudi 7 juin 2024 à Port-Bouet, « On a publié une liste sur laquelle il n’y a pas le nom de Gbagbo Laurent (…) mais comme ils veulent qu’on se batte, on va se battre… ici en Côte d’Ivoire parmi tous ceux qui font la politique personne ne peut me traiter de voleur, mais ils veulent qu’on se batte mais qu’ils sachent qu’on se battra. Aujourd’hui j’ai 80 ans et je me bats depuis que j’ai 18 ans. Et personne ne m’a encore battu. Je sais me battre. Je reçois des coups et je sais en donner. Ils veulent qu’on se battre on va se battre »[1]
L’analyse discursive de la phraséologie ci-dessus permet de cerner l’état d’esprit du Président du PPA-CI. Au niveau sociologique, nous sommes aux lendemains de la publication de la liste électorale donc dans un contexte pré-électoral. Et les périodes avant et post élection sont sensibles voire conflictuelles. L’absence du nom de Laurent Gbagbo de la liste électorale suppose qu’il ne pourra pas se présenter comme candidat. Au niveau communicationnel, plutôt que de recourir aux voies légales, Laurent Gbagbo veut recourir à la bagarre. Devant des milliers de partisans surexcités, il a choisi un lexique bien approprié. Une analyse lexico-sémantique ce celui-ci permet de mieux cerner sa posture guerrière. Le verbe battre qui signifie frapper est issu du vieux français batre « battre, frapper » (11e siècle, français moderne battre « battre, frapper »), lui-même dérivé du latin battuere, batuere « battre, frapper »[2] Il a évolué et désigne « Engager un conflit, souvent de nature idéologique ou politique ou Lutte armée, généralement dans un contexte de guerre ou de combat physique »[3] De ce qui précède, Laurent Gbagbo a délibérément utilisé en toute conscience ce lexique.
C’est à dessein car conscient que face à loi il serait forclos. Laurent Gbagbo a donc opté pour la confrontation, la violence. Le mot « Battre » a été employé quinze fois et l’expression « donner des coups », à six reprises. Au sens propre comme au figuré, « donner des coups » renvoie à user de la force, de la violence (morale ou physique) contre un tiers. Cette insistance dénote de la volonté de Laurent Gbagbo de faire usage de la violence et de mettre en alerte ses partisans.
A l’opposé, il y a le Président de la République Alassane Ouattara. Un homme dont chaque prise de parole est calculée et inscrite dans un agenda. L’improvisation et la l’inélégance sont exclues. Pour son prochain mandat, les ambitions affichées sont toutes aussi à son image. Il ambitionne de faire de la Côte d‘Ivoire un pays prospère, solidaire et en sécurité. Soucieux des enjeux cruciaux auxquels doit faire face le pays à savoir la croissance économique dans un contexte géopolitique mondial en plein bouleversement, la situation sécuritaire avec les nouvelles menaces, la cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté.
Des chantiers importants qui lui tiennent à cœur au point d’accepter de briguer un autre mandat. C’est après hésitation et moult réflexion qu’il a décidé de répondre à l’appel des millions d’ivoiriens. « L’appel du devoir peut transcender la parole donnée même de bonne foi »[4], cette phraséologie a elle seule résume son état d’esprit. C’est en bon patriote qu’il a accepté de conduire le pays pour les cinq prochaines années. Comme en 1990 lorsqu’il a accepté de répondre à l’appel du pays, à genoux, sous la gouvernance du PDCI-RDA. Les Ivoiriens ont à choisir entre retomber dans les violences ou avancer sur le chemin du progrès avec le Président Alassane Ouattara, l’artisan du renouveau ivoirien,
Namidja Touré,
Ecrivain, membre de la CREMPRADO